Pour une poignée de cookies

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— Bonjour Capitaine Al-Fassi, l'accueille Pierrette sans quitter Mamyvette du regard. Vous venez pour votre boîte de biscuit ?— Salut Shérif, lance Mamyvette, son taser M4000+ toujours pointé vers Pierrette. Je vois que t'as encore pris du bide. Félicitations, c'est une fille ou un garçon ?— Laissez-moi deviner, demande le capitaine Sherif Al-fassi en s'adressant au prêtre. Encore une histoire de biscuits ?
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Mamyvette regarde avec désespoir sa dernière fournée de cookies. Une fumée âcre s'échappe encore de la porte du four, les bonhommes de pain d'épice semblent avoir été victimes du même incendie de forêt qui a réduit en cendre les sapins à la cannelle et aux zestes d'orange. La faute à Claudette qui ne la lâchait plus au téléphone !

Désormais, les biscuits ne sont plus que des morceaux de charbon. Sa troisième fournée fichue en l'air. Et pour couronner le tout, son dernier paquet de farine gît au sol, éparpillé façon puzzle.

Ce n'est plus une cuisine qu'elle contemple, mais une scène de crime. Elle coince un pruneau entre ses dents, le fait tourner dans sa bouche et fait le point sur la situation.

Ses petits enfants débarquent dans deux petites heures et elle n'a pas l'ombre d'un biscuit à leur proposer pour le goûter . D'abord elle a confondu le sucre et le sel, puis ce stupide livreur qui avait débarqué en pleine préparation de biscuits avec un paquet mystère. C'était un cadeau de Claudette : Le taser M4000+, capable de paralyser n'importe quel voyou. À son âge, il fallait bien se défendre !

Mamyvette n'est pas convaincue par les nouvelles technologies. Rien ne vaut un bon coup de canne en acacia dans les guibolles pour éloigner les malotrus.

D'un mouvement du menton, elle recrache le noyau dans l'évier, passe sa langue sur ses dents pour déloger les morceaux de pruneau encore accrochés. Pour l'instant, elle a un problème plus important qu'un fichu taser. Pour la première fois depuis des années, il n'y a pas de gâteaux pour les enfants.

Mamyvette contemple sa cuisine dévastée et réalise qu'il ne lui reste plus qu'une solution. Elle préférerait affronter un crotale, mais elle n'a pas le choix, elle doit ravaler sa fierté et aller acheter des biscuits « Aux délices de Pierrette ».

Chez la vieille carne Pierrette Ledoux. Sa Némésis depuis l'école primaire. Depuis ce jour de 1958, où Pierrette a renversé son encrier sur la robe de Mamyvette. « Oh, désolée, je l'ai pas fait exprès ». Foutaises, c'était de la jalousie à l'état pur ! La peste soit de ce cafard.

Ruminant ses pensées d'écolière, elle attrape ses clés, vérifie que son porte-monnaie se trouve bien dans son sac, et décide au dernier moment d'y enfourner le M4000+. Il est hors de question qu'elle se présente chez Pierrette avec une canne ! La diablesse serait trop contente de la voir amoindrie. Ne jamais montrer sa faiblesse à ses ennemis.

Dehors, le ciel est gris, menaçant, sombre comme se pensées. Mamyvette décroche son poncho de pluie et son chapeau « Waterplouf ». Il est temps d'aller rendre visite à sa rivale de toujours.

Mamyvette dégage son chapeau et attache son vélo à la barrière, juste devant le salon de Thé « Aux Délices de Pierrette », le lieu de débauche du village de Nareau-Gueulche. Il dégouline de mièvrerie avec sa décoration de Noël. Mamyvette plantée devant les portes vitrées a l'impression d'être devant un décor de téléfilm de Noël. Le genre de guimauve sentimentale que la télé impose depuis Octobre. Plus moyen de s'endormir devant quelque chose d'intéressant ! Mamyvette se rappelle avec nostalgie l'époque où elle pouvait s'endormir devant une rediffusion de « L'inspecteur Harry » ou « Le bon, la brute et le truand ».

Par la vitrine, elle aperçoit Pierrette toute souriante derrière son comptoir, un cookie stylisé sur son tablier. Mamyvette rêve de le lui enlever un de ces jours et d'essuyer ses rangers dessus. La pourriture ne le mérite pas ce tablier.

Elle entre dans le salon de thé, le vent glacial qui s'engouffre avec elle interrompt les conversations. Ses pas résonnent sur le sol carrelé, accompagnés par le « chlink, chlink » de la monnaie qui trébuche dans les poches de son poncho à chaque pas.

Ça pue la cannelle, le sucre, les gâteaux en train de cuire et la fleur d'oranger. Une couronne de branches de sapin est suspendue au mur derrière la caisse. Sur chaque table est posée une bougie LED dont la flamme vacille. À côté de la caisse une tire-lire en forme de maison en pain d'épice accueille les pourboires.

Derrière ses lunettes embuées, le regard bleu acier de Mamyvette semble transpercer l'air ambiant pour se planter dans les yeux de la brunette aux racines blanches derrière le comptoir.

— Pierrette, dit Mamyvette.

— Yvette, répond Pierrette.

Plus personne ne parle dans le salon de thé. On n'entend plus que le ronronnement du percolateur et un chant de Noël, God Rest Ye Merry Gentlemen, qui sort des enceintes accrochées aux murs. Mamyvette aperçoit sur une étagère une dernière boîte de cookies.

— Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? demande Pierrette tout sourire. Ça faisait longtemps qu'on ne t'avait pas vue dans la boutique ! J'ai cru que tu étais partie en maison de retraite.

Mamyvette dégage lentement le pan de son poncho pour libérer le sac qui pend à son bras. Elle attrape fermement le porte-monnaie qu'elle serre entre ses doigts pour retrouver son calme.

— Donne-moi ta dernière boîte de cookies, dit-elle entre ses dents.

Pierrette prend un air peiné, et joint ses mains devant sa poitrine.

— Comme c'est triste ! Cette boîte est déjà réservée pour le capitaine de la gendarmerie, il devrait arriver d'une minute à l'autre pour la récupérer. Et puis ce n'est pas bon pour tes varices !

Mamyvette avance jusqu'au comptoir sans quitter du regard une seule seconde sa meilleure ennemie « chlink ». Un pas après l'autre. « chlink ». Au rythme des pièces dans ses poches. « chlink ». Elles ne sont plus qu'à un mètre l'une de l'autre. « chlink ». Séparées par le comptoir. Mamyvette tient toujours le porte-monnaie d'une main. Elle tend l'autre main vers un bocal en verre posé sur le comptoir et pioche un bâtonnet de réglisse qu'elle glisse au coin de sa bouche.

— Il l'a déjà payée sa boîte de gâteaux le Shérif ? demande Mamyvette.

— Non, il vient d'appeler, je lui ai promis de la mettre de côté.

— Eh bien alors, elle va gentiment me la donner parce que moi j'ai de quoi payer tout de suite.

Elle jette une poignée de pièces dans la soucoupe sur le comptoir sans une seule fois baisser les yeux. Avec un sourire tordu, elle reprend :

— Elle aura qu'à dire qu'elle s'est trompée. Ce ne sera pas la première fois qu'elle ment, hein ?

Les clients du salon de thé ont suspendu leurs gestes, ils ne veulent pas louper une miette de la confrontation.

Elle, répond Pierrette en gardant son sourire mielleux, a promis de garder cette boîte de côté, et elle compte bien tenir sa promesse. Même pour une VIEILLE amie, poursuit-elle en insistant sur le mot « vieille ». Ma pauvre, si tu n'as plus toute ta tête, je peux appeler ton fils pour qu'il vienne te récupérer.

Puis, prenant un air plus sournois, Pierrette poursuit :

— Oh, j'oubliais, ton fils habite loin. Il doit bien venir aujourd'hui ? Aurais-tu perdu ta recette de biscuits pour que tu sois obligée de venir me supplier ?

La main de Mamyvette dans son sac se déplace vers le taser sans qu'elle s'en rende compte avant de sentir la crosse dans sa main.

— Tu parles de la recette que tu m'a volée en avril 66 ? demande Mamyvette entre ses dents, la branche de réglisse broyée entre ses incisives.

— Oh, voyons Yvette, tu ne vas pas remettre cette histoire sur le tapis, tu as perdu c'est tout ! Tu n'avais pas besoin d'inventer cette histoire de recette volée ! Dans la vie, il y a deux sortes de gens. Ceux qui savent faire des gâteaux, et ceux qui les achètent. Toi, tu les achètes.

— Pierrette, tu veux que je te dise, t'es la plus grande dégueulasse que... que... que la Terre ait jamais porté !

— Allez, mauvaise perdante, tu vas louper le début du téléfilm, rentre chez toi avant de te ridiculiser.

Mamyvette dégaine alors son taser d'un geste fluide et le pointe vers Pierrette.

— Ferme-la, vieille bique ! Et maintenant file-moi cette boîte de cookies ou je te fais un lifting au taser !

Le regard de Pierrette se fait plus dur. Sans quitter des yeux Mamyvette, elle décroche du mur derrière elle la « Poêle d'Or » du championnat régional de pancakes 1998.

— Vas-y, la provoque Mamyvette, sors de derrière ton comptoir si tu l'oses. C'est pas une voleuse de recette qui va me dicter sa loi !

— Combien de fois il faudra que je te répète que je n'ai pas volé ta recette ? Je ne suis pas une menteuse ! répond Pierrette en soulevant la séparation pour s'avancer.

— Ouais, comme tu n'avais pas renversé exprès l'encrier !

Mamyvette et Pierrette se font face en une lutte de regard qu'elles poursuivent depuis les bancs de l'école. Un coucou suisse sort de son horloge et chante quatre puissantes trilles qui percent le silence.

Dans la salle, une mère cache les yeux de sa fille, tandis qu'une ado a sorti son téléphone portable et filme la scène. Le père Jacques interrompt le trajet de sa fourchette entre son assiette et sa bouche, un morceau de tarte aux noix de pécan planté sur sa fourchette. Un quatuor de vieillards serrent les cartes qu'ils tiennent dans leurs mains. Enfin les tricote sisters, Jeanne et Rose, stoppent toute activité d'aiguille. Le spectacle que leur offrent les deux femmes promet de fournir la matière première pour des ragots de premier cru.

Pierrette et Mamyvette sont désormais à trente petits centimètres, l'une armée d'une poêle à crêpes, l'autre d'un taser, lorsque les portes s'ouvrent.

— Oh là, oh là... On se calme, mesdames ! dit le nouveau venu.

Aucune des deux ne fait mine de bouger.

— Bonjour Capitaine Al-Fassi, l'accueille Pierrette sans bouger. Vous venez pour votre boîte de biscuit ?

— Salut Shérif, lance Mamyvette, son taser M4000+ toujours pointé vers Pierrette. Je vois que t'as encore pris du bide. Félicitations, c'est une fille ou un garçon ?

Le capitaine passe sa main sur sa barbe de trois jours, lisse sa moustache d'un doigt nerveux et oppose son mètre quatre-vingt-dix aux deux femmes chétives.

— Laissez-moi deviner, demande le capitaine Sherif Al-Fassi en s'adressant au prêtre. Encore une histoire de biscuits ?

Le père Jacques regarde l'homme de loi et acquiesce.

— Mesdames, posez vos armes qu'on trouve un terrain d'entente sans violence. Bon sang, Yvette, comment as-tu mis la main sur un taser ?

— Cadeau du père Noël, répond Mamyvette. Ch'uis pas une balance !

— Eh bien fais-moi le plaisir de ranger cet engin dans ton sac avant de blesser quelqu'un !

À contrecœur, Mamyvette range le taser tandis que Pierrette repose la poêle sur le comptoir.

— Bien, continue Shérif, j'en ai marre de vos disputes. Vous pouvez pas simplement vous éviter ?

— La ville est trop petite pour nous deux, Shérif, répond Mamyvette. Mais je désespère pas, ce coyote à foie jaune finira bien par s'étouffer avec ses propres biscuits !

— Je suis une victime, capitaine ! De tous les salons de thé de la ville, il a fallu qu'elle choisisse le mien et s'en prenne à votre boîte de biscuits !

Le capitaine soupira, exaspéré.

— Puisque vous tenez à un duel, autant le faire dans les règles. Il nous faut des témoins. Des volontaires ?

Plusieurs mains se lèvent, fourchettes et aiguilles comprises. Le soleil ne se couchera pas sans que ce jour n'ait fait une victime et reçu son tribu de sucre.

D'un côté, les tables du salon de thé ont été assemblées en une tribune derrière laquelle trône le jury composé du père Jacques, de Calamity Jeanne et de Buffalo Rose. De l'autre, deux groupes de deux tables se font face, derrière lesquelles se tiennent Mamyvette et Pierrette. Au centre, le capitaine Al-Fassi, le ventre en avant, les mains croisées dans le dos.

Chacun des plans de travail est chargé de sachets de farines, sucre, beurre, œufs... Bref, tous le nécessaire au duel de pâtisserie.

— Mesdames, puisque c'est la source de la discorde qui vous oppose, vous allez devoir vous affronter autour de fournées de cookies. Le jury est composé de trois personnes impartiales qui voteront pour leur biscuit préféré. La perdante devra donner sa production et faire des excuses à son adversaire. Est-ce que c'est bien compris ?

— Je vais l'écraser ! répond Mamyvette.

— Aucune chance ! Le jury va s'étouffer avec tes cookies ! rétorque Pierrette.

Le capitaine se racla la gorge et reprend la parole.

— Eh bien, ça tire à balles réelles ici ! Je sens que la compétition va se dérouler dans la joie et la bonne humeur avec ce bel esprit de Noël ! Je vous rappelle que l'épreuve sera unique et durera trente minutes. On a tous autre chose à faire, et j'ai une famille nombreuse qui m'attend !

Shérif lève le bras au bout duquel pend un torchon de cuisine.

— Feu ! dit-il en laissant tomber le torchon à terre.

C'est Mamyvette qui dégaine la première son fouet qu'elle garde dans son sac en permanence. Ses cookies, elle se les gagne à la force du poignet !

En face, Pierrette a sorti l'artillerie lourde, le robot Cookie Master Millenium+ avec sa vitesse de rotation de 1500 tours par minute, et ses 750 watts. Acier chromé, base stable et arme indispensable quand on cuisine pour gagner sa vie.

Dans le jury, tandis que les enceintes crachent le staccato de Carol of the Bells, Jeanne et Rose tricotent frénétiquement. Pierrette tourne sa molette. Le rythme des tours de batteur s'accélère. Les blancs montent en neige. Mamyvette réplique avec un énergique fouetté du poignet pour attendrir le beurre.

Le père Jacques hoche la tête en rythme. Mamyvette écrase, malaxe, étale son beurre sur les parois du cul de poule. Elle essuie de la manche la sueur qui perle sur son front, oublie le stress de la journée et les trois fournées de cookies ratées.

Une pointe de fleur de sel et cent grammes de sucre, pas l'inverse !

Pierrette, malgré son matériel de pro et ses gestes machinaux, commence à faiblir, hésite. Elle n'imaginait pas que la concurrence avec Mamyvette la stresserait autant. Elle ferme alors les yeux quelques instants et prend une inspiration pour calmer les battements de son cœur. Main sure. Œil acéré. Geste précis.

— Tu tiens toujours debout Yvette ? la nargue Pierrette. On peut faire venir le croquemort pour qu'il prenne tes mesures !

— Garde tes paroles, Pierrette, tu vas te fatiguer. Père Jacques, vous êtes prêt pour donner les derniers sacrements ?

— On reste concentrées, mesdames ! les rappelle à l'ordre le capitaine.

Sur la table des joueurs de cartes, les paris montent sur l'issue du duel.

— Dix billets sur Pierrette.

— Tenu !

Sur la scène, deux techniques s'affrontent : boudin tranché contre boulettes aplaties. La farine volète dans l'air. Les coquilles d'œufs fusent vers la poubelle. S'écrasent au sol.

Four à 180°C, grille positionnée au centre.

— Attention Pierrette, dit Mamyvette, c'est à la fin du bal qu'on paie les violonistes ! Et la note va être salée pour toi.

— La compétition ne manque pas de piquant, mais je t'écraserai, comme une araignée !

Les deux adversaires semblent être le reflet l'une de l'autre tandis qu'elles rangent leur plan de travail.

La sonnerie du four sonne la fin de la confrontation.

— Bravo mesdames ! Je vois que vous avez préparé chacune deux fournées, comme demandé ! Laissons maintenant le jury vous départager.

Rose et Jeanne mordent chacune dans un biscuit qu'elles dégustent du bout des lèvres tandis que le père Jacques ne fait qu'une bouchée du sien. Les tricote sisters échangent leurs biscuits et croquent à nouveau du bout de lèvres. Le père Jacques se sert un grand verre de lait qu'il boit d'une traite et s'essuie la bouche du revers de la manche. Puis il engloutit un cookie de la deuxième assiette.

La pièce est saturée d'odeur de café, de biscuits chauds et de cannelle. Dehors, les ombres ont envahi les rues, Silent night passe en sourdine à la radio.

Le capitaine avance sa main pour piocher un cookie dans la deuxième fournée, mais se reçoit un coup de spatule de Mamyvette.

— Ils sont pas pour toi Shérif ! Sont pour la gagnante, dit-elle. Pense à ton diabète !

Le capitaine se frotte la main et se tourne ensuite vers le jury.

— Membre du jury quel est votre verdict ?

Les tricote sisters ont chacune voté pour une assiette différente. Jeanne pour les cookies de Mamyvette qu'elle trouve plus fondants sous son dentier, Rose pour ceux de Pierrette qui sont moins durs sous la dent. La décision finale revient donc au père Jacques. Ce dernier, avachi sur sa chaise, les yeux fermés, le menton posé sur la poitrine semble en pleine prière.

— Père Jacques, père Jacques ? l'interpelle le capitaine. Dormez-vous ?

Le père secoue la tête en ouvrant les yeux, semble un peu perdu, et, voyant la mine interrogative du capitaine, se rappelle qu'il a une décision à donner.

— Non, non, je ne dormais pas, j'étais en prière pour m'aider à faire un choix.

— Et quelle est donc votre réponse, père Jacques ? demanda le capitaine.

— Je n'ai pas pu les départager ! Mes deux assiettes sont vides, j'ai tout goûté, et je peux dire avec sincérité que je suis incapable de dire lequel j'ai préféré.

Un brouhaha monte dans la salle tandis que les deux ennemies se regardent en chien de faïence.

— Aurions-nous un ex-æquo ? interroge le capitaine. Un happy end comme on les aime tellement dans notre petite vallée verdoyante ? Mesdames, je propose que vous vous serriez la main et que vous chacune emporte chez elle les cookies de sa concurrente.

La déception se lit sur tous les visages de l'assemblée qui s'attendaient à un final plus épique. Un air glacial pénètre dans le salon, entraînant avec lui des flocons de neige carbonique.

Une voix retentit, que tous craignent à Nareau-Gueulche.

— Pas si vite !

La voix de Billie Zeuqid. La petite fille du maire.

— Messieurs-dames, bonjour, dit le maire posté derrière elle.

Le maire Roger Dalton, sourire carnassier accroché aux lèvres, dangereux comme un serpent à sonnette pour ses adversaires, et aussi véreux qu'un fruit pourri. Sa petite fille est partie sur les mêmes bases, pourrie gâtée par son papi.

Les joueurs de carte ramassent leurs mises, finissent leurs verres et préfèrent prendre la fuite avant que ça ne dégénère et qu'ils prennent un balle perdue.

— C'est ça, barrez-vous les lâches, grogne Billie.

Les tricote sisters et le père Jacques se rappellent soudain qu'ils ont autre chose de prévu eux aussi et s'éloignent en longeant les murs sous l'œil noir de Billie.

— Si c'est ex-æquo, ça veut dire que personne n'a gagné. Et y'a pas de raison qu'elles repartent avec les biscuits, pas vrai papi ?

— Eh bien, selon les règles du duel, commente le commissaire, si personne ne sort vainqueur, on récompense tout le monde.

— Nouvelle règle. Si y'a pas de gagnants, c'est moi qui prends le butin, pas vrai papi ?

— Ma petite... essaie d'interférer le commissaire.

— Ch'uis pas ta petite, Shériff ! siffle la terreur. Bas les pattes, et faites passer les cookies par ici, en vitesse ! Et mettez dans un sac toutes les pépites qu'il vous reste.

— Toutes les pépites ?

— Ouais, toutes les pépites de chocolat qu'ont pas été utilisées dans la recette, je sais qu'il vous en reste !

— Mais Pe... Billie, se rattrape le commissaire au dernier moment, tu ne peux pas...

— Mais si, elle peut, l'interrompt le maire. Ne vous inquiétez pas, je paierai pour tout.

— Mais si, elle peut, confirme Mamyvette, qu'elle prenne donc cette délicieuse fournée de cookies.

— Oui, les miens aussi, dit Pierrette en les tendant à la fillette. Et regarde, je vais te préparer un sac de pépites.

Billie sourit d'un air ravi.

— Bien, je vois que tout le monde a compris qui était la reine ici ! Allez, viens papi, on n'a plus rien à faire ici.

— Messieurs-dames, dit le maire en se retournant, je vous souhaite de joyeuses fêtes !

Billie fait sauter le sac de pépites dans sa main, apprécie leur poids et le doux bruit qu'elles font en s'entrechoquant. Elle recule jusqu'à la porte avec un grand sourire pour préparer sa sortie.

— Salut bande de loosers !

La tension est retombée dans le salon, seules restent Pierrette et Mamyvette.

Pierrette regarde Billie s'éloigner, emportant avec elle les deux derniers paquets de cookies et les pépites.

— Je te connaissais pas si généreuse, Yvette, dit-elle. T'aurais pu garder ta boîte !

— Une si gentille petite ? demande Mamyvette. Je n'allais pas la priver de biscuits et contrarier le maire !

— T'avais mis quoi dans les tiens ? demande Pierrette en continuant à regarder le maire et la petite fille s'éloigner main dans la main.

— Laxatif, répond Mamyvette. J'espère que la petite va partager avec son grand-père !

— Espèce de vieille tarée !

— Comme tu dis ! Et toi ? demande Mamyvette. Tu les as assaisonnés comment ?

— Du pili pili, piment oiseau en triple dose, dit Pierrette. Le maire va déguster.

— Et c'est moi que tu traites de tarée ? Peau d'vache !

— Bon, il t'en faut combien des cookies ? demande Pierrette.

— Tu me crois sénile ? Pas question, cette année les gamins s'en passeront. Il vaut mieux.

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Pour une poignée de cookies

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