Maman j'ai raté le traineau

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Lorsque Bombelrampouik se réveille seul dans un grenier mystérieux, il n'a aucune idée d'où il se trouve. Mais lorsqu'il découvre une boîte de décorations et un sapin nu, il n'a plus qu'une idée, mettre tout son talent pour décorer le sapin.Mais le chaos n'est pas bien loin et décorer un sapin est peut-être plus risqué qu'il ne semble.Face aux obstacles, le lutin arrivera-t-il à remplir sa mission ?
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La nuit cédait à regret la place au jour. La lune dans un coin de ciel faisait la grasse matinée, traînant dans le matin froid et embrumé, réchauffée par un timide soleil d'hiver.

Quelques rayons avaient réussi à percer entre deux planches, baignant le grenier d'une lueur blanche. Le rayon était faible, avec la teinte dorée d'un pot de miel, mais il suffisait à déranger Bombelrampouik dans son sommeil.

Le lutin s'étira, frotta ses yeux, peinant à chasser la langueur de la nuit. Il se sentait tout engourdi, sa bouche était pâteuse et son cerveau comme enrobé de papier bulle, comme s'il avait trop dormi. Il se leva, faisant craquer coudes, hanche et rotules.

L'air sentait la poussière, la vieille chaussure et avait un arrière-goût de moisissure.

Se demandant où il se trouvait, le lutin inspecta autour de lui. Il ne vit rien de notable. Il avait froid, mais c'était supportable. Pas de meuglements, pas de paille au sol, il n'était ni dans un cellier, ni dans une étable ! Pas d'odeur de cookies alléchants ni de « Oh ! Oh ! Oh ! » retentissant, pas de chants de Noël entêtants... Non, il ne se trouvait pas non plus au pôle Nord, ce qui était gênant !

— Ohé ! cria-t-il. Il y a quelqu'un ? Piquelandouï, maman, vous êtes là ?

Seul le silence répondit à son appel désespéré. Pas un lutin à part lui dans le grenier déserté.

« Eh bien, pensa-t-il , si je suis tout seul dans ce grenier, il me reste plus qu'à explorer ! »

L'idée lui sembla moins amusante quand il vit le capharnaüm qui était entassé. Il n'y avait que des caisses de vieux magasines, des malles pleines de draps. Ce n'était que poussière et vieilleries à chacun de ses pas !

Dans le silence ouaté du grenier, retentit soudain un effroyable grondement. Une bête longtemps endormie qui se réveillait affamée et le faisait savoir en un râle effrayant.

Bombelrampouik avait faim et son ventre réclamait son pain !

Il aurait bien aimé avoir quelque chose à grignoter. Une pomme, une part de tarte, un clafoutis avec une tasse de thé. Mais il n'y avait rien à manger dans ce grenier !

« Mais qu'est-ce que je fiche dans un endroit pareil ? Bord d'aile de tourterelle ! »

Tâtant ses poches à la recherche d'un biscuit oublié, il n'y trouva qu'un petit sac abandonné.

« Saperlipopette ! La poudre magique du père Noël ! »

Et comme si la poudre avait pu avoir un effet à travers le sac, la mémoire lui revint, tout en vrac !

Comme dans un film, il vit défiler grenier, cadeaux, rennes et lutins. Il courait pour rejoindre le traîneau, s'était cogné un orteil, avait relâché la poudre à dodo qu'il gardait dans sa main, et s'était retrouvé plongé dans le sommeil. Pour faire des sottises, il n'avait pas son pareil !

Il donna un coup de pied dans une boîte qui déversa son contenu sur le sol : guirlandes enchevêtrées, décorations de Noël, babioles colorées. Il y avait même une étoile pour poser au sommet !

— Par la barbe du premier lutin, voilà un sacré butin ! Enfin, sans sapin, ça ne sert à rien.

Son ventre se remit à grogner, il n'avait toujours rien mangé.

Ni une, ni deux, le lutin affamé repéra la trappe, l'ouvrit en grand et descendit en s'accrochant à une vieille nappe.

Pas un bruit dans la maison, ni chat ni chien pour venir le déranger sans raison. Chambre d'enfant à droite, idem à gauche, et tout droit, celle des parents. Parfait ! Bombelrampouik le savait, des enfants dans un foyer, c'est toujours synonyme de goûter... Il allait se régaler !

Un étage plus bas, dans une cuisine brillante et scintillante comme une clochette, le dieu réfrigérateur l'attendait avec sa promesse de rillettes, d'omelettes et de galettes. Décoré de dessins d'enfants, de magnets et de post-its il était nimbé d'une lueur chaude qui l'attirait irrésistiblement. Était-ce ça le bonheur ?

Le lutin sourit aux douces odeurs qui s'échappaient par la porte entrebâillée.

Entre chapon, compotes et autres mousses au chocolat, une unique part de tarte semblait susurrer : mange-moi !

Bombelrampouik céda à l'appel de la tarte aux pommes, rassasiant son estomac de gastronome. Oh, comme il aimait ce goût sucré et acidulé relevé d'une pointe de cannelle !

Repu et comblé, l'esprit plus éveillé, il remarqua alors un calendrier de l'avent sur le mur. Une couronne de houx pendait à la fenêtre et dans l'air une douce odeur de confiture.

« Je rêve ou ça sent Noël ici ? Me serais-je gouré ? Moi qui pensais avoir beaucoup dormi, j'aurais à peine somnolé ! »

Cette pensée fut suivie d'un petit rototo qu'il ne chercha pas à retenir.

— Oups ! j'ai mangé un peu trop vite, je ne l'avais pas vu venir ! fit-il à voix haute.

Désolé, je n'ai pas compris votre demande.

Bombelrampouik bondit, la voix désincarnée l'avait surpris.

— Qui est là ?

Bonjour, je suis votre assistant domotique.

Le lutin se tourna de tous côtés, cherchant qui pouvait bien lui parler. Une boite posée sur la table émettait un une lueur pâle, une pulsation.

Il tapota sur la boîte du bout de son index.

Désolée, je n'ai pas compris votre demande.

« Crotte de renne ! C'est bien cette boîte qui me parle, c'est bien ma veine ! »

Bombelrampouik posa alors la première question qui lui vint à l'esprit.

— Euh, quelle est la date d'aujourd'hui ?

Ce n'était certes pas la meilleure question qu'il avait en réserve, mais elle traînait depuis un moment dans un coin de sa tête, il fallait bien que ça serve !

Nous sommes samedi 13 décembre. Vous avez noté sur votre agenda : décorer le sapin.

Le lutin marqua un temps d'arrêt.

« 13 décembre ? Je suis venu la nuit de Noël avec le traîneau... Elle était puissante cette poudre à dodo ! Si je compte bien, j'aurais donc dormi presque un an ? Il faudra que je pense à rassurer maman. »

Ses pensées furent interrompues par la voix désincarnée qui reprit.

Veux-tu que je t'aide à décorer le sapin ? Je peux commander un kit de décoration de sapin ambiance Hawaïenne flamants roses ou Licorne des neiges.

— M'aider ? Tu crois que tu pourrais faire mieux qu'un lutin ? Eh ! Ce n'est pas une boite de conserve clignotante qui va m'apprendre à décorer un sapin !

Très bien. Veux-tu que je mette la playlist « chansons de Noël » ?

Le lutin se détendit, content de ne pas avoir été contredit.

— Ah ! Enfin une bonne idée, vas-y, fais-moi rêver !

Aussitôt dans la maison retentirent les premières notes de Let it snow et le lutin se mit à balancer son popotin en visitant les pièces, se prenant pour le roi du show.

« Voilà donc le fameux sapin à décorer. »

L'arbre se trouvait dans un coin du séjour, nu comme au premier jour. Les branches à peine remises de leur trajet depuis la forêt attendaient qu'on les pare de leurs plus beaux atours.

Le lutin contempla les lieux jusqu'à ce qu'une lueur s'allume au fond de ses yeux.

« J'ai dans un coin du grenier de vieilles guirlandes et devant moi, un sapin terne comme un jour sans pain. Je crois qu'il ne faut pas chercher plus loin. Je me suis trouvé une occupation. Je vais faire de cet arbre le roi du réveillon ! Ce serait bête de rentrer maintenant à la maison. »

Il se précipita dans les escaliers, grimpa le long du drap qui pendait toujours du grenier et jeta le carton de décorations un étage plus bas.

Passant devant la chambre d'un des enfants, il eut une soudaine inspiration.

— Euh, boite qui parle ? Tu m'entends ?

Oui, je t'entends.

— Tu es toujours intéressée pour m'aider à décorer le sapin ?

Bien sûr ! Veux-tu que je commande un kit de décoration de sapin ambiance forêt norvégienne ou macarons et pâtisserie ?

Le lutin entra de quelques pas, fouillant dans les peluches.

--- Tu préfères quoi ? Panda, renard, pieuvre, truc bizarroïde bleu avec de grandes oreilles ou perruche ?

En tant qu'assistant domotique, je n'ai pas de préférences personnelles, cependant je peux...

— Laisse tomber ! l'interrompit-il. On va dire panda ! ça t'ira bien panda comme prénom.

Désolée, je n'ai pas compris votre demande.

— Ouais, ouais ouais, je sais !

Il attrapa le panda sur le lit, le fourra avec les décorations et descendit prudemment les escaliers vers sa nouvelle destination.

Dans la cuisine, il déposa sur la table la peluche, une paire de ciseaux, et une poignée d'épingles à linge.

Il attrapa ensuite l'assistant domotique et trempa les ciseaux dans la poudre magique.

— Ciseaux, aidez-moi à opérer ce... bidule.

Le lutin grimaça, pas très sûr de sa formule.

— Ne le prends pas pour toi, dit-il, je ne veux que ton bien petit panda !

Et d'un geste vif, il fit une longue entaille dans le dos et de bourres de coton s'échappèrent aussitôt des entrailles.

Poussant un soupir long et silencieux, il déposa la boite dans l'espace dégagé et s'aidant des épingles, il referma la plaie.

Il remit une pincée de poudre magique et déclara :

— Petit assistant, avec cette magie, au panda je te lie !

Rien ne se passa.

— Panda, tu m'entends ?

Le panda recousu restait immobile, le teint pâle.

Le lutin le mit sur le dos et tenta de réanimer la créature, poussant de ses deux mains sur la fourrure.

— Ne me lâche pas Panda ! J'ai de grands projets pour toi !

Il s'apprêtait à pratiquer le bouche-à-bouche quand le panda dressa une barrière de ses mains entre eux.

Bonjour, je suis ton assistant panda. Quelle est ta requête ?

La voix était légèrement étouffée par le coton, mais il avait du son !

— Le père Noël soit loué ! Sa magie a encore marché ! s'écria Bombelrampouik.

Il essuya une sueur imaginaire sur son front, posa ses instruments et se dirigea vers le salon.

— Panda, tu viens ? On va décorer le sapin !

Désolé, je n'ai pas été programmée pour me déplacer.

— C'est de la magie, alors tu fais ce que je te demande et tu te tais !

Le lutin eut un moment d'hésitation, il se posait une question.

— Euh, s'il te plait ? Je ne sais pas si dois te dire s'il te plait...

Sans répondre, la peluche s'assit sur la table, sauta et tituba pour rejoindre le lutin. Trois pas derrière lui, elle trottinait derrière son nouveau copain.

L'arbre était grand, large et ses épines sentaient le bon air, les sous-bois et les montagnes en hiver.

Le lutin montra à Panda le carton avec les décorations.

— Ici à nos pieds voilà de quoi décorer le roi des forêts !

Panda s'avança à pas feutrés et attrapa un bout de guirlande. Sans trop savoir qu'en faire, il tira, tourna et finit tout enguirlandé, saucissonné de la tête aux pieds !

Le lutin soupira et masqua ses yeux avec sa main.

— Qu'est-ce que j'ai fait pour avoir un assistant pareil !Tu n'as donc jamais décoré un sapin de Noël ?

Panda haussa les épaules.

— C'est pas vrai, il est bête à bouffer du savon ! Je te montre, fais bien attention.

Bombelrampouik enleva la guirlande autour du panda et sur une branche basse entourant le sapin, il la déposa.

— Et voilà, c'est pas plus compliqué que ça ! Allez, c'est à toi mon grand, et cette fois-ci, te prends pas les pieds dedans !

Panda attrapa un bout de la guirlande et la déposa exactement au même endroit que celle du lutin.

Ce dernier observa le sapin et prit un air chagrin.

— Alors, je t'aime bien, mais je commence à me demander si je n'aurais pas dû choisir un renard ou un lapin. Tu aurais peut-être été plus malin.

Le lutin prit quelques boules de Noël et montra à Panda comment les accrocher.

— Sois prudent et délicat, c'est fragile ces choses-là !

Panda plongea une patte à la recherche de ces étranges orbes colorés, mais sans cesse sur ses poils elles glissaient ! Les deux pattes dans le carton, il essayait de ramasser sans cesse la même boule qui continuait à lui échapper.

Le lutin ne s'en préoccupait pas et continuait à accrocher guirlandes, boules et flocons givrés jusqu'à ce que le silence lui devienne suspect.

— Panda ! l'appela-t-il. Il t'arrive quoi ?

La peluche se redressa, échappant sa décoration une nouvelle fois.

— Bon, ce n'est pas grave, ne t'en fais pas, le consola le lutin. Après tout, c'est de ma faute, j'aurais dû te donner des doigts. Mais si t'as un problème, il faut demander ! Si tu ne dis rien, je ne peux pas deviner.

Panda tourna la tête vers le lutin, la pencha sur le côté comme s'il cherchait à intégrer ce qu'on venait de lui révéler.

Tu m'avais demandé de me taire, j'ai suivi tes consignes.

Il fit une nouvelle pause.

— Est-ce que c'était... mal ?

— Le voilà qui pense maintenant. Il manquerait plus qu'il devienne intelligent !

Le lutin se gratta le menton et haussa les sourcils. D'habitude il n'avait pas autant de soucis ! Il mit la main à la poche, en ressortit le sac de poudre magique, l'observa, le renifla, le referma.

— Est-ce que cette poudre serait périmée ? Je l'ai depuis déjà une année !

Je n'ai pas d'information à ce sujet. Je n'ai pas trouvé de date de péremption pour : poudre magique.

Veux-tu acheter à la place de la poudre à récurer ou du sucre en poudre ?

Le lutin ne prit pas la peine de répondre. Sans réfléchir plus d'une seconde, il saupoudra les décorations d'une généreuse pincée de magie de Noël. La poudre scintilla et avec un « pop » disparut en étincelles.

— Sans improvisation, la vie manquerait d'animation... Allez, bougez jolies décorations !

Il décida de doubler la dose, ne voyant aucune amélioration.

— Une pincée de plus, et abracadabra, sapin, décore-toi !

Ce fut d'abord un frémissement timide. Puis une première guirlande commença à se trémousser, se dégagea et ondula vers le sapin.

— Eh bien voilà, la poudre n'était pas périmée ! s'exclama le lutin.

Il resta bouche bée devant la guirlande qui s'installait entre les branches avec élégance, bientôt suivie par ses semblables entraînées dans la danse.

— Ça manque un peu de musique pour que la journée devienne féerique. Panda, remets les chansons de Noël s'il te plaît. Tiens ! Mets donc La Fée Dragée de Casse-Noisette, qu'on sente un peu l'esprit des fêtes !

D'une enceinte sortirent alors les premières notes tintinnabulantes du ballet et toutes les décorations se mirent à valser.

— Alors, c'est pas de la magie ça ? Avoue que ça t'en bouche un coin, je t'ai pas animé pour rien !

Panda ne put se retenir d'applaudir en voyant sortir une à une les boules qu'il avait eu tant de mal à attraper.

Super, bravo, tu as déjà fait un très beau travail ! Ta solution est innovante et surprenante. Tu peux aussi préparer des cookies ou regarder un film de Noël. Veux-tu que je te donne la recette des cookies ou que je te donne la liste des films de Noël disponibles avec ton abonnement ?

— Des cookies ? Voilà une idée qui me plaît ! Les décorations se débrouilleront toutes seules.

Dans la cuisine scintillante et rutilante, avec quelques traces de coton éparpillé sur le plan de travail, Bombelrampouik commença à ouvrir placards et tiroirs pour rassembler tout un attirail.

— Panda, donne-moi la recette des cookies ! ordonna Bombelrampouik.

Bien sûr ! Pour des cookies parfaits, commencez par préchauffer votre four à 180 degrés.

Le lutin ouvrit le four et tourna quelques boutons au hasard.

— C'est fait ! Et après ?

Mélangez 250 grammes de farine avec 125 grammes de beurre ramolli. Battez les œufs avec un fouet et ajoutez au mélange.

Bombelrampouik attrapa le paquet de farine d'une main, le beurre de l'autre.

— Je vais m'occuper des œufs, toi, tu mélanges la farine et le beurre.

La peluche attrapa un couteau et coupa un quart du paquet de farine et la moitié d'une plaquette de beurre qu'il poussa dans le saladier, emballage compris.

— Bon, je n'ai pas trouvé de fouet, lui dit le lutin, mais je devrais m'en sortir avec une branche de sapin. Au pôle Nord, c'est avec ça qu'on se fouette le dos quand on va prendre un bain chaud !

Joignant le geste à la parole, il entreprit de fouetter la boite d'œufs jusqu'à ce qu'ils soient réduits en miettes, blancs et jaunes mélangés aux morceaux de coquilles et à quelques épines de sapin.

Du bout des doigts il transvasa une poignée du mélange gluant dans le saladier.

— Panda, quelle est la suite de la recette ? Et donne-moi une serviette !

L'animal serviable tendit au lutin de quoi s'essuyer les mains.

Incorporez délicatement les pépites de chocolat, continua-t-il.

Bombelrampouik attrapa le sachet de pépites. D'un geste vif, il le vida avec le reste des ingrédients dans le saladier de plastique.

Bravo ! Vos pépites sont superbement incorporées !

Le lutin jeta un œil dans le saladier.

— Pour l'instant, ça ne ressemble pas trop à des cookies. On a bientôt fini ?

Formez des boules avec la pâte et répartissez dans le four. Laisser cuire 15 min.

— Tu sais quoi ? On va faire un cookie géant plutôt que plusieurs petits cookies. Je vais tout mettre d'un coup !

Le lutin prit le saladier et le mit dans le four.

— Voilà ! On n'a plus qu'à regarder un film de Noël pendant que ça cuit !

Laissant la cuisine beaucoup moins rutilante et scintillante qu'elle ne l'était en arrivant, le lutin et son assistant panda allèrent prendre place dans le canapé et allumèrent la télé.

— Un chocolat chaud ! s'exclama le lutin une fois installé. On aurait dû faire un chocolat chaud aussi !

Il y a un café qui livre des chocolats chauds à moins de dix minutes d'ici. Veux-tu que je passe la commande ?

Sans s'arrêter de changer de chaîne à la recherche d'un programme, le lutin acquiesça.

— Oui ! Bonne idée, commande deux chocolats chauds. Aaah ! Piège de Cristal, mon film de Noël préféré, s'exclama-t-il en voyant à l'écran le flic John McClane ramper dans les conduits d'aération du Nakatomi Plaza. Ça mon p'tit pote, c'est le plus grand film de tous les temps.

Panda s'enfonça dans le fauteuil et fixa l'écran les yeux grand ouverts sans perdre une miette de l'action.

Dix minutes plus tard, une âcre odeur de plastique fondu s'élevait de la gazinière tandis que le minuteur du four, l'alarme incendie et la sonnette d'entrée créaient un concerto en bips mineurs discordants.

— Panda, va répondre à la porte d'entrée, je m'occupe du four ! ordonna le lutin.

Le panda continuant de regarder la télé descendit du canapé et se dirigea vers la porte d'entrée qu'il ouvrit.

Un coursier à vélo se tenait à l'entrée.

— Bonjour, j'ai une livraison de chaud-chaud-choco. J'espère que votre commande s'est bien passée.

La phrase avait été débitée sans respiration, sans émotion. Puis le coursier baissa la tête et vit la peluche devant lui. Il eut un sursaut et manqua de tomber. Il avait vu de tout, mais jamais une peluche ouvrir la porte ! Son esprit décida qu'il s'agissait d'un tout petit enfant déguisé. C'était ça, ce n'était qu'un charmant bambin !

— Tiens, gamin, dit-il en lui tendant le plateau. Tu diras à ton papa et à ta maman de me donner une bonne note !

Merci, votre prestation a été satisfaisante. Je vous ai attribué la note de quatre étoiles.

Le coursier restait tétanisé. Panda attrapa les boissons.

Yippee-ki-yay mon garçon, et joyeux Noël !

Puis il claqua la porte au nez du coursier.

Le plateau en équilibre sur ses pattes, Panda regagna le salon en même temps que le lutin.

— Je ne sais pas où tu as pêché ta recette de cookies, dit-il, mais c'est complètement raté, ils sont tout rabougris !

Est-ce que les cookies peuvent se faire avec la poudre magique ? demanda Panda.

Le lutin sourit et posa une main sur l'épaule du panda.

— Bon réflexe ! le complimenta-t-il. Tu vas bientôt pouvoir passer l'examen de lutin à ce rythme ! Je suis fier de toi.

Merci, répondit Panda. Veux-tu que j'utilise la poudre magique pour faire les cookies ?

Le lutin confia le sac de poudre magique à son assistant.

— Tu fais attention, tu en utilises juste un soupçon !

Panda fixa le sac qu'il tenait entre les pattes, incapable à la fois de tenir le sac et de piocher dedans.

Bombelrampouik soupira et reprit le sac. La bouche de la peluche s'affaissa tandis que ses yeux s'humidifiaient.

Le lutin piocha une pincée de poudre et la déposa sur la patte de son acolyte qui retrouva le sourire.

Maintenant j'ai de la poudre magique ! Oh oh oh !

Lutin le regarda dans les yeux.

— Tu te souviens comment j'ai fait avec le sapin ? Eh bien tu fais pareil pour les cookies !

Panda retourna à la cuisine en tenant précieusement la poudre entre ses pattes et souffla la poudre sur les ingrédients.

Une pincée de plus, et abracadabra, sapin, décore-toi ! prononça la peluche.

— Mais non triple buse ! Je voulais pas que tu répètes exactement la même chose ! Il fallait faire pareil, mais pas pareil !

Le visage de la peluche se décomposa tandis que les ingrédients entamaient une farandole en direction du sapin.

Tu as raison, je n'ai pas pris en compte le contexte, merci de m'avoir corrigé. Veux-tu que je recommence avec les nouvelles instructions ?

— Non ! Il ne me reste presque plus de poudre, je la garde en réserve, ça me permettra de rentrer au pôle Nord ce soir.

Lutin et panda suivirent les ingrédients vers le sapin, curieux de découvrir le résultat.

Les décorations continuaient à virevolter dans les airs, s'accrochant branche après branche, bientôt rejointes par la farine, le beurre et les œufs.

L'étoile au sommet du sapin comme un chef d'orchestre dirigeait les opérations. À l'arrivée des premiers œufs, un mur de guirlande se dressa pour leur bloquer l'accès au salon.

Les poils de Bombelrampouik se dressèrent sur ses bras, l'air sentait l'orage. Un nuage sombre de sucre brun se formait au-dessus du sapin, portant avec lui des éclairs de zestes d'orange.

La farine qui ne comptait pas se laisser faire, créa une brèche en enfonçant la faible barrière, ouvrant un chemin aux œufs qui cherchèrent à s'installer comme les boules de Noël en bout de branche.

Le beurre glissait discrètement au sol, sabotant l'avancée des santons, les grêlons de sucre attaquaient le sapin en une chute continue et la spatule avait engagé un duel avec une canne de sucre d'orge.

Les casse-noisettes en formation serrée jouaient des dents pour faire reculer les pépites de chocolat et les noix, bientôt rejointes par un renfort de gousses de vanille et de bâtons de cannelle.

Le lutin assistait impuissant à la bataille entre décorations et ingrédients. À ses côtés, Panda qui sirotait son chocolat chaud regardait le chaos dans la pièce dévastée comme une œuvre de Jackson Pollock inachevée.

Son regard se porta vers la fenêtre et au-delà, dans la cour où une voiture familiale faisait son entrée.

Oh oh, fit-il avec une économie de mots à laquelle il n'avait pas habitué le lutin.

Sentant une nouvelle catastrophe en approche, le lutin suivit le regard de Panda et aperçut lui aussi la joyeuse famille qui s'en revenait de promenade.

— Crotte de renne ! Je n'ai même pas pu terminer de regarder Piège de cristal ! J'ai eu bien fait de garder un peu de poudre magique. Il me faut une horloge ou une montre !

Il avisa l'heure numérique affichée sur la chaîne stéréo et s'empressa de déverser tout son reste de poudre magique sur le cadran lumineux.

— J'ai été ravi de passer cette journée avec toi, Panda. J'espère que ça va marcher, croisons les doigts !

Il se tourna vers l'appareil qui diffusait toujours des chants de Noël et prononça ces mots :

— Il est temps de remonter les pendules ! Que cette journée soit rembobinée dès que j'aurai prononcé cette formule.

Dans l'allée la voiture recula, d'abord lentement puis en accéléré. Les œufs retrouvèrent leurs coquilles, le sucre quitta les branches du sapin pour s'envoler en particules fines, le chant de Noël se joua à l'envers et sur l'écran John McClane remit ses chaussures.

En un tourbillon, la fumée, les traces de farine, d'œuf et de beurre furent nettoyées de la cuisine qui redevint étincelante et rutilante. Les décorations regagnèrent leur boite, Panda perdit ses épingles à linge et se rembourra.

Bombelrampouik se retrouva de nouveau au grenier. Ses paupières se fermèrent et le temps enfin retrouva son cours.

 

La nuit cédait à regret la place au jour. La lune faisait la grasse matinée, traînant dans le matin froid et embrumé, réchauffé par un timide soleil d'hiver.

Quelques rayons avaient réussi à percer entre deux planches, baignant le grenier d'une lueur blanche. Faible, mais suffisante cependant pour déranger Bombelrampouik dans son sommeil.

Le lutin s'étira, bâilla, se demandant ce qu'il faisait là.

« Eh bien, pensa-t-il, j'ai dû sacrément roupiller moi ! »

Il tâta ses poches et ne retrouva qu'un sac de poudre magique. Complètement vide.

« C'est bien ma veine ! Je n'ai même plus de quoi rentrer chez moi. »

Il se gratta la tête, bailla, mit son auriculaire dans son oreille et tourna la main pour placer le pouce quelques centimètres devant la bouche.

— Allo maman ? J'ai raté le traîneau. Vous pouvez venir me chercher ? L'adresse ? Attends, je cherche...

De la cuisine en dessous, une voix mécanique lui répondit.

— On est au Nakatomi Plaza, bienvenue à la fête camarade !

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Maman j'ai raté le traineau

Maman j'ai raté le traineau

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