Olivier, obligé de travailler la nuit de Noël, se retrouve bloqué sur le toit. La nuit s'annonce longue, surtout quand Chloé débarque dans son vieux jogging avec son humour à deux balles. Une nuit qu'il n'oubliera pas de sitôt !
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Olivier s'étira et appuya dans son dos de ses deux poings serrés. Il regarda l'horloge de son ordinateur. 22 h 45. Il souffla, ôta ses lunettes et se massa le visage en insistant sur les yeux. On était le 24 décembre et il était encore devant son ordinateur à bosser.

— Bon sang ! J'ai besoin d'une pause moi.

Il enfila sa doudoune, prit son mug et son paquet de clopes qu'il glissa dans sa poche, s'assurant d'avoir son briquet avec lui.

Dehors, l'air était frais. Olivier tirait sur le filtre de sa cigarette. Une des dernières. Promis. Il allait arrêter dans une semaine pour le nouvel an. Comme l'année dernière. Le café avait déjà refroidi dans le mug trop grand, et il l'avala d'une traite avant de regagner la porte. Fermée.

— C'est une blague ?

Il secoua la poignée, tira, poussa, jura, mais rien n'y faisait. Il était enfermé sur la terrasse, seul, dans un quartier d'immeubles de bureaux vides, à part la soirée de Noël dans un des immeubles de l'autre côté de la rue. Les sons des claviers électriques des années quatre-vingt parvenaient jusqu'à lui malgré les vitres fermées. Et en plus c'était de la musique pourrie.

— MEEEERDE !

Il donna un coup de pied dans la porte, qui fut plus douloureux pour lui que pour la porte.

— Eh ! fit une voix derrière lui. Ça va pas de crier comme ça ?

Olivier se retourna d'un mouvement brusque. Il était persuadé d'être seul sur ce toit. Est-ce que quelqu'un d'autre s'était fait surprendre par la porte ?

— Qui est là ?

— Oh purée ! Il m'a entendue !

La voix était résolument féminine et plutôt jeune de ce qu'il pouvait deviner. Peut-être la trentaine. Ça pouvait correspondre à quelques personnes de son étage, mais l'immeuble en comptait trois, dont une salle de sport.

— Pas la peine de vous cacher, je vous ai entendue !

Olivier regarda derrière les pots de lauriers roses, seul endroit où quelqu'un pouvait se cacher, mais il n'y avait personne. Il refit le tour de la terrasse sans plus de succès. Il se tourna vers l'horizon, les yeux vers les immeubles de l'autre côté du boulevard. En face, les lumières stroboscopiques de la fête pulsaient de l'étage éclairé, seules preuves de vie à cent mètres de lui.

— OHÉ ! IL Y A QUELQU'UN QUI M'ENTEND ?

Mais personne bien sûr ne répondit. Appuyé à la balustrade, il soupira et laissa pendre sa tête entre ses épaules. 

— BOUH !

Olivier fit un bond et se retourna cherchant du regard qui s'amusait avec lui.

Une tête dépassait de la porte d'accès au toit-terrasse et lui tirait la langue, les mains comme deux griffes et les yeux exorbités. 

— OH PUTAIN ! C'est quoi ça ? 

Il sentait son cœur exploser dans sa poitrine. Ses jambes flageolaient, sa respiration s'accélérait, de la sueur perlait sur son front.

L'apparition porta les mains à sa bouche, retenant un rire tandis qu'elle s'avançait d'un pas.

— C'est pas vrai ! Tu me vois ?

— C'est quoi ? C'est une blague du service informatique ? Il y a un projecteur quelque part ?

Il chercha en hauteur pour trouver une explication logique, quelque chose à quoi son esprit pourrait se raccrocher.

— C'est bon les gars, vous m'avez eu, vous pouvez ouvrir maintenant !

La visiteuse finit de traverser la porte, elle était vêtue d'un vieux pantalon de jogging en coton épais, pelucheux, avec quelques taches de javel et d'un t-shirt sur une brassière de sport. Le t-shirt indiquait sur le devant « Je suis comme les ours... ». Un de ses lacets était défait.

Olivier se concentrait sur ces détails pour ne pas voir l'image dans son entier. Parce que. Ce. N'était. Pas. Possible.

— V... vous... Vous êtes qui ?

La rambarde de la terrasse l'empêchait de reculer. Il en sentait sous ses doigts le métal glacé. Une goutte de sueur descendit, partie de sa nuque et coulant le long de son épine dorsale en un frisson électrique.

— On va peut-être se tutoyer, hein ? J'ai parlé à personne depuis des siècles ! Enfin, façon de dire. Parce que bon, je parle, c'est juste que les gens d'habitude ne peuvent pas m'entendre. Mais là c'est trop cool, tu peux m'entendre ! J'adore. Je sens qu'on va bien s'entendre. Tu me dis si je parle trop, je sais que je suis bavarde. Moi c'est Chloé. 

— Vous... Tu... Mais bon sang tu es quoi ?

Il glissa le long de la protection et serra ses genous entre ses bras.

— Sérieux ? T'as pas encore compris ? T'es pas le couteau le plus affuté du tiroir ! Non parce que le truc de passer à travers les murs, le halo lumineux, la transparence, tout ça te rappelle rien ? OK, j'ai pas un drap blanc sur la tête, ni un boulet au pied, mais on voit plus ça depuis Casper le fantôme au moins !

Olivier déglutit. Il ne voulait pas le dire. Parce que prononcer ces mots, ce serait rendre plus réelle la situation.

— C'est un truc à la Scrooge ? Hein ? J'aurais pas dû rester bosser un vingt-quatre décembre, j'ai compris. Vous me laissez sortir de là et je rentre chez moi. Promis ! Pas la peine de faire venir vos copains des Noëls passés et des Noëls futurs, OK ?

Chloé éclata de rire et s'assit à ses côtés.

— Eh, ça va vraiment pas bien dans ta tête ! Franchement, j'ai la gueule d'un fantôme des Noëls de Dickens avec ma tenue de sportive du dimanche ?

Olivier passa une main dans sa nuque et se décala d'une dizaine de centimètres.

— Eh bien, je suis pas spécialement habitué aux... personnes de votre condition.

Chloé soupira.

— Tu sais, à un moment il va falloir que tu le dises. C'est pas Voldemor, t'as le droit de prononcer le mot : Fantôme ! Parce que, hé, soyons réalistes. C'est ça que je suis. Allez, dis-le Olivier : fan-tôme.

— Comment, comment tu connais mon nom ?

— Mec, ça fait trois ans que je hante l'immeuble. Je vous connais tous ! Je sais qui couche avec qui, qui se met le doigt dans le nez quand personne ne regarde, qui a une réserve d'alcool dans son tiroir... Je connais tous vos vilains petits défauts.

Olivier resta silencieux un moment. Détournant la tête pour digérer tout ce qui lui arrivait.

— Comment es-tu morte ? Et comment ça se fait que je t'aie jamais vue avant ?

Chloé eut un sourire forcé et plissa les yeux. 

— On ne se connait pas encore assez pour que je te raconte comment je suis morte. Trop embarrassant.

— OK. Et pour l'autre question ? 

— Je n'en ai aucune idée ! C'est pas comme si je connaissais d'autres fantômes pour répondre à mes questions. Mais je peux te dire que j'ai essayé des miiiiilliers de fois ! Si c'est pas des millions ! J'ai tout essayé : chanter, danser, taper sur les murs. Rien. J'ai passé au moins six mois à essayer de presser une touche d'ordinateur pour écrire un message, aucun succès. J'ai essayé de parler aux pigeons ou aux chats. Ils n'en ont rien à faire.

— En même temps, c'est pas les meilleurs interlocuteurs. Pour moi, les pigeons sont même plus bas que les poulets dans l'échelle d'intelligence des oiseaux. Et les chats ? Trouve-moi un chat qui fait ce qu'on lui dit ! Tu devrais essayer les chiens plutôt.

— Je suis ravie d'apprendre que tu as établi une échelle d'intelligence des oiseaux, tu dois avoir une vie passionnante, waouh. Et je choisis pas mes interlocuteurs, je parle avec ce que je peux trouver. La preuve, je suis en train de discuter avec toi ! C'est pas comme si je pouvais quitter l'immeuble. Parce que ça aussi j'ai essayé. Mais promis, si le traîneau du père Noël se pose sur le toit, j'essaierai de taper la discute avec Tornade ou Danseur !

— Je suis en plein stress. En fait, tu n'existes pas. Je me suis cogné, ou je suis en hypothermie. Il suffit que je bouge et ça ira mieux. Tu vas disparaître.

Olivier se leva et fit quelques pas, tapant des pieds et se frottant les bras pour se réchauffer.

— Oh ! Regarde dans le pot de droite !

— Quoi ? Il y a une clé ?

— Mieux ! Tu devrais trouver une flasque de whisky ! Tu pourras remercier Fred, votre comptable.

Olivier fouilla et finit par déterrer une flasque à moitié pleine. Il la sortit et sourit à Chloé.

— Alors, c'est qui la meilleure ? J'avais pas raison ?

Il leva la flasque en portant un toast à la jeune femme, but une gorgée au goulot, toussa et s'essuya la bouche du dos de la main.

— C'est du costaud ! Il aurait pas une couverture et un paquet de bretzels planqués quelque part ?

— Non, désolée !

Il s'approcha d'elle, tendant une main vers son visage.

— Ça fait quoi si je te touche ?

— Tu peux pas, je suis...

Il y eut un arc électrique et il retira vivement ses doigts.

— Eh ! Ça va pas non ? On ne touche pas une femme sans permission ! Ça se fait trop pas ! Comment t'as réussi ça ?

Chloé avait porté la main à son visage, là où les doigts d'Olivier l'avaient effleurée.

— Pardon, désolé, je voulais pas... Je pensais pas que...

— Ouais ! C'est sûr que t'as pas pensé ! T'avise pas de recommencer ça. Jamais ! C'est... bizarre !

Olivier reprit une gorgée de la flasque. Cette fois-ci, il n'en recracha pas la moitié en toussant. 

— Désolé.

Il referma la flasque et la glissa dans son manteau.

— Bon, maintenant qu'on est un peu plus intimes. Tu veux toujours pas me raconter ta mort ?

Chloé soupira.

— Tu ne vas pas me lâcher avec ça, hein ? Tu sais que je pourrais te pourrir la vie ! Je pourrais chanter à tue-tête à ton oreille, ou passer la tête par la porte quand t'es aux toilettes. Oh ! Et si ça se trouve je pourrais te suivre jusqu'à chez toi ? Qui sait ? Non, mais t'imagines les possibilités ? Oh punaise, je vais me régaler à te hanter !

Olivier était resté la bouche béante, les yeux grand écarquillés, le cerveau bloqué sur l'éternité qui l'attendait s'il devait la supporter vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

— Oh, mais j'y pense ! Si ça se trouve, on va rester bloqués là tous le deux pour l'éternité !

— Comment ça ?

— Bah oui ! Réfléchis ! On est le 24, demain c'est férié, vendredi 26, tout le monde fait le pont, et ensuite, c'est le week-end. Ce qui veut dire...

— Ce qui veut dire que je pourrais être bloqué sur ce foutu toit pendant quatre jours et cinq nuits, dans le froid, sans rien pour boire ni manger.

— Eh bien techniquement, il te reste la flasque pour boire. Par contre, évite de manger les lauriers roses, sinon tu ne tiendras pas les quatre jours. Non, mais avec un peu de chance, il ne pleuvra pas.

Olivier leva la tête vers les étoiles et ferma les yeux pour crier.

— MEEEERDE !

— Dis donc, j'avais jamais remarqué que tu étais aussi vulgaire !

— Et toi tu ne m'as toujours pas dit comment tu es morte.

Des cris retentirent de l'autre côté de la rue. Depuis les portes ouvertes s'échappait la voix de Mariah Carey qui chantait All I Want For Christmas Is You. Trois personnes se tenaient sur un balcon, en habit de père Noël, une flûte de champagne à la main.

Olivier se redressa et les appela en faisant de grands signes de la main auxquels ils répondirent avec de grands cris. Il fit volte-face pour se retrouver devant Chloé qui s'était approchée.

— Ils comprennent rien !

— Quoi ? Tu veux déjà me quitter ? On n'est pas bien tous les deux ?

Les fêtards avaient entamé un compte à rebours. Olivier mit ses mains en porte-voix et continua à les appeler tandis que le décompte s'égrenait.

— Quatre... Trois... Deux... Un... Joyeux Noël !

Olivier avait beau s'exciter, secouer les bras au-dessus de la tête, crier, seuls des « Joyeux Noëls » lui répondaient. Il entendait à côté de lui Chloé qui leur criait des joyeux Noëls en retour.

— Ah, mais tais-toi ! Fiche-moi la paix ! C'est peut-être marrant pour toi, mais c'est peut-être mon unique chance de sortie !

— T'es rabat-joie !

Puis la musique s'assourdit, les derniers convives étaient rentrés dans la chaleur de leur bureau. Il se retrouvait de nouveau seul, en tête à tête avec Chloé.

— Et voilà. C'est raté.

Olivier frappa des deux mains sur la rambarde, poussa un nouveau juron.

— Il faut que je sorte d'ici ! Peut-être que je pourrais défoncer la porte ?

— Mauvaise idée ! 

— Mais si, je pourrais utiliser le pot des lauriers et les jeter sur la porte !

Chloé éclata de rire.

— Alors, te vexe pas, mais t'arriveras pas à jeter un pot de cette taille. Tout ce que tu vas réussir à faire, c'est te faire un tour de reins. 

— T'en sais rien !

— OK, mais je te vois plus souvent à manger un sandwich devant une série télé qu'à la salle de sport pendant la pose déjeuner.

Olivier n'écoutait déjà plus. Il se frotta les mains, se pencha et attrapa les deux plus grosses branches proches du sol.

— Au moins, fais les choses bien. Force avec les jambes, pas avec le dos !

Il rectifia sa position et commença à tirer, serrant les dents, essayant d'éviter de se mettre les branches dans les yeux.

— Vas-y pousse ! 

Olivier intensifia ses efforts, mais il ne parvint qu'à déplacer le pot de quelques centimètres avant d'abandonner.

— Ouah, quel homme fort ! J'ai vu bouger ce pot sur au moins quatre centimètres ! Et puis le spectacle de tes fesses musclées, graou !

— Oh, la ferme ! C'est pas parce que tu es condamnée à rester ici que je vais abandonner !

— Toi, tu vas faire une grosse bêtise, je connais cette tête-là !

Olivier lui tourna le dos et s'avança résolument vers la porte, donnant des coups d'épaule, s'acharnant avec son flanc.

— Ce n'est pas une bonne idée ! Ça s'ouvre dans...

— La ferme !

Il prit son élan et fonça droit vers la porte, tête en avant, comme un bélier. 

— Non, non, non, non, non !

Il y eut un boum et les étoiles s'éteignirent.

 

— Bon sang, mais qu'est-ce qui t'a pris ? 

— Aouch ! Ma tête !

— Tu m'as fait une de ces trouilles ! Mais quel abruti !

Olivier se tâta la tête et sentit l'œuf qui s'était formé sur son crâne. Sans prêter attention à Chloé, il se releva et tituba sur quelques pas. S'appuya contre le parapet.

— Non, mais qu'est-ce qui t'a pris ? T'imaginais que ta tête serait plus solide qu'une porte en fer ? En plus il faut tirer la porte pour l'ouvrir. Tu n'aurais jamais pu... Eh oh, j'te parle !

Il se retourna lentement et regarda à travers elle, vers l'horizon. Vers les immeubles voisins où la fête était terminée.

— Eh ! Tu m'entends ?

Olivier gardait les yeux dans le vide, resserrant les pans de sa veste, soufflant dans ses mains en coupe.

— Oh mince ! C'est fini. Il m'entend plus. C'est le choc, ou une commotion... Eh, Olivier ! 

Olivier attrapa son paquet de cigarettes bien malmené et s'en alluma une.

Elle leva les yeux au ciel et hurla en agrippant ses cheveux.

Il la regarda alors dans les yeux et éclata d'un rire franc, se tenant les côtes.

— J'y crois pas ! Tu t'es fichu de moi !

— Franchement ? Ça valait le coup. Tu aurais vu ta tête !

— Ouais, et bien tu devrais voir la tienne. Il va falloir que tu fasses attention, tu as peut-être une commotion cérébrale.

— Je m'en inquiéterai si je sors de là. Bon, tu veux pas toujours pas me raconter comment tu es morte ?

Chloé s'assit à côté de lui.

— Tu vas te moquer.

— Je croyais que tu étais contente d'avoir un auditoire.

— Touché.

Chloé garda le silence un moment.

— J'étais à la salle de sport, au rez-de-chaussée.

— Aaah ! Je comprends mieux la tenue !

— M'interromps pas, sinon je raconte pas. De toute façon, c'est une histoire courte. Donc, j'étais à la salle avec ma pote. On était sur les elliptiques devant la vitrine, et pendant qu'on suait, on se moquait des gens qui passaient. Et on se marrait, on se marrait ! Et là, y'a un mec qui passe, je te jure, c'était le sosie de Sarkozy, mais sans les cheveux. Et j'étais morte de rire, je suis tombée de l'appareil. J'étais au sol et je rigolais comme une baleine, et là, je vois ma pote qui tire une tronche de trois mètres de long, elle se penche sur moi et elle me secoue. Alors je ris encore plus fort, je me relève, et en fait, je vois mon corps toujours par terre et ma pote qui chialait. Voilà.

— Attends, tu es en train de me dire que tu es morte de rire ?

— Eh oui ! Enfin, les docteurs ont dit cardiomyopathie hypertrophique, mais je préfère ma version.

Olivier sourit et secoua la tête.

— Et pourquoi t'es encore là ?

— Si je savais !

Ils restèrent silencieux tous les deux à contempler le ciel qui commençait à s'éclaircir à l'horizon.

— Il doit bien y avoir une explication ! Peut-être qu'il y a un truc que tu n'as pas dit à tes parents ou ton mec ? Ou peut-être qu'en fait tu as été assassinée et qu'il faut trouver qui est le meurtrier !

— Ah, mais oui ! C'est ça ! Depuis que je suis morte, j'ai un regret, j'ai toujours voulu dire à ma mère que...

Chloé commença à s'élever dans les airs, une lueur la nimbait qui se faisait plus lumineuse à mesure qu'elle s'élevait.

— Dis-lui que c'est pas moi qui ai jeté bubule dans la cuvette des WC.

Olivier s'était redressé et la contemplait qui s'effaçait.

— Quoi ? C'est quoi cette histoire de...

Chloé reparut deux mètres plus loin, pliée de rire.

— Tu devrais voir ta tête !

— Pfff, t'es bête.

— C'est ma vengeance pour tout à l'heure. Non, mais t'as vraiment cru que ça marcherait ?

— Même pas en rêve !

Chloé assise sur la rambarde était tordue de rire. Des larmes coulaient de ses yeux et elle partit en arrière, disparaissant par-dessus bord dans un grand éclat de rire.

— Eh, tu ne crois quand même pas que je vais tomber deux fois dans le même panneau ! Chloé ?

Olivier regarda autour de lui et l'appela encore.

Mais elle ne reparut pas.

— Tu vas sérieusement mourir de rire une deuxième fois ? Et me laisser comme un imbécile sur ce toit ? Eh bien tu sais quoi ? Va crever ! Et t'avise pas de revenir me hanter !

Il essuya une larme au coin de l'œil et tapa des pieds, essayant de les réchauffer.

— Si tu observes, je chiale pas ! C'est juste le froid !

Le ciel blanchissait à l'horizon et bientôt les premiers rayons viendraient rougir le ciel. Olivier s'accouda à la rambarde pour contempler l'aube se lever sur un nouveau jour. Dans l'angle mort de sa vision, un reflet attira son attention. Au coin de l'immeuble, à une vingtaine de mètres de sa position, un morceau de métal accroché au mur.

Olivier toujours un peu engourdi, précipita ses pas.

Une échelle de secours.

Un chemin vers la liberté.

Cette échelle avait été là dès le début, et lui, comme un imbécile, n'avait pensé qu'à passer tout droit. À foncer tête baissée.

Jurant contre lui-même, l'univers et une certaine fantôme, il entama la descente. 

— Fantôme à la con ! Tu le savais qu'il y avait cette foutue échelle hein ! Tu vas me manquer, tu fais chier Chloé ! J'espère que tu te marres bien, où que tu sois !

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Toit + Moi + Chloé

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