Que feriez-vous si vous pouviez remonter le temps ? Pour Ernest, l'urgence est désormais de sauver son mariage, et pour ça, il devra réaliser un sans faute pour le réveillon.
Temps de lecture : 14min | À lire à partir de : 14+
Publié le :

Mercredi 24 décembre. 17 h 40.

Ernest donna un dernier tour de tournevis à l'horloge suisse qui gisait devant lui sur le bureau. Il releva la loupe devant ses yeux et fouilla un instant au milieu des rouages, papiers, vis et cerneaux de noix éventrées. Sa main effleura le téléphone qu'il avait mis en charge quelques heures plus tôt, avant de se pencher sur sa machine : Luminic Time Negator ou Lu.Ti.N.

Inverser la vitesse de la lumière au lieu de la dépasser, voilà sa grande idée pour voyager dans l'espace et le temps ! Il n'en était qu'à l'étape du prototype, mais si ça fonctionnait, ce serait une révolution !

Le téléphone vibra une nouvelle fois sur la table, mais Ernest n'y prêta pas plus d'attention. Quelqu'un d'autre dans la pièce cependant en avait plus qu'assez d'entendre ces vibrations. Quelqu'un qui se souciait moins des voyages dans le temps que de la qualité de ses siestes.

Schrödinger sauta sur le bureau avec un miaulement et frotta sa tête contre la lampe.

— Rhaa ! Schrödinger, enlève tes pattes de là ! Tu veux quoi ?

Le chat regarda son maître et miaula à quelques centimètres de son nez.

— Tu as faim, c'est ça ? Attends, je te mets un collier, car aujourd'hui tu vas vivre une expérience historique. Ce collier te ramènera à moi dans douze heures, quoi qu'il arrive.

Il accrocha un collier bleu avec une médaille au cou du chat. Il prit son carnet et nota :

« Première expérience temporelle sur mammifère. Le vingt-quatre décembre. Il est... »

— Quelle heure est-il ?

Il déverrouilla son téléphone et eut un hoquet en découvrant les dix-huit rappels et quatre coups de téléphone manqués.

17 h 47.

Son pouls s'emballa lorsqu'il découvrit le contenu des rappels depuis deux jours -- sortir la dinde du congélateur, emballer les cadeaux, préparer la maison pour le réveillon de Noël -- et les multiples messages de sa femme :

N'oublie pas de venir nous chercher à la gare ce soir.

On vient de partir, arrivée à 17 h.

On est arrivés.

Tu n'es pas joignable, on prend un taxi.

Et le dernier arrivé deux minutes plus tôt :

On est là dans quinze minutes, t'as intérêt à avoir une bonne excuse !

— Par la barbe d'Aristote, Schrödinger, tu ne pouvais pas me prévenir avant ? La dinde aurait dû être sortie depuis hier !

Schrödinger se lécha la patte avec une indifférence ostentatoire.

Ernest recula sa chaise avec force, renversant une pile de livres et la maquette de Delorean qui reposait dessus. Le bruit d'une portière de voiture claquée avec l'énergie de la colère retentit dans l'allée. Lily. Elle allait être hors d'elle. Elle l'avait pourtant prévenu qu'elle lui laissait une dernière chance de se comporter en adulte responsable.

— Schrödinger, il semble que tu ne seras pas le premier mammifère à voyager dans le temps ! Je vais devoir te voler la vedette si je veux sauver mon mariage !

L'inventeur referma le dos de l'horloge et murmura une prière à Einstein, Aristote et Brown.

— « Il n'y a point de génie sans un brin de folie » disait Aristote, alors je dois être un sacré Génie !

Et il remonta la clé de l'horloge au moment précis où sa femme posait la main sur la poignée de porte.

À l'instant exact...

Où une boule du sapin se décrochait dans le salon.

Où la sonnerie d'un four se déclenchait dans la cuisine.

Où Schrödinger, mû par quelque instinct animal, sautait dans ses bras.

Et le monde devint brouillard.

 

Date inconnue.

Ernest était encore vivant et entier. C'était déjà un premier miracle ! Ses sens étaient étouffés et il sentait comme un poids sur sa poitrine lorsqu'il tenta de se relever. SCHRÖDINGER!

Second miracle, il avait toujours le LUTIN entre les mains.

— Ça a marché ! s'exclama-t-il. Tu t'en rends compte le chat ? Ça a marché ! Nous sommes les premiers à voyager dans le temps !

Puis il observa autour de lui et ne reconnut rien. Une forêt primaire verdoyante s'étendait tout autour.

— Par contre, il va falloir que je revoie mes logarithmes, nous sommes remontés beaucoup trop loin dans le temps.

Il commençait démonter l'arrière de l'horloge lorsque Schrödinger commença à feuler.

— Oui, oui, on y va ! Laisse-moi vérifier...

Un grondement plus puissant se fit entendre et Ernest releva la tête de son horloge pour gronder son chat. Mais ce n'était pas Schrödinger cette fois-ci, un ours plus grand que lui se dressait cinq mètres devant lui, debout sur ses pattes arrières, la gueule ouverte dévoilant des crocs acérés.

— Par la toge de Pythagore !

Ernest se baissa le plus lentement possible et attrapa le chat. Puis, avec la même précaution, porta la main au coucou suisse. L'ours devant lui s'était mis à avancer, grognant, les pattes avant levées au-dessus de sa tête.

— Il est temps de tester le bouton reset !

Alors que l'ours se remettait sur ses quatre pattes pour charger, Ernest activa le processus de remise à zéro et disparut pour réapparaître à l'exact moment où il avait disparu.

 

Mercredi 24 décembre.

— Qui a les clés ? entendit-il crier à travers la porte d'entrée.

Il avait un instant de répit avant que sa femme Lily n'entre. Il ferma les paupières, inspira un grand coup pour calmer son cœur, donna un très léger tour de clé à l'horloge et sentit un léger frémissement dans l'air.

 

Date pour l'instant incertaine.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, rien n'avait changé dans la pièce. C'était toujours le même capharnaüm dans la pièce et sur le bureau. Ernest tourna et retourna l'appareil entre ses mains, à la recherche d'une faille, mais ne vit rien de spécial. Il ouvrit la porte et quitta la cave en direction de la cuisine.

— T'es déjà habillé ? demanda Lily.

Ernest réalisa alors qu'il était bien retourné quelques jours dans le passé. Sa femme et les enfants n'étaient pas partis en vacances, et il n'avait pas ruiné leur réveillon. Pas pour l'instant.

— Euh, oui, répondit-il en n'ayant aucune idée de la date, l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt !

Dans la cuisine, une couronne de gui en plastique était posée sur la hotte aspirante. On était donc bien en décembre. Ernest se dirigea vers le plan de travail où était posé le calendrier de l'avent.

Il reçut une tape au bout des doigts lorsqu'il s'en saisit.

— Eh ! Ce n'est pas ton tour, tu sais comme ton fils sera déçu si tu prends son chocolat.

Il avait eu le temps de voir qu'il ne restait que cinq cases fermées sur le calendrier.

Samedi 20 décembre.

Il sentit une boule dans l'estomac. Se rendit compte qu'il n'avait même pas vu sa femme partir. N'avait pas dit au revoir à ses enfants quand ils étaient partis, ou quand ils partiraient.

Dans deux heures, Lily, Ben et Moïra sa petite marmotte, allaient partir en vacances et il aurait la maison à lui tout seul. Puis il eut un hoquet de stupeur quand il réalisa qu'il restait une personne à éviter absolument : lui-même ! Il devait absolument remettre la main sur le chat et repartir le matin de Noël. Il ne pouvait pas le permettre de passer autant de temps en tête à tête avec lui-même.

— Oh, j'ai oublié quelque chose à l'atelier, fit-il en retournant vers la cave. Je reviens vite !

Il embrassa Lily et reprit le chemin de la cave tandis que l'Ernest du passé descendait de sa chambre en pyjamas.

— Tu es sûr que ça va ? lui demanda-t-elle quand il l'embrassa. Tu comptes te recoucher ?

Encore à moitié endormi, il grogna une réponse inaudible et mit en marche la machine à café.

Ben qui était descendu en même temps que son père embrassa sa mère et tendit les bras à son père qui ne le voyait pas, plongé dans un carnet de calcul.

— Ernest, embrasse ton fils, soupira Lily.

Son doudou serré dans ses bras, Ben attendait.

— Tu viens avec nous en vacances ?

Il releva la tête de son carnet, sourit à son fils et l'embrassa.

— Non, papa travaille.

Ben lui rendit son baiser et alla se réfugier dans un fauteuil au salon.

Dans les escaliers menant à la cave, son double du présent tentait de faire venir sa version de Schrödinger. Un premier chat traversa la cuisine, rapidement suivi d'un deuxième.

— Tiens, il y a un bug dans la matrice ! ricana-t-il.

— Qu'est-ce que tu racontes ? demanda Lily.

— Je viens de voir le chat passer deux fois.

— Il va vraiment falloir que tu lèves le pied pendant les vacances. Tu as des hallucinations ! Je ne rigole pas Ernest. Profite des vacances pour mettre le nez dehors. Ne reste pas dans ta cave !

Elle tourna la cuillère dans son café, attrapa quelques miettes sur la table, qu'elle écrasa du bout du doigt avant de les porter à ses lèvres.

— Ton côté savant fou, c'est ce qui m'attire chez toi, mais sors un peu de ta cave ! Les enfants t'ont quasiment pas vu ces derniers jours.

Sa cuillère tinta sur la table quand elle la posa plus sèchement qu'elle n'aurait voulu.

— Tu nous manques Ernest.

— C'est juste un truc que je dois finir. Après, tout ira mieux, je te promets.

Elle passa une main sur sa joue puis prit sa tasse et lui tourna le dos.

Ernest des Noëls présents, un demi-étage plus bas, ramassa le chat qui portait un collier, tandis que Schrödinger du passé sans collier s'était perché sur le dossier du canapé.

Sur le plan de travail, un téléphone émit une succession de « Ting ».

Sa femme retourna le téléphone et parcourut les notifications.

— Ils ne peuvent plus se passer de toi à l'université on dirait ! Tu as reçu trois messages, ils t'y attendent le vingt-trois toute la journée.

— Pour quoi faire ?

— J'en sais rien moi, c'est ton domaine ! Au moins ça t'obligera à sortir.

Ernest ne se rappelait pas ces messages, mais l'autre ne semblait pas s'en préoccuper.

— Hmm, hmm.

Il termina son café, attrapa son carnet.

— J'vais m'doucher, lança-t-il, le nez déjà dans son carnet.

Schrödinger sous le bras, Ernest des noëls présents le vit monter les escaliers et en profita pour regagner la cave.

— Le chat, on a deux heures pour améliorer la précision du LUTIN, murmura-t-il. Et on revient dans deux jours, quand je serai à l'université.

Deux heures plus tard, Ernest tournait une nouvelle fois la clé du dispositif. Cette journée commençait à être interminable.

 

Lundi 22 décembre.

Une version d'Ernest démarrait tout juste le moteur de la voiture familiale quand l'autre se matérialisait une troisième fois dans son atelier sous-terrain, faisant le point sur la liste des choses à faire.

L'horloge commençait à chauffer avec tous ces déplacements sans répit. Il allait falloir qu'il s'occupe de ça.

Mais la première chose à faire était de sortir la dinde du congélateur et la laisser lentement dégivrer au frais. Ensuite, emballer les cadeaux. Le reste, il pourrait gérer plus tard.

— Alors le chat, tu vas bien me donner un coup de patte ? On a ici le papier cadeau, le scotch, les ciseaux, un cadeau pour Lily, celui de Moïra, et... Mais où est le cadeau de Ben ? Pourtant je me souviens l'avoir commandé !

Peut-être Lily l'avait-elle rangé ailleurs ? Une fois les autres cadeaux emballés, Ernest alla vérifier son compte mail. Aucune trace de confirmation de commande ni de réception. Il vérifia sur le site de commande en ligne, vit que le panier contenait un article non commandé.

— Quel idiot ! J'ai oublié de commander ! Et plus d'articles en stock.

Ernest passa ses doigts dans ses cheveux, les serrant à s'en faire mal.

— Ça, Schrödinger, ça veut dire qu'on est bons pour un nouveau voyage dans le temps !

Retournant dans sa tanière, il commença à démonter le négateur luminique.

— Tu me préviens si quelqu'un arrive, hein le chat ?

L'intérieur de la machine n'avait plus rien de l'horlogerie suisse du départ. Ses entrailles étaient un mélange de circuits imprimés, puces, neurones artificiels et circuits de lumière liquide qui transitaient par un cœur intelligent qui pulsait comme un organe vivant.

Il travaillait depuis moins de deux heures quand le chat sauta sur la table en miaulant.

— Il va vraiment que je travaille sur l'interface de traduction humain/chat. Qu'est-ce que tu veux me dire, tu vois pas que je travaille ?

Depuis l'étage une voix retentit.

— Schrödinger, mon chat, t'es là ? cria Ernest des noëls passés.

— Mince ! Je suis déjà de retour. C'était censé durer la journée mon rendez-vous !

Ernest referma l'horloge après quelques réglages supplémentaires et remonta à pas feutrés.

L'autre était au téléphone.

— ... du tout ce qu'il s'est passé. Non ! il dit qu'il l'invitation ne venait pas de lui. Aucune idée.... Il faut que je te laisse chérie, j'ai du travail quand même. Non, je n'oublierai pas. À jeudi.

Ernest n'avait entendu qu'une partie de la conversation, mais il avait rempli les blancs. Son clone n'avait fait que l'aller-retour à la fac à cause d'une fausse invitation. Dans quel but ?

Il laissa sa version du passé dans la maison et sortit par la porte de derrière, suivi par le chat.

 

Lundi 22 décembre. Encore.

Le chat dans ses pas semblait aussi désorienté que lui. Il ne savait plus trop pourquoi il était une nouvelle fois remonté dans le temps. Il faisait nuit et la maison était calme.

Dans quelques heures, Ernest des Noëls passés n'allait pas tarder à se lever et recevoir trois notifications sur son téléphone. Au même moment, Ernest des Noëls présents serait dans la cave à essayer de stabiliser le LUTIN.

Il se souvint qu'il devait finaliser la commande pour le cadeau de Ben, sortit son téléphone et se connecta au site en ligne.

Ensuite, l'université. C'était ça, il devait aller à l'université, programmer une fausse invitation pour se débarrasser d'Ernest.

— Par les sandales d'Euclide, je suis épuisé.

S'étirant, il donna une caresse à Schrödinger.

— Allez, le chat, en route. Vivement que les fêtes soient passées !

Le trajet jusqu'à l'université se fit sans encombre, les routes désertes et les vacances scolaires y étaient pour beaucoup !

Ernest connecté sur le réseau du département de sciences envoya alors trois messages.

« Réunion de bilan lundi 22 décembre de 10 h à 12 h. Présence obligatoire. »

« Repas de fin d'année lundi 22 décembre de 12 h à 14 h. Facultatif »

« Discours du président de la faculté lundi 22 décembre de 14 h à 16 h. Facultatif. »

Voilà qui devrait éloigner Ernest. Il programma également plusieurs ramendés sur son agenda, mais il savait que c'était en pure perte. L'autre serait bien trop occupé pour y prêter attention le jour J.

— Allez le chat, un petit quart d'heure de sommeil et on y retourne. Direction, le réveillon !

 

Mercredi 24 décembre. 13 h.

Les cadeaux étaient tous emballés, il s'en était assuré ce matin en s'occupant du dernier paquet ce matin. La dinde était prête à être enfournée, le thermostat réglé et le four programmé pour s'éteindre à 18 h. Pas le temps de niaiser pour autant, comme diraient ses parents restés au Québec, il reste tant à faire !

Le temps se resserre entre Ernest et lui, bientôt leurs deux lignes temporaires vont se croiser, et il n'a aucune idée de ce qu'il va se passer. Il reprend la liste pour revenir à l'essentiel : sortir la lessive du sèche-linge, ranger les courses, mettre la table, préparer l'apéro. Comment Lily faisait-elle pour tout gérer ? Il lui avait fallu trois voyages dans le temps pour s'en sortir, et il n'avait pas les enfants dans les pattes !

15 h.

Comme prévu, son double n'avait pas mis la tête hors de l'atelier de la journée. Plus que deux heures avant l'arrivée du train de Lily. Par précaution, Ernest préférait prévoir large. Il partirait après avoir dormi une petite heure. Il n'arrivait pas à faire le compte, mais il n'avait pas dormi depuis un moment. Il lui faudrait intégrer à l'horloge un mécanisme pour garder trace du temps passé. Pour l'heure à venir, le canapé du salon serait son meilleur ami.

15 h de nouveau.

Ernest s'allongea sur le canapé, posa un coussin sur son visage pour se cacher de la lumière. Il ne vit donc pas un nouvel Ernest, vêtu de noir, mal rasé et âgé de quelques années de plus, descendre du grenier avec une caisse de décorations de Noël.

— Eh ! Salut Schrödinger ! murmura-t-il. Je suis content de te revoir mon chat, tu m'avais manqué !

Il caressa le chat et posa la boîte de décorations pour se rendre à la cuisine, sortit la dinde du réfrigérateur et mit le plat au four.

Dans quelques heures, lorsque Lily rentrerait en le tirant de son sommeil, la minuterie ne sonnerait pas sur un four vide, et il ne verrait pas la gêne sur le visage de sa femme ni la déception de Moïra lorsqu'elle découvrirait un salon sans sapin, sans décoration de Noël. Ces petits riens qui continueraient à s'accumuler finiraient par miner leur couple jusqu'au point de non-retour.

En trente minutes, il pouvait aller acheter un sapin et être de retour à temps pour se réveiller.

15 h 52.

Le sapin était posé derrière la maison, quelques épines étaient tombées dans la voiture. Ernest s'épousseta et entra pour retrouver Schrödinger. Il le caressa et le gratta entre les oreilles.

— Désolé de te brusquer le chat. Je vais avoir besoin d'un peu d'aide. J'espère sincèrement que dans un environnement plus calme tu vivras plus longtemps. Et si c'est nos voyages dans le temps qui ont diminué ton espérance de vie, j'en suis sincèrement désolé.

Il embrassa le chat, le lança sur la poitrine d'Ernest endormi et se précipité hors de la pièce.

16 h.

Schrödinger atterrit sur la poitrine d'Ernest qui fut sorti du royaume des songes.

— Pfff, le chat, faut que tu travailles tes entrées ! On ne saute pas comme ça sur les gens !

Ernest se releva, tapota ses joues et essuya sa bouche pâteuse, jeta un coup d'œil à son smartphone.

— Mince ! T'as bien fait de me réveiller ! J'allais louper l'heure du départ. Allez, cette fois-ci, je vais te laisser tout seul. Ce serait beaucoup trop bizarre de te prendre avec moi à la gare.

Ernest s'étira, attrapa les clés et partit récupérer sa famille. S'il ne se trompait pas, il reviendrait dans deux heures, au moment même où Ernest des Noëls passés disparaîtrait de la cave, ne laissant plus qu'une version d'Ernest dans cette ligne temporelle. Il eut une pensée furtive pour la dinde, se demandant s'il avait bien pensé à la mettre au four.

16 h 15.

Tandis que la voiture s'éloignait en direction de la gare, Ernest installa le sapin dans le salon et commença la décoration. Il n'avait jamais été très doué pour ça, mais pour Moïra, il était prêt à faire des efforts.

18 h. Devant la maison.

La portière de la voiture claqua avec violence et des pas énergiques en talons se dirigèrent vers la porte.

— Qui a les clés ? demanda Lily d'une voix angoissée.

Le four se mit à sonner dans la cuisine.

— J'arrive ! répondit Ernest derrière elle.

18 h. Dans l'atelier.

Ernest dans la cave tournait la clé du LUTIN et disparaissait.

18 h. Dans le salon

Ernest dans le salon accrochait une dernière guirlande au sapin, faisant tomber une boule de Noël qui s'écrasa au sol, éparpillant de fins éclats colorés.

18 h. Devant la maison.

Ernest devant la porte tourna la clé dans la serrure.

18 h. Dans le salon

Ernest appuya sur le bouton reset du LUTIN et disparaissait.

18 h.

— Dépêche-toi, ça urge !

Lily se rua vers les toilettes dès la porte ouverte.

Ernest fut rassuré en sentant la bonne odeur de viande rôtie qui émanait de la cuisine. Il posa les clés sur la commode. Ben, Moïra et ses beaux-parents suivaient derrière, dans un joyeux tintamarre.

Ernest sourit et regardant les enfants s'extasier devant le sapin et ses décorations.

Qu'il n'avait pas décoré.

Qui n'était même pas sur sa liste des choses à faire.

En un câlin qui ressemblait plus à un plaquage, Moïra s'était jetée dans les jambes de son père.

— Merci papa ! Il est trop beau le sapin !

Ernest passa la main dans les cheveux de sa fille et lui rendit son câlin. Sur le comptoir de la cuisine, son carnet de notes, qu'il ne se rappelait pas avoir posé là, et sur la dernière page ces quelques mots :

« Tu avais oublié de mettre le réveil pour 16 h, j'ai dû jeter ce pauvre Schrödinger sur toi pour te réveiller. »

À son habitude, le chat est perché sur le dossier du canapé. Il soulève une paupière et bâille. Ernest reprend sa lecture.

« La dinde n'était pas dans le four et il me reste très peu de temps pour décorer le sapin. J'espère que j'aurai le temps de finir de le décorer. »

Il savait bien qu'il avait oublié la dinde ! Il n'était pas fou !

« C'était pas évident, mais on y est arrivé ! Joyeux Noël à nous.

Futur Ernest. »

Oui, il(s) y étai (en) t arrivé(s).

— Encore avec tes fichus calculs ! s'exclama Lily.

— J'allais le ranger. Je crois que j'ai du temps à rattraper avec vous.

Ernest regarda sa femme dans les yeux et l'embrassa.

image/svg+xml

Télécharger cette Histoire Courte

Icône EPUB

Ces petits riens

Ces petits riens

Licence Creative Commons BY-NC-ND

"Ces petits riens" par Christophe NERIA est sous licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International (CC BY-NC-ND 4.0).

Maman j'ai raté le traineau Toit + Moi + Chloé

D'autres histoires à lire

〉Découvrir plus de la catégorie histoires