Quand le grand méchant loup vient toquer à la porte du père Noël, il est beaucoup moins bien reçu que prévu. Perdu entre les contes, il va devoir affronter ses peurs pour retrouver son histoire. Heureusement, il trouvera des alliés sur son chemin !
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« Bon alors, tu toques, et tu dis ta réplique. Tu respires, tu ne parles pas trop vite, et tu récites. Comme à la maison, » se répéta le loup.

Il se tenait pieds nus dans la neige. Ses coussinets étaient gelés et il n'arrêtait pas de renifler.

Respirant un grand coup, il toqua à la porte de la chaumière.

Toc, toc, toc.

— Qui est là ?

— C'est votre petite fille, le petit Chaperon rouge, dit le Loup de sa voix enrouée. Je vous apporte une galette et un petit pot de beurre.

La porte s'ouvrit sur un être petit et chevelu, longue barbe et nez retroussé sous un chapeau pointu. C'était un gnome de Noël, sourcils froncés, ronchon.

— Qu'est-ce que tu fiches au pôle Nord, Loup ? Ce n'est pas ton histoire ici ! Allez ouste ! Fiche le camp, sac à puces, retourne dans ta forêt ! gronda-t-il en lui donnant un coup de balai.

Le loup en quelques instants se trouva épousseté, dégagé et expédié dans la neige, les fesses en premier.

Bougonnant, il ramassa son panier d'osier, son pot de beurre et ses galettes toutes mouillées.

Un chat, en bottes et portant cape, le regardait se relever.

— Bonjour Monsieur le Loup ! Qu'est-ce que tu fais ici dans ce conte ? Tu t'es perdu ?

Le loup frotta la neige de son derrière et serra son panier contre lui. Il n'était pas prêt à partager !

— J'ai froid, je me sens seul, personne avec qui fêter Noël et j'avais envie d'un bon feu de cheminée. Dans mon conte de fées, pas moyen de se réchauffer ! Il y a toujours une hache et un chasseur prêt à me découper !

— Hmm, fit le chat, je vois, c'est vrai que tu n'as pas bonne mine. Et donc tu es venu ici crier famine !

Le loup haussa les épaules.

— On m'a dit qu'au pays du père Noël, tout est merveilleux. Tant et tant qu'on ne sait plus où poser les yeux ! Et puis je pensais qu'un vieux monsieur qui distribue des cadeaux ne serait pas méchant. Qu'il ne montrerait pas les dents.

— C'était bien pensé. Mais tout le monde ici n'est pas aussi accueillant !

Le chat fit une révérence.

— Je me présente : Chat Botté, petit, mais futé ! Observe et apprends.

Le chat avec ses bottes et son air déterminé alla gratter à la fenêtre.

— Miaou !

De l'intérieur de la maison, Loup entendait le gnome de Noël vaquer à ses occupations. Les bruits cessèrent et une fenêtre s'ouvrit.

— Oh pauvre chaton ! Le grand méchant loup ne t'a pas fait trop peur ? Ne t'inquiète pas, je l'ai chassé ! Tiens, voilà un peu de lait mon beau chat.

Quelques instants plus tard, le chat ressortait, s'essuyant le museau d'une patte.

— Et voilà comment on fait !

Le loup accrocha un sourire à ses babines qu'il se léchait déjà et dirigea ses pas vers la fenêtre. Il était prêt à y gratter comme le minet.

— Hop hop hop ! Que fais-tu là ? Désolé, mais tu n'as pas la tête de l'emploi, ça ne marchera pas !

— Ah bon ? Parce que j'ai une tête de loup, c'est ça ? Mais c'est pas moi qui mange petits et grands, je le connais même pas le loup qui fait ça ! Et je préfère de loin les gâteaux.

— Tu sais, pour nous tous les loups se ressemblent. Et les préjugés ont la dent dure ! Les gens ont peur du loup, c'est dans leur nature.

— Va dire ça à mon chasseur ! Tu verras de quel côté est la peur. J'ai fui mon conte parce qu'on me maltraitait. Et ici, je ne reçois que coups de balai !

Le ciel au-dessus d'eux commençait à s'assombrir. Au loin, une horloge sonna plusieurs coups. Le Chat Botté attrapa le loup par le bras.

— Bon, Loup, je veux bien t'aider, mais ne traînons pas ici ! On n'a pas le droit de changer de conte. Et si les correcteurs débarquent, on va se faire enfermer. Au mieux ils te renvoient dans ton histoire, au pire, ils pourraient t'effacer pour corriger le récit ! Un loup chez le père Noël ! Tu croyais vraiment pouvoir te promener sans encombre ?

— Enfermer, effacer ? demanda le loup qui claquait des dents. C'est plus méchant qu'un gnome et que le chasseur un Correcteur ?

Le chat tirant toujours le bras du loup avançait à grands pas dans ses bottes.

— C'est plus bête que méchant. Un correcteur fait ce qu'on lui demande.

— Mais pourquoi ils sont là ? J'ai rien fait de mal.

— Des fois on en a besoin ! Imagine si un ogre débarquait, qui protègerait le village ?

Le loup déglutit, accéléra pour rester à hauteur du chat botté.

— N'empêche, il donne un peu les chocottes ton correcteur !

— Ne t'en fais pas, tu risques rien avec moi. Allez, pressons le pas !

— Mais pour aller où ?

Le Chat Botté s'arrêta, mettant ses pattes sur ses hanches et regarda le loup dans les yeux en fronçant les sourcils.

— Mais pour rentrer dans ton conte, voyons ! Tu ne peux pas rester ici.

— Mais toi tu es bien là ?

— Moi c'est pas pareil. Je sais ce que je fais. Et puis un chat, ça a sa place partout, pas comme les loups ! Et de toute façon, je rentrais chez moi.

Le chat lui tourna le dos, et commença à faire ses griffes sur un tronc en gomme.

— Je connais ton petit chaperon rouge, tu sais. Je suis déjà allé chez mère-grand réclamer un peu de crème. Elle est délicieuse !

Un claquement se fit entendre qui retentit dans la forêt. Loup sursauta.

— C'est les correcteurs ?

— J'ai peur que ce soit un conte qui vient de fermer. Viens, il faut se hâter !

Le loup se remit à trotter derrière le chat.

— Dis donc, tu marches vite toi !

— Ah, ça, c'est grâce à mes bottes. Elles me permettent de marcher sans me blesser.

— T'as de la chance. Moi j'ai un déguisement tout pourri.

— Ce n'est pas tout, avec ces bottes, je n'ai plus l'air de ce que je suis. Quand on me voit, on se dit : ce chat est épatant. Regardez ses belles bottes. Ce doit être quelqu'un d'important !

Le loup regarda sa cape élimée et son nez qui coulait. Pour sûr on n'allait pas le prendre pour quelqu'un d'important !

— Et il y a des chasseurs dans ton conte ? Peut-être que je pourrais venir chez toi ?

— Pas de chasseur, non, par contre il y a un ogre. C'est bien plus dangereux un ogre !

— Houlà ! Tous les contes sont aussi cruels et dangereux ? Je crois que je vais rester chez moi. Au moins, là-bas je sais de quoi j'ai peur.

Le chat s'arrêta et grimpa sur une pile de livres en vrac sur le chemin. Il se lécha la patte et s'éclaircit la voix.

— Écoute, je te comprends mon loup. Mais avoir peur ne va pas changer les choses ! Tu aimes quoi dans la vie ?

— Les steaks hachés et la purée ! fit le loup en hoquetant.

— Je pensais plutôt à promener dans la forêt ou jouer à chat perché. Chacun ses goûts !

Le matou s'étira, tendant ses pattes avant le plus loin possibles avant de bâiller.

— Moi quand j'ai vraiment peur, continua-t-il, je pense à un truc que j'aime, et j'avance ! J'ai juste à penser que ce que j'aime le plus m'attend à l'arrivée !

— Oui, eh bien moi, avec le chasseur, je sais très bien ce qui m'attend, et c'est pas des steaks hachés !

Mimant le geste du chasseur, Loup leva un morceau de bois en l'air.

— Un coup de hache, voilà ce qui m'attend ! TCHAC ! Et c'est moi qui finirai en purée !

— Oh Loup, le monde n'est pas toujours si cruel ! Les chasseurs ne t'attendent pas tous avec une hache.

— Vraiment ?

— Mais oui ! Et tu finiras par te faire des amis, j'en suis persuadé.

La tête de Loup dodelina, et sa main vint gratter son arrière-train. Signe chez lui d'une grande réflexion.

— Je me demande... Par hasard, tu aimes les steaks hachés toi ?

S'arrêtant net, le chat lui fit signe de se taire.

— Chut ! J'entends quelqu'un appeler. Allons voir !

Le chat sauta à bas de son perchoir, renversa une colonne de Lego et se mit à bondir à travers bois.

« Qu'est-ce qui m'a pris de suivre ce fichu chat ? Moi tout ce que je voulais, c'était juste un endroit chaud ou passer la soirée ! »

Courant derrière le félin, Loup entendait en effet des appels à l'aide. Ils provenaient d'un ravin au bord duquel le Chat Botté était posé.

Un ours plus grand et terrifiant qu'un chasseur se tenait au fond. Grognant, griffant la terre, toujours il retombait.

— Je suis désolé Papa Ours, fit le chat, je suis trop petit pour t'aider !

— Tu vas quand même pas m'abandonner alors que les correcteurs approchent ?

Le chat fit une grimace.

— C'est qu'il y a de l'eau au fond de ce ravin. Et moi, j'ai pas peur de l'eau, mais je n'aime pas trop me mouiller.

— QUOI ? gronda l'ours. Tu m'abandonnerais là pour pouvoir rester au sec ?

Loup s'avança et regarda l'ours qui semblait très gros, et le ravin très profond.

— Moi je suis plus grand que le chat, et je suis déjà tout mouillé. Je pourrais vous aider.

Une chouette hulula dans la nuit, presque invisible au milieu des arbres.

— Ouh ! Dépêchez-vouuus ! Les correcteurs viennent chercher le louuup !

— Moi ?

— Bon, vous allez m'aider ou pas ? s'écria Papa Ours.

Loup souffla, grogna, épousseta le sol, s'allongea et tendit le bras. Malheureusement il était toujours trop court !

— C'est une odeur de miel que je sens, loup ? demanda l'ours.

— Oui, avec des galettes et du beurre. Je voulais les échanger contre un endroit chaud et un peu de compagnie.

Loup s'interrompit et claqua des doigts.

— Oh ! Je pourrais me servir du panier pour t'aider !

Il vida le contenu de son panier à ses côtés et le prenant à bout de bras, le tendit à Papa Ours. Un, deux, trois essais plus tard, Ours s'accrochait enfin au panier. La terre glissait sous ses pattes, mais avec l'aide de Loup, il parvint à se hisser.

Allongé sur le dos dans la neige, Papa Ours reprenait son souffle.

— Loup, si tu cherches encore un endroit où rester au chaud et manger des galettes au miel avec des amis, tu seras bienvenu chez moi !

Loup sentit une larme lui venir à l'œil. Un frisson le parcourut, mais ce n'était pas à cause du froid.

— Merci Papa Ours.

Le chat descendit le long de la souche. Le sol se mit à trembler.

— C'est un ogre ? demanda Loup.

— Non ! Ce sont les correcteurs qui arrivent. Content que tu sois avec nous Papa Ours. Dépêchons-nous avant qu'ils se fâchent.

Papa Ours, Loup et le Chat Botté en file indienne se remirent à courir dans la neige. Le chemin petit à petit se bordait d'objets incongrus. Ici une paire de chaussettes, là un stylo bille, plus loin un Playmobil sur une luge.

Le sol bougeait de plus en plus. Loup avait du mal à tenir debout. Une pluie de billes en verre se mit à tomber autour d'eux dans un bruit de tonnerre. Un joueur de flute jouait et dansait. Derrière lui, une horde de rats suivait. Vermines grouillantes, ils grimpaient aux arbres, couraient sur les racines.

Une ombre gigantesque recouvrit Loup qui s'arrêta pour lever la tête. Un vol d'oies sauvages planait au-dessus d'eux.

— Cours ! cria le Chat Botté. Tout le monde est en train de rejoindre son conte de fées ! L'histoire va bientôt se terminer pour nous si on ne rentre pas à temps !

Le sol n'était plus stable sous eux, Loup esquivait les branches et se faufilait dans une bambouseraie de crayons de couleur. Il s'accrochait à son panier et ne quittait pas le Chat Botté des yeux.

Les ombres des correcteurs se faisaient plus pressantes. Des mouvements. Des claquements de bottes. Des haches qu'on affûte. Des arbres qui tombent.

Papa Ours tendit un bras en direction d'une trouée dans les arbres. Dans un bosquet épargné par le chaos, de grands arbres se dressaient. C'étaient des sapins de papier comme découpés dans des livres d'histoires. Des bouts de mots et des dessins pendaient aux branches. Et tout le monde se pressait pour se glisser entre les lignes.

— On y est ! Le bosquet des contes !

Le Chat Botté repéra un arbre très coloré dont les pages tournaient dans le vent. Des murmures de contes s'échappaient des branches, emportés par la brise.

— C'est chez nous, Loup. Les contes de Perrault. Tu sais grimper aux arbres ?

— J'ai le vertige, mais là, tout de suite, je rêve d'une bonne purée avec un steak haché ! Alors je vais grimper !

Ours éclata de rire. Puis il prit un air plus sérieux.

— Loup, tu ne peux pas rentrer chez toi, tu ne vas pas retourner affronter les chasseurs ! Viens dans mon conte, tu goûteras mon miel. Maman ours en prépare un excellent. Elle sera ravie de partager avec toi. Si cette petite peste de Boucle d'Or n'a pas mangé toute notre réserve.

— Je ne sais pas si je peux. Je ne voudrais pas déranger.

— Tu pourrais t'occuper de Petit Ours quand Maman Ours et moi voulons sortir. Je vis dans une forêt, un loup de plus ne changera pas l'histoire... Allez, viens avec moi, tu te plairas dans les contes des frères Grimm !

Loup retint une larme et l'étreignit à la plus grande surprise de tous.

Le Chat Botté avait déjà grimpé dans les branches. Papa Ours grimpait à un arbre voisin.

— Allez dépêche !

Loup attrapa une branche et les mots ondulèrent sous ses doigts.

— Je suis fier de toi ! lui cria le Chat Botté. Tu vois, tu as déjà trouvé un ami !

Perché sur une branche, Loup lâcha une main pour faire signe à son compère félin qui disparaissait déjà.

Une ombre gigantesque recouvrit le conte et il y eut un grand mouvement de pages. Loup lâcha sa branche et dégringola sans pouvoir se rattraper entre les lignes du conte. 

 

Le livre se ferma dans un grand claquement juste au moment où maman rentrait dans la chambre.

— Qu'est-ce que c'est que ce bazar ? Je t'avais demandé de ramasser tes affaires !

— Mais maman, c'est pas ma faute, c'était déjà tout mélangé ! J'attendais que le loup ait trouvé une histoire qui lui plairait ! Tu te rends compte s'il s'était fait effacer ?

— Tu parles du Grand Méchant Loup ?

— En vrai, il est pas si méchant quand on le connait. Je suis sûr qu'il va se plaire dans sa nouvelle maison !

Maman se baissa pour ramasser le livre dont la dernière page était cornée. Elle l'ouvrit et lissa la page. Une chaise avait été ajoutée à la table des trois ours. Un loup se léchait les babines devant un pot de miel, souriant à Petit Ours qui grignotait une galette beurrée.

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Contes défaits

Contes défaits

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"Contes défaits" par Christophe NERIA est sous licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International (CC BY-NC-ND 4.0).

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