Allongés sur le tapis,
les pieds battant d'ennui,
Max et Luna attendaient.
Trop sagement patientaient.
Ils fixaient la pendule,
Même s'ils trouvaient ça nul.
Les heures s'égrenaient,
Tout doucement passaient.
Un coup tic, un coup tac,
Sans jamais un couac.
Maman leur avait promis
Qu'arriverait aujourd'hui...
Un joli petit paquet
emballé et ficelé.
Ce n'était pas un cadeau,
Tout juste des animaux.
Pas des vrais, mais des santons
Dans une boîte en carton !
Maman avait prévenu Luna :
« Bien sûr, vous pourrez regarder,
Mais attention à ne rien casser ! »
« Pourquoi maman nous dis-tu donc ça ? »
« Nous faisons toujours très attention ! »
« Ah oui ? Et la lampe du salon ? »
« Pas ma faute, c'était un accident ! »
« Ce matin, mon joli verre à dents... »
« Ah non ! Ce n'était même pas moi ! »
« Peut-être était-ce ce vilain chat ? »
Maman avait alors soupiré.
Luna et Max avaient supplié.
« Oh ! Nous ne ferons que regarder ! »
« Comme ça, on ne va rien casser... »
Ainsi donc, maman avait cédé,
Accepté qu'ils ouvrent le paquet.
Aussi, plein d'espoir depuis ce matin,
Espérant que ce n'était pas en vain,
Max et Luna se tenaient sages.
On aurait presque dit deux images !
« Tu crois qu'il y aura un dinosaure dans le paquet ? »
C'était Max qui à sa grande sœur s'adressait.
« Mais non, triple idiot ! C'est beaucoup, beaucoup trop gros ! »
« Et des éléphants ? Il y en a dans le lot ? »
« Ni dinosaure, ni éléphant, ni dromadaire ! »
« Nul ! Je ne crois pas que ce colis va me plaire. »
« Moi, j'aimerais que les animaux soient des vrais ! »
C'était bien mieux qu'un dinosaure en vérité.
Saperlipopette ! Luna avait raison !
Quel rêve d'avoir un animal à la maison.
« Driiiiiiiiiiiiiiiing ! »
« Driiiiiiiiiiiiiiiing ! »
Comme la sonnerie pour aller à la cantine,
Comme Max à qui on a promis une tartine,
Comme le départ d'une course au coup de sifflet,
La sonnette d'entrée les fit bondir sur leurs pieds.
En deux bonds, hop ! Et un, deux, trois piétinements,
Ils étaient devant la porte qu'ils ouvraient en grand.
« Hmm ! Le colis est-il pour ces deux chenapans ? »
Le facteur Moustache, à vélo, cheveux au vent,
Leur tendait un tout petit paquet, élégant.
« Je me demande bien ce qu'il y a dedans ? »
Interrogea monsieur Moustache, le secouant.
« Non, attention ! » s'écrièrent en cœur les enfants,
La bouche ouverte en grand...
Leurs bras tendus en avant.
« Si c'est cassé, abîmé... »
« On va se faire gronder ! »
« Ce sont des animaux... »
« Pas des vrais pour un zoo ! »
« C'est ni un éléphant, »
« Ni un dino géant. »
« C'est pour la crèche, non ? »
« Oui, vous avez tout bon ! »
« Je comprends pourquoi ce paquet est important. »
« Prenez-en soin, amusez-vous, mais prudemment ! »
La porte fermée, devant le sapin dressé
Max et Luna n'osaient pas toucher le paquet.
« Allez, on ouvre ensemble à trois. »
« Un...
deux...
Trois ! »
Une odeur de fumier, quelques brins de paille,
Volent, s'échappent, bientôt suivis... du bétail !
Un âne d'abord passa les sabots en premier,
Puis ce fut un bœuf qui sortit les saluer,
Un beau mouton à la jolie laine bouclée,
Et enfin, un rouge-gorge qui se mit à chanter.
« Haaaan,
Meuh,
Bééééh. »
Tout ça dans le salon, en crèche transformé.
Un coup de sabot, bim ! Un vase était renversé !
Un coup de corne, et le sapin faillit tomber.
Un coup de dents, et oups ! Les fleurs étaient broutées...
Max sur les fesses, avait les yeux ouverts en grand.
« Heureusement qu'il n'y avait pas d'éléphant ! »
Luna par terre se releva dans un effort.
« Heureusement, pas non plus de dinosaure ! »
« Bèh ! Non, mais c'est quoi cette drôle de maison ? »
« Rien ici n'est naturel ? » bêle le mouton.
« Les fleurs, le sapin, tout ici est en plastique. »
« J'ai les dents qui couinent lorsque je mastique ! »
« Meuh ! » fait le bœuf, « C'est quoi cette fichue maison ? »
« Je suis une star, je venais pour l'audition ! »
« Vous connaissez pas ma sœur, la belle Mika ? »
« Blanche à tâches violettes, elle aime le chocolat ! »
« Han ! Non, mais on est où ? C'est quoi cette maison ? »
« On m'avait promis des carottes à foison ! »
« Je ne suis pas râleur, j'aime être bien traité ! »
L'âne s'interrompit. « Quand je suis contrarié... »
« Quelqu'un peut me montrer où sont les cabinets ? »
« Tuit ! Tuit ! Tuit ! Trop bien ! J'adore cette maison ! »
« Ces couleurs, ces miroirs, c'est carrément canon ! »
Le rouge-gorge voletait, sifflotant tout du long.
« C'est tellement beau... J'en ferais une chanson ! »
« Ça suffit ! » cria Luna. « Ce n'est pas réel ! »
« Max, pince-moi, il faut que je me réveille. »
Pas besoin de lui demander trente-six fois !
Tenant la peau entre ses deux doigts, il pinça,
« Aïe ! pas si fort ! » Pas de doute, ils ne rêvaient pas.
Âne, bœuf, mouton et rouge-gorge étaient bien là !
Luna désespérée, poussa un long soupir.
« Vous ne pouvez pas rester, vous devez partir ! »
Le mouton un instant arrêta de mâcher.
« Nous serons très prudents, nous n'allons rien casser ! »
Le bœuf, se tourna, arrêta de s'admirer.
« Nous sommes entre animaux civilisés ! »
« On ne va rien salir ! »
« On va rien démolir ! »
L'âne venait de s'enfermer avec une BD.
« Euh, je suis occupé ! »
« Nous sommes désolés, vous ne pouvez pas rester ! »
« Mais c'est pourtant vous qui nous avez appelés. »
Le frère et la sœur échangèrent un regard.
Maman, ils s'en doutaient, allait être en pétard !
« Oui, on voulait un animal à la maison »
« Mais un chien, un chat. Pas un bœuf ni un mouton. »
« Oh, s'il vous plaît, retournez dans votre carton. »
Et des toilettes, on entendit « Alors là, NON ! »
« Non, pas question ! Je n'ai pas fini de lire ! »
« Sans lumière, je ne pourrai jamais finir ! »
« Dans la boite on est serrés, bien trop à l'étroit. »
« Hors de question, on ne veut pas retourner là. »
Luna devint toute rouge, gronda, énervée :
« Dans ce cas, vous serez tous privés de goûter ! »
Un goûter ? Kezaco ?
Une sorte de chapeau ?
Bœuf, âne, et mouton n'en avaient aucune idée.
Mais tout d'un coup, ils étaient plus intéressés.
« Peut-être qu'on pourrait... »
« Vous pourrez rien du tout ! »
« Essuyez vos sabots et rentrez tous chez vous ! »
« Je vois que nous ne sommes pas les bienvenus »
« C'est la première fois que je suis si mal reçu ! »
« Les enfants d'aujourd'hui ne savent plus s'amuser »
Fouettant l'air de sa queue, le bœuf avait parlé.
« Si on n'a pas droit au goûter, tu as raison ! »
« Ne restons pas là. » Avait bêlé le mouton.
« Pensez à remettre du papier aux toilettes... »
Compléta l'âne. « Pas tout de suite, parce que ça fouette ! »
Ainsi, chacun son tour, patte après patte,
Bœuf, âne, mouton retournèrent dans leur boîte
Grognant, râlant, tête basse, traînant des pieds.
Et au fur et à mesure, ils rapetissaient !
À peine Max avait-il fermé le paquet,
Que maman, du pied, poussait la porte d'entrée !
« Qu'est-ce qui est arrivé... »
« À ton joli bouquet ? Un petit accident. »
« C'est comme s'il avait... »
« Été tout mâchouillé ? Tout juste un coup de dents ! »
« Cette odeur, on dirait... »
« Les WC. Crois-moi, tu ne veux pas voir dedans... »
« Les enfants, c'est assez ! »
« Racontez-moi tout, car ce n'est plus amusant ! »
« Si on te le disait, »
« Jamais tu nous croirais ! »
« Et, dites-moi, où est... »
« Notre joli paquet ? »
« Sur la table, là-bas. »
« J'ai hâte d'ouvrir ça ! »
Et avant qu'ils puissent la prévenir, l'empêcher,
Elle avait ouvert le couvercle et dévoilé...
... Un bœuf, un âne, un mouton sagement rangés.
De la boite, pas un brin de paille ne dépassait.
« Tiens, est-ce qu'il ne manquerait pas un bel oiseau ! »
« Non ! Regarde maman, il est perché là-haut ! »
Du regard, elle suivit alors le doigt tendu.
Tout en haut du sapin, sur l'étoile pointue,
Un rouge-gorge les observait, tête penchée.
De son bec ouvert sortit un trille enchanté.
Maman à son tour, main ouverte tendit son bras.
L'oiseau, dans la paume de sa main se posa.
Puis un reflet
du soleil,
Sur l'étoile
couleur miel,
Leur fit cligner des yeux.
Un instant malheureux,
Car dans ce court instant,
Emporté par le
vent,
Il y eut
Un battement
d'ailes,
Un murmure.
Et l'oiseau disparut.
Envolé loin des murs.
Joyeux noël Félix Une branche de gui