À l'approche de Noel, les rennes du Père Noël tombent malades. Sans eux, la distribution des cadeaux est menacée.\r Flocon, un lapin hyperactif, et Cheddar, un hamster brillant, decident de sauver Noel. Avec une équipe improbable, ils vont s'entrainer sous l'aile d'un pigeon instructeur pour remplacer les rennes. Mais voler en équipe s'avère plus compliqué que prevu !
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La neige tombait sans discontinuer devant la fenêtre du bungalow « Courgette » au camping quatre-étoiles du pôle Nord. Il était déjà midi, le jour venait de se lever et il se coucherait dans moins d'une heure. Flocon, un jeune lapin, s'amusait à faire rebondir une balle de ping-pong sur sa raquette.

— 105, 106, 107... Cheddar ? 109, 110, 111... C'est combien le record du monde ? 118, 119...

— Trois heures et sept secondes.

Cheddar, assis dans un profond fauteuil, le museau plongé dans un livre.

— Trois heures ? s'exclama Flocon. Mais ça fait à peine dix minutes que je jongle et j'en ai déjà marre !

— Ça fait deux minutes et trente-huit secondes exactement.

— Mon vieil ami, tu es un effroyable briseur de rêves ! Est-ce que tous les hamsters sont comme toi ?

Cheddar répondit par un simple soupir, ne relevant même pas la tête de son ouvrage. La patience ne faisait pas partie des qualités de son ami.

— Bon, on n'est pas venus en vacances si loin pour rester le nez dans les livres, autant rester chez toi !

— Tout à fait, c'est pour ça que je t'avais proposé de passer Noël chez moi, au coin du feu.

— Bla, bla, bla. Cheddar, tu es aussi casanier qu'une tortue !

Flocon abaissa le livre que tenait son ami et le prit par les épaules, le regardant droit dans les yeux.

— Pose ce livre, on va aller rendre visite aux Rennes, j'ai toujours rêvé de rencontrer Rudolph !

Un bonnet expédié par le lapin vola jusqu'à son ami.

— Couvre-toi bien et chausse tes raquettes, aujourd'hui nous allons rencontrer des légendes !

Le bonnet glissa de sa figure, tomba sur le livre et Cheddar finit par baisser les bras. La lutte était inutile.

— Très bien, je me prépare et on y va.

Le temps que Cheddar pose son livre en prenant soin de remettre le marque-page, Flocon, lui était déjà prêt.

Bonnet, manteau triple épaisseur, chaussures et raquettes aux pieds, crème contre le froid et gants. 58 s top chrono. Flocon avait certainement établi un nouveau record.

— Je t'attends dehors ma petite boule de poil joufflue. Rejoins-moi vite, et profitons en tant qu'il fait encore jour !

Cheddar, comme à son habitude, prit son temps pour se préparer. Chaque chose, même la plus petite, méritait qu'on la fasse bien. Il retrouva Flocon en grande conversation avec leurs voisins, Manuia et Tama'a, deux frères cochons qui semblaient bien loin de leur milieu naturel avec leurs colliers de feuilles.

— Aloha Ched ! l'accueillirent-ils. Quelle splendide tenue !

Mahalo, merci les amis ! Le bonnet a été tricoté par ma maman.

— Tu la féliciteras pour ce magnifique travail !

— Je n'y manquerai pas. Flocon et moi allons au gymnase voir les rennes s'entraîner. Vous venez avec nous ?

— Ce serait cool, mais on doit faire une vidéo avec nos snowboards pour le fabricant.

— Par contre, enchaîna son frère, vous devriez proposer à Nella, la licorne du bungalow « Paillette », ça lui ferait du bien de sortir un peu.

— Et puis, ça ne peut pas lui faire de mal de voir de beaux rennes transpirer à la salle de sport.

La main de Manuia tapa sur son ventre rebondi.

---Ils ont les abdos bien plus visibles que les nôtres !

Flocon et Cheddar partirent vers le bungalow de la licorne. La licorne qui leur ouvrit la porte était emmitouflée dans une immense couverture polaire. Elle n'aimait pas contrarier les gens. Aussi, quand ils lui proposèrent de les accompagner, elle n'osa pas refuser. De plus, le gymnase des rennes était une légende au pôle Nord. Un véritable centre d'entraînement à la pointe de la technologie qui leur permettait de rester en forme tout au long de l'année et être prêts pour le jour J.

Flocon, tout excité de rencontrer ces légendes, trépignait, bondissait, prenait de l'avance sur Cheddar. Le hamster grelottant et peinant à avancer continuait à se demander ce qui l'avait poussé à suivre son ami dans cette aventure. Nella quant à elle, traînait la patte, repensait à sa bouilloire d'eau chaude qu'elle avait laissée au coin du feu.

 

Quand ils arrivèrent cependant, pas un bruit ne filtrait du gymnase à part le bourdonnement de la chaudière et les frottements de la serpillière sur le sol. Personne pour sauter sur les trampolines, boxer les sacs de sable ou soulever des haltères.

— Mais ils sont où ? s'exclama Flocon.

— Peut-être qu'ils sont en pause ou que c'est leur jour de repos, avança Cheddar.

— Tout ça, c'est de ma faute.

Nella essuya une larme.

--- Je vous ai retardés et on a loupé l'entraînement. Même être spectatrice, je n'en suis pas capable.

Bombant le torse, Cheddar se redressa.

— Mais non, miss Nella, il doit y avoir une explication logique ! Peut-être ce brave lutin...

Avant qu'il ait fini sa phrase, Flocon était déjà en pleine discussion avant de revenir l'air grave.

— Mes amis, c'est une catastrophe ! Les... les rennes du père Noël sont malades.

--- C'est grave ?

--- Une indigestion de cookies à la carotte et au cumin.

Le lapin serra son bonnet entre ses mains. Ses oreilles s'affaissèrent et il déglutit péniblement.

— La tournée du père Noël est compromise !

— Oh non !

Le cri de désespoir avait été poussé en même temps par le hamster et la licorne, choqués. Nella était particulièrement touchée, ses genoux flageolaient et sa mâchoire tremblait.

— Ce n'est pas possible ! Noël ne peut pas être annulé à cause d'une indigestion !

— Le lutin Truc est catégorique ! C'est fichu !

— Enfin, Flocon ! Tu aurais pu retenir son nom, ce n'est pas très poli !

— Mais c'est son nom, il s'appelle Truc. TRUUUC ! cria Flocon. Répète à mes amis ce que tu m'as dit.

Truc, sans se presser, laissa son balai, remit son bonnet en place, et remonta les manches de sa marinière avant de prendre un air savant.

— Fichu, répondit-il avec un accent marseillais très prononcé. Autant dire qu'ils sont au bout de leur vie ! Sans exagérer, ils n'ont plus que quelques douloureuses heures à vivre.

Cheddar qui venait de croquer dans un biscuit sorti de son sac recracha sa bouchée.

— À cause de cookies ?

— Malheureux ! Carotte cumin... Radical. Certainement un empoisonnement au cumin périmé. Pire qu'une sardine pas fraîche !

— Vous devez faire erreur ! s'écria Cheddar.

— Tu me traites de menteur ? Dis-le tout de suite ! Tu veux déranger le père Noël en pleine période de deuil pour lui demander des nouvelles de ses rennes ? Non, pauvre d'eux !

Truc fourra les mains dans ses poches.

— Enfin, au moins je vais pouvoir me reposer au lieu de laver derrière eux. Vous n'imaginez pas comme c'est salissant un renne !

Devant la mine défaite de ses amis, Flocon prit une décision.

— Réunion de crise au bungalow « Courgette » ! Cheddar, va demander à Manuia et Tama'a de nous y retrouver, Nella, venez avec nous, nous ne serons pas de trop pour une affaire aussi grave !

 

La bouilloire était au chaud dans un coin de la cheminée, Manuia et Tama'a installés sur une banquette. Flocon, l'air grave, se tenait debout devant eux.

— Mes amis, nous sommes porteurs d'une terrible nouvelle. Vous devriez prendre un peu de thé ou de chocolat chaud avant de l'entendre.

Un coup retentit à la porte, interrompant leur hôte. Cheddar se porta volontaire pour aller voir qui pouvait se présenter à cette heure. Leur voisin Tames, un sympathique basset au poil grisonnant se tenait devant lui avec une boite de scones.

— J'ai cuisiné des scones et je voulais partager avec les voisins. Seriez-vous intéressés ?

— Bien entendu ! Entrez, nous allions parler d'une terrible affaire, mais vous êtes le bienvenu !

Les présentations faites et tout le monde ayant une tasse de thé ou de chocolat chaud dans les mains, Flocon prit la parole.

— Nous tenons de source sure que les rennes sont malades, mourants. Ils ne pourront pas assurer la livraison de cadeaux cette année !

Cette annonce jeta un froid dans la pièce. Puis ce fut une véritable cacophonie, un concert de vitupérations et d'onomatopées qui toutes exprimaient la même urgence : il fallait agir !

— Du calme les amis ! J'ai bien réfléchi en vous attendant et j'ai une solution à vous proposer.

Tous se penchèrent vers en avant dans l'attente de la suite. Flocon toussota et se redressa.

— C'est nous qui allons tirer le traîneau du père Noël.

Manuia et Tama'a gardaient la bouche bée, ne sachant pas trop si ce que leur racontait Flocon était du lard ou du cochon. Nella, les yeux grands écarquillés, retenait un grand éclat de rire, ce qui ne lui était pas arrivé depuis longtemps. Cheddar secouait la tête de haut en bas en approbation.

— Oui, comme l'a dit Flocon, nous allons... QUOI ? Tu plaisantes Flocon ! Aucun d'entre nous ne sait voler !

— Parce que tu crois qu'un renne, ça peut voler ? Tout le monde sait que c'est la poussière d'étoiles qui est magique ! Ils en sont gavés parce qu'ils mangent le lichen recouvert de poussière d'étoiles.

— Mais on n'a pas de poussière ! se lamenta Nella. On n'a pas de traîneau, aucune expérience. On est nuls.

— Il y a bien le vieux traîneau d'entraînement des rennes, dit Manuia.

— Et la réserve de poussière d'étoiles dans le gymnase, compléta Tama'a.

Flocon sautait sur place, ses pattes semblant douées de leur propre vie.

— Vous voyez ! Je suis sûr qu'on peut y arriver !

Tandis que le lapin bondissait à travers la pièce, Cheddar s'était figé, une expression d'horreur déformant ses traits.

— C'est l'idée la plus stupide de l'histoire de tes idées stupides ! Nella, très chère, aidez-moi à leur faire entendre raison, apprendre à voler ne s'improvise pas !

Nella se frottait les pattes, mal à l'aise.

— Après tout, il y aurait bien Francis... mon voisin du pavillon « Pizza », un ancien instructeur des la PiAF, la Pigeon Air Force, je suis certain qu'il serait ravi de reprendre du service.

— Nella ! s'exclama Cheddar. Je vous croyais mon alliée !

Flocon sauta de manière théâtrale devant la cheminée, saisit le tisonnier, le brandissant comme un glaive pointé vers le ciel.

— Il semble que nous ayons un but, un plan, et une équipe !

 

C'est ainsi qu'ils se retrouvèrent tous quelques heures plus tard sur un pré enneigé.

— Qu'est-ce que c'est que cette bande de moules à gaufres ! On dirait un croisement entre des ânes et des pâquerettes ! Le cirque au pôle nord !

Francis, boitillant, vitupérant secouait une canne de sucre d'orge au-dessus des candidats à l'entraînement. Son œil droit les dardait d'un air menaçant, tandis que le gauche semblait chercher à fixer un à un tous les flocons qui tombaient.

— J'ai donné la moitié de ma vie à la Pigeon Air Force, jamais je n'ai eu à faire à un ramassis de volatiles aussi incompétents !

— C'est que justement, hésita Cheddar, nous ne sommes pas des volatiles ! Nous serions plutôt du groupe des mammifères, résolument terriens.

— J'avais remarqué que vous n'aviez aucune expérience du vol, bande de kiwis ! Vous êtes comme des autruches, on vous donnerait des ailes que vous ne sauriez toujours pas voler !

L'extrémité de la cane sous le nez, Cheddar menacé par leur instructeur n'en menait pas large.

— La poussière d'étoiles va vous faire décoller et moi, je vais essayer de faire en sorte que vous ne vous écrasiez pas !

Francis avait changé de cible et postillonnait au visage d'un des cochons.

— Je ne forme pas une bande de poules mouillées à faire du trampoline, j'entraîne un escadron d'élite pour la plus noble des missions : sauver la tournée du père Noël !

Nella était prête à défaillir quand l'instructeur passa devant elle.

— Vous allez souffrir, vous allez me maudire, mais vous finirez non seulement par voler, mais en plus par voler en équipe !

— Oui chef ! cria Flocon.

Le lapin avait insisté pour être à la pointe de l'attelage, se voyant déjà fringant héros fendant la tempête. Cheddar aurait adoré être à l'arrière, mais d'après Francis, il fallait ne fallait pas uniquement du courage, mais aussi un cerveau à l'avant. Aussi s'était-il retrouvé en première ligne aux côtés de son ami. Suivaient Tama'a et Manuia qui rivalisaient d'ingéniosité pour plaire à leur public à chaque nouvelle vidéo. Enfin, Nella et Thames complétaient l'attelage.

— Flocon, arrête de sauter à droite à gauche, reste concentré ! Nella, redresse-toi, tu n'arriveras à rien si tu n'as aucune confiance en toi ! Les cochons, on arrête de se disperser, on range le téléphone portable, un peu de tenue ! Vous n'êtes pas ici pour danser, vous avez une mission ! Allez, on recommence !

Et ils recommencèrent. Toute la journée. Encore. Et encore. Et encore.

— Je ne sens plus mes pattes, frissonna Cheddar une fois qu'ils furent au coin du feu. J'ai les joues toutes creuses, regarde, je vais être malade, je ne peux pas continuer !

— C'est un dictateur, grogna Manuia. Ce pigeon est un satyre !

— Allons, allons, il faut avouer qu'on n'y a pas beaucoup mis du nôtre... répondit Thames. Mais on est là pour apprendre. Croyez-en un vieux bonhomme comme moi : chaque obstacle est une opportunité de progresser.

Il se leva, les mains sur son dos douloureux, grimaça.

— Permettez-moi de vous quitter maintenant. Une bonne nuit de sommeil sera bien utile à mes vieux os !

Suivant l'exemple de leur aîné, toute l'équipe quitta le confort de son fauteuil et chacun rejoignit son bungalow.

Les jours s'enchaînèrent, douloureux, épuisants. Le moral des troupes n'était pas bien à la fête et les mines étaient fermées.

— Il vous faut apprendre à travailler en équipe !

Debout sur une souche, Francis faisait de son mieux pour leur redonner confiance.

— Vous avez fait des progrès, vous êtes capables de tirer le traîneau et le diriger, même s'il reste encore de la marge. Jouez collectif !

— On est trop nuls, dit Nella. On ne sera jamais prêts à temps.

Sa crinière cachait ses yeux, mais on entendait les larmes dans sa voix.

Le pigeon ne la contredit pas.

Autour de leur rituelle tasse de thé, un chocolat chaud pour Nella, les apprentis ne prononçaient pas un mot. La déception se lisait sur leurs visages.

— Compte tenu de notre marge de progression, il nous faudrait environ 291 jours d'entraînement pour réussir. Et il ne nous en reste que quatre.

Malgré la fatigue, Flocon bondit sur ses pieds.

— Tu oublies la magie de Noël, Cheddar ! Qui aurait cru qu'une bande de vacanciers se retrouverait à s'entraîner pour sauver Noël ?

--- Pas moi !

--- Moi non-plus.

Les cochons se tapèrent dans la patte. Les oreilles dressées, le pompon frétillant, Flocon écarta les bras.

--- Et pourtant nous voilà.

Il prit le temps de regarder chacun d'entre eux.

— Regardez ce que vous avez déjà accompli ! Il y a une semaine, aucun d'entre nous ne savait ce qu'était un harnais de traîneau. Aujourd'hui, Cheddar peut en attacher un en moins d'une minute.

--- Les yeux fermés !

— Manuia et Tama'a, vous insufflez une énergie positive à tous. Et Nella, tu as su affronter tes doutes.

Sa nuque se redresse et la licorne serre les lèvres pour retenir son émotion.

— Thames, ta patience nous guide dans les moments difficiles. Je refuse d'abandonner. Ensemble, on y arrivera !

 

Francis boitait sur l'épaisse neige du terrain d'entraînement, les ailes raides le long du corps, sa canne fermement maintenue dans son dos. Il contemplait les recrues de son œil scrutateur. Il roucoula pour s'éclaircir la gorge et s'arrêta pour grimper sur un monticule de neige d'un coup d'aile.

Des murmures accueillirent cette entrée en matière.

— Silence dans les rangs ! J'ai décidé de modifier l'entraînement. Au programme : course de relais, ski-nous-lie, Hand Boule de neige et Paint-baballe du Pôle Nord.

On aurait pu entendre un flocon tomber tandis que tous écoutaient.

— Enfin, on finira la journée par une surprise ! Priorité du jour : amusez-vous !

Ils se retrouvèrent plus souvent le museau dans la neige que debout au cours de la journée. Malgré tout, il y eut beaucoup de rires et tous passèrent un bon moment. Pour la surprise finale, Francis les emmena vers une grange perdue au milieu des sapins. Une musique et des chants s'en échappaient.

— On dirait qu'il y a de la lumière, observa Nella en resserrant sa doudoune.

— Ma truffe sent de douces odeurs.

Thames s'était redressé, le nez en l'air à l'affût d'une trace subtile dans le vent glacial. Cheddar lui aussi s'était arrêté pour remuer son museau, curieux.

— Ma foi, on dirait bien...

— De la tourte à la viande ! s'exclamèrent les deux compères en duo.

Cheddar se serait cru au paradis. Il ne savait plus où donner de la tête au milieu de ces riches odeurs réconfortantes. Du thé, du lait, de cannelle, des tourtes brillantes et fumantes posées sur les tables, voilà enfin un endroit où Cheddar se sentait à l'aise !

— Je nous ai réservé une table, vous l'avez bien méritée !

— Mérité ? s'étonna Flocon. Tout ce qu'on a fait c'est jouer !

— Vous avez fait bien plus que ça, leur dit Francis. 

--- On a appris à tomber ? suggéra Cheddar.

--- On a mouillé nos sous-vêtements ! 

--- On a attrapé un rhume ?

Les yeux exorbités, Francis sauta sur son tabouret.

--- Non, cervelles de piaf ! Vous avez appris à bosser en équipe !

--- Aaaaaah !

 

Le lendemain quand il se réveilla, Manuia plein d'enthousiasme, secoua son frère Tama'a toujours enroulé dans ses couvertures.

— Debout fainéant ! On a un traîneau à faire voler. On est les pros de la glisse, on va leur montrer de quoi on est capables.

Dans son chalet, Cheddar terminait ses calculs et refermait son carnet.

— En raccourcissant la distance de la longe et en diminuant le coefficient de résistance on devrait parvenir à un meilleur équilibre du traîneau, je suis sûr qu'on peut le faire décoller !

Un peu plus loin, Nella n'avait pas terminé de boire son thé quand elle entendit toquer à sa porte.

— Belle journée n'est-il pas voisine ?

Thames avait revêtu un magnifique trench par-dessus son pull de Noël, il serrait une pipe entre ses dents, l'air déterminé.

— Je ne sais pas si je vais venir, Thames, je ne suis pas en forme aujourd'hui.

— Allons, Nella, vous êtes plus rayonnante que jamais ! Venez, les autres nous attendent déjà je suis sûr.

Malgré son expérience, Francis craignait ne pas arriver à faire de ce groupe d'amateur un équipage digne du traîneau du père Noël. Mais son cœur s'enorgueillit lorsqu'il vit que les apprentis étaient déjà sur le terrain d'entraînement. Attelé, Flocon d'un air déterminé avait annoncé :

— Mes amis, aujourd'hui, on décolle !

Malheureusement, à chaque fois que le traîneau commençait à s'élever, Nella freinait des quatre sabots et tous retombaient sur la piste.

— C'est de ma faute, je suis trop nulle, déclara-t-elle, commençant à détacher son harnais. Je devrais vous laisser tirer le traîneau sans moi. Je n'ai rien à faire avec vous.

Flocon essayait de lui remonter le moral

— Ne dis pas ça, regarde-nous ! Cheddar est un geek, Manuia et Tama'a des gamins irresponsables, Thames un vieux toutou casanier. Et moi, un lapin surexcité à moitié cinglé. Pourtant, Francis a vu en nous un potentiel. Relève la tête. Respire un grand coup. Crois en toi et remets ton harnais.

Nella redresse la tête, la corne pointée vers l'étoile Polaire, la détermination se lisait dans ses yeux. Elle inspira profondément, ferma les yeux. Cette fois, quand Francis donna le signal et que le traîneau commença à décoller, elle ne freina pas.

Le traîneau vibra, hésita, puis s'éleva doucement. D'abord un mètre, puis deux. Flocon poussa un cri de joie.

— On... On a réussi ! J'ai pas freiné, je suis pas nulle, j'ai réussi !

Puis la licorne partit dans un grand éclat de rire, suivie par Manuia et Tama'a.

— On est les rois de la glisse ! s'exclamèrent-ils.

Le traîneau fit alors une embardée, manquant les faire chavirer. Francis vint d'un coup d'aile redresser la position de Nella et le traîneau retrouva alors sa stabilité.

— C'est bien les enfants ! Mais on reste concentrés si vous ne voulez pas terminer perchés dans un nid de cigogne ! Allez, c'est tout pour aujourd'hui, demain, on reprend avec la même énergie ! Bravo !

Deux jours durant, les vols d'entraînement s'enchaînèrent sous l'œil expert de Francis, gommant les imperfections, les transformant en un équipage uni, prêt à sauver Noël.

— Je suis extrêmement fier de vous ! Vous avez tous grandi dans cette aventure, et vous êtes désormais prêts à relever tous les défis ! Demain à la première heure, rendez-vous à l'accueil du camping, nous irons ensemble rencontrer le patron !

 

Lorsqu'ils se présentèrent, le lutin d'accueil resta poli, mais ferme et refusa de les laisser passer.

— On n'accède pas au bureau du père Noël comme ça, il faut des autorisations !

— C'est une affaire de la plus haute importance ! Francis boitillait, agitait la tête dans tous les sens, fixait le lutin d'un œil, puis de l'autre, sans cesse en mouvement.

Flocon, Cheddar, Tama'a, Manuia, même la discrète Nella et l'impassible Thames, tous insistaient devant le lutin. Une porte s'ouvrit, et la mère Noël se présenta devant eux.

— Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer à quoi rime tout ce raffut ? Le père Noël a besoin de repos. Alors s'il vous plaît, un peu moins d'ardeur dans vos discussions !

— Mère Noël, la supplia Nella, nous devons absolument le rencontrer, nous pouvons sauver Noël !

— Sauver Noël ?

Flocon s'avança d'un bond, frottant ses longues oreilles de ses pattes avant, comme chaque fois qu'il était stressé.

— Oui ! Nous sommes allés voir les rennes s'entraîner...

— ... et on a appris qu'ils étaient malades, à l'article de la mort, continua Cheddar.

— Qui vous a dit ça ? demanda la mère Noël.

— Le lutin Machin ?

— Non ! Le lutin Truc !

— Indigestion de cookies à la carotte, dit Nella. Nous avons paniqué d'abord !

— Mais n'écoutant que notre courage, poursuivit Flocon, nous avons formé une équipe de secours.

— On est devenus les rois du traîneau ! s'exclamèrent Manuia et Tama'a.

— C'est vrai ! ajouta Thames. Avec beaucoup d'effort et d'entraînement.

— Et les voilà, prêts à prendre le relais des rennes pour tirer le traîneau du père Noël, acheva Francis fièrement.

La mère Noël prit le temps de les observer tour à tour.

— Quelle délicate attention ! C'est adorable, mais... Vous arrivez trop tard !

— Trop... commença Tama'a.

— ... Tard ? finit Manuia.

— Eh bien oui, nous sommes le 25, le père Noël vient de finir sa tournée.

— Mais le lutin Truc nous avait dit que les rennes étaient à l'agonie !

— Oh, ce n'était rien ! J'ai l'habitude avec eux. Le lutin Truc a toujours eu tendance à... exagérer. Une bonne tisane digestion légère, un peu de diète, et ils étaient sur patte dès le lendemain.

Devant leur mine déconfite, la mère Noël les remercia chaleureusement. Les rennes vinrent leur offrir un diplôme de conducteur de traîneau volant, leur promettant que si un accident les empêchait de voler, ils sauraient se souvenir de leur bravoure.

De retour dans la grange-auberge, les amis réunis autour d'un dernier thé avaient décidé de passer leur dernière soirée ensemble.

— On est vraiment trop nuls, hein ? demanda Thames. On s'est entraîné rien.

Dans le silence qui suivit, Nella, la lèvre tremblante, une larme au coin de sa paupière, peinait à se retenir. Puis elle éclata de rire !

— D'accord, c'est une idée stupide, mais qui est partant pour un dernier vol ?

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Les septs mercenaires de Noël

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