Cette année, le cadeau de Noël d'entreprise pourrait ne pas plaire à tout le monde.Avant que le champagne coule à flot, il va falloir régler quelques comptes.
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— Allez les gars, finissez votre verre que je puisse fermer !

Le patron éteignit les lumières du bar, ne laissant que celle derrière le comptoir et la porte de sortie éclairées. Ils étaient trois clients encore attablés derrière une bière de Noël. Trois générations qui avaient l'habitude de se rejoindre pour boire un verre en fin de semaine après le boulot.

— Oh, allez, il est tôt encore, tu vas pas nous mettre dehors patron ! C'est bientôt Noël !

— Non les gars, vous avez largement assez picolé. D'ailleurs, laissez-moi vos clés de bagnole. Vous êtes plus en état. Allez, videz vos poches sur le comptoir !

Romain, le plus jeune, sortit un trousseau ne contenant que quatre clés.

— Je ne me déplace qu'avec ma trottinette électrique, fit-il quand le patron lui rendit ses clés.

André, le plus âgé, gardait les mains dans ses poches.

— Gamin, mes parents mettaient un fond de rouge dans mon verre quand j'avais dix ans, ça fait plus de cinquante ans que je picole, je connais mes limites et je sais quand je peux conduire ou pas.

— Tes clés.

Grognant, André sortit les mains de ses poches et posa sur le comptoir les clés de sa voiture.

— Fasciste !

Olivier, une quarantaine d'années, extirpa un énorme trousseau plein de clés sous les yeux étonnés de son ami.

— C'est quoi tout ce bazar ?

— Il y a les clés de chez moi, celles de la salle de sport, le bureau, mes parents, et là ma clé de voiture.

Le patron retira la clé de la voiture du porte-clés et la rangea dans un tiroir.

— Celle-là, elle reste avec moi !

 Romain finit son verre en une dernière gorgée et se leva de son tabouret, bientôt suivi par Olivier. André faisait sa tête de mule et traînait avant de se lever.

Penchant la tête, un œil plissé, Romain se tourna vers Olivier.

— T'as bien dit que tu avais les clés du bureau ?

— Oui, je suis souvent le premier à arriver, pourquoi ?

— Eh bien je sais que le patron a mis de côté une caisse de champagne pour lui. Je l'ai vu la barboter après le dernier pot de l'entreprise.

Ravi, André descendit du tabouret avec un grand sourire et enfila son manteau d'un geste fluide qui ne reflétait en rien les plusieurs verres déjà avalés.

— Je l'aime bien ton petit stagiaire, Olivier. Il a de bons réflexes, il ira loin ! Bon on y va ou quoi ? Je vous attends ! Allez, bonne soirée patron !

 

L'air était doux pour une fin décembre, à moins que ce ne soit la marche et l'alcool qui les réchauffaient. Il ne leur fallut pas vingt minutes pour se retrouver devant les bureaux de la boîte de com. Un immeuble de bureaux comme il en existait tant d'autres au centre-ville. C'est ici que travaillaient Olivier et Romain. Là aussi qu'André avait travaillé des années avant d'être mis à la porte pour rajeunir la masse salariale.

— Ça m'fait bizarre quand même de remettre les pieds ici. J'ai des frissons rien qu'à penser à ces années à bosser pour ces tordus. 

Les clés cliquetaient dans la main d'Olivier. André se dandinait d'un pied sur l'autre.

— Bon, tu te magnes, j'ai la vessie qui est sur le point d'exploser, besoin de faire pleurer le colosse, arroser la faïence, faire prendre l'air à popaul...

— C'est ça de vieillir, on la vessie sensible ! 

Frottant ses mains pour les réchauffer, André serra les dents.

— Salopard !

La clé tourna enfin dans la serrure et Olivier ouvrit la porte d'un geste ample.

— Sésame, ouvre-toi !

Les bureaux étaient au troisième étage de l'immeuble, tous trois en connaissaient le moindre recoin et Romain s'étonna quand André tourna à gauche à la sortie de l'ascenseur. 

— C'est de l'autre côté les toilettes ! Je crois que t'avais envie...

— J'ai dit que j'avais une envie pressante, pas que j'avais envie d'aller aux toilettes ! Il va bien y avoir une plante en pot qui a besoin d'être arrosée dans le bureau du boss !

— T'es dégueulasse !

— Et se faire virer à quatre ans de la retraite, tu trouves pas ça dégueulasse gamin ? Reviens me voir quand t'auras mis quelques poils au cul. Quand t'auras subi la moitié de ce que j'ai enduré ici, on en reparlera.

— Tu sais, en tant que stagiaire, je suis pas mieux traité. T'en connais beaucoup toi qui acceptent de bosser quarante heures par semaine pour un tiers du SMIC ?

— Et le pire, ajouta Olivier, c'est qu'il est vendu au client au prix d'un expert. Et c'est le boss qui se met dans la poche la prime de fin d'année pour les excellents bénéfices.

Le bras levé comme un sabre, André ne perdait pas de vue l'essentiel.

— Et le champagne ! Quel enfoiré ! Il faut vous rebeller, les jeunes ! Faut pas vous laisser faire !

— Et comment ? En pissant dans une pauvre plante qui nous a rien fait ? demanda Olivier.

— La rébellion, ça commence par ça ! Les besoins primaires ! 

— T'es bourré André, et ça commence à se voir !

— Naaan ! Écoute ce que je te dis ! C'est quoi l'important dans la vie ? Bouffer, picoler, et vidanger pour recommencer !

— Et donc tu pisses dans les plantes ?

— Toute révolution doit bien commencer quelque part ! On va pas tout de suite faire péter la Bastille !

Leurs pas étouffés par une moquette rase, tâchée et élimée, les avaient amenés devant un bureau à la porte de bois épaisse, ouvragée. Une plaque cuivrée indiquait en lettres cursives gravées finement : « Felix Diot, Président Directeur Général. »

— Ah ! Le bureau de porcinet ! Celui-là, sa pyramide elle est un peu de traviole. Je crois qu'il met l'estime de soi avant les besoins physiologiques ! Tu m'étonnes que tout se casse la gueule ici.

André se précipita au fond de la pièce où se dressait un splendide ficus artificiel. Il défit sa braguette et tourna le dos à ses amis.

— Pourquoi ce surnom ? demanda Romain.

— Petit. Rougeaud. Et il ne pense qu'à se goinfrer ! répondit André.

— Il construit sa fortune brique après brique et laisse ses employés sur la paille, compléta Olivier avec un sourire. 

Tandis que le stagiaire semblait perdu dans ses pensées et que André se soulageait, Olivier avait ouvert la porte coulissante d'une armoire à fourniture.

— J'ai pas trouvé la caisse de champagne, mais il y a des trésors intéressants. 

Les portes grandes ouvertes montraient un fatras de boites vides ainsi que quelques sachets kraft fermés par une agrafe. Le visage rouge de colère, Olivier sortit la boîte d'une montre de sport connectée et la jeta au sol. 

Suivirent un emballage de smartphone, un drone encore emballé.

— Que des cadeaux dont on ne voit jamais la couleur !

— Le dernier a un mot scotché : « Pour notre prochaine sortie de chasse. » Et c'est signé de Monsieur le Conte Raoul de La Percherie.

André avait remonté sa braguette et essuyait ses mains au dos du fauteuil.

— C'est pas le propriétaire qui possède des milliers de cochons ? Le père Porcher ? 

— C'est lui.

— Et les sachets kraft, qu'est-ce que c'est ?

Penché sous le bureau d'où il tirait la caisse de champagne, Romain leur répondit.

— Moi je sais. C'est à moi qu'il a demandé de fermer les sacs. Ce sont les cadeaux de Noël aux employés !

Une bouteille dans la main, André leva la tête vers le stagiaire.

— Oh ! Oh ! Oh ! Notre ami Félix joue au père Noël ?

— Ne vous réjouissez pas trop. Il s'agit en fait de bons d'achat dans la boutique de sa femme, et d'une boîte de chocolats premier prix.

— L'ordure ! Il s'est gardé pour lui tous les cadeaux des contrats remportés, et il nous offre quoi ? Des bons d'achat !

— On appelle ça de l'optimisation fiscale, sourit André. Ça vous donne pas des envies de révolution urinaire tout ça ?

Versant une rasade de champagne tiède dans trois mugs publicitaires, Olivier grinçait des dents. Il reposait la bouteille quand les lumières du couloir se rallumèrent, un mouvement avait dû les déclencher. Tous trois se figèrent.

— Merde, quelqu'un vient ! Planquez-vous !

Un pas pesant, tressautant, remontait le couloir, accompagné de sifflements légers, de clés que l'on faisait rebondir dans une main.

— Mince, murmura Romain, le boss ! Qu'est-ce qu'il fout là ?

— Restez planqués, quoi qu'il arrive ! répondit André. Moi je risque pas grand-chose, je suis déjà viré.

 

La première chose que remarqua Félix en entrant dans son bureau, ce fut la bouteille de champagne et les mugs sur la table. Puis une odeur âcre monta à ses narines. 

— Qu'est-ce qu'il se passe ici ? Qui a...

Ne pouvait plus rester caché plus longtemps à cause de ses genoux qui le faisaient souffrir, André se redressa.

— Salut Félix !

— André ? Qu'est-ce que tu fous là ? Je t'ai viré il y a trois mois ! Comment t'es entré ?

André s'avança jusqu'à n'être plus qu'à une vingtaine de centimètres du petit homme et tapota du bout du doigt sur le torse de son interlocuteur.

— Oh, mais oui tu m'as viré. J'en ai été tout retourné. Il me restait quatre ans pour toucher ma retraite. Et tu as inventé une faute lourde pour me virer.

Il ponctuait chaque mot d'un nouveau coup sur la poitrine de Félix.

— Résultat des course, pas de chômage, perte de ma maison, et... couic ! Ma vie s'est terminée. Et je reviens te hanter. Je suis le fantôme de tes Noëls passés, BOUH !

Un pas en arrière amène Félix dos au mur.

— C'est... C'est des conneries tout ça, les fantômes n'existent pas ! Et puis ça n'a pas de consistance un fantôme ! 

Il repoussa la main de son ancien employé.

— Les fantômes c'est plus à la mode, tu l'savais pas ? Dis-toi que je suis le zombie des fantômes passés si tu préfères.

— Si c'est du fric que tu veux, j'ai rien sur moi. Je te préviens, je vais appeler la police !

Sortant un téléphone de sa poche intérieure, celui dont la boîte gisait au sol, Félix baissa la tête vers l'écran.

— Vas-y ! J'ai plein de trucs à leur raconter ! du pied, André indiqua les boîtes vides par terre. Je pourrais leur parler de pots-de-vin.

La pomme d'Adam de Félix fit un aller-retour tandis qu'il avalait sa salive.

— Tu bluffes !

— Teste-moi, répondit le vieil homme en pointant un doigt vers son ancien chef.

Félix se dégagea du mur et commença à reculer et se retrouva coincé devant les portes ouvertes de l'armoire. Jouant avec son téléphone, il tomba à la renverse, assis dans l'armoire. Devant lui, André sourit et donna un léger coup de pied dans ses chaussures pour le faire rentrer totalement.

— Fais pas l'con, André. Il y a des caméras de sécurité, et puis je suis attendu. Je venais juste récupérer le champagne.

Sans répondre, ôtant son éternelle cravate, il lia les deux portes avec.

— Tu sais très bien que les caméras de sécurité sont là pour la décoration. Elles ne sont même pas branchées ! 

L'armoire bougeait, mais restait stable malgré Félix qui se débattait à l'intérieur et commençait à geindre.

— Mais tu me veux quoi à la fin ?

— Je t'ai dit ! Je suis le fantôme des Noëls passés, et avec mes potes, le fantôme des Noëls présents et futurs, on va peser ton âme et voir si elle vaut le coup d'être sauvée.

— Tu t'en tireras pas comme ça ! Il existe des lois dans ce pays !

— Eh oui, il existe des lois ! Par exemple, ce n'est pas légal d'inventer une faute lourde pour se débarrasser d'un employé. Mais on en a déjà parlé. Tu les caches où tes preuves ? Dans ton téléphone ? 

Félix gesticula, essayant de se trouver une position moins inconfortable.

— T'es un has been, trop vieux, tu coûtais trop cher pour la société. 

— Ton père aurait honte de toi s'il te voyait ! S'il voyait ce que tu as fait de sa société. C'était une entreprise familiale quand on a débuté, il se souciait du bien être de tous. Pas seulement du sien !

— Les temps sont durs, tu sais ! Si je t'avais gardé, il aurait fallu rogner sur autre chose, baisser les avantages des employés. 

Une autre voix s'éleva derrière eux.

— Oh, mais il ne s'en est pas gêné l'enfoiré ! Perte des chèques vacance et arrêt de la prime de Noël !

Olivier venait de débarquer, son mug de champagne à moitié vide, il tendait le sien à André et trinqua avec lui.

— Qui voilà ? On dirait bien le fantôme des Noëls présents.

— Mon cher ami, savais-tu que notre bon Félix prend des vacances en piochant dans les caisses de la société ?

Jouant le jeu, André s'adressa à son collègue.

— Non ? Ce serait de l'abus de biens sociaux ! Il ne ferait pas ça tout de même !

— Si ! Et tiens-toi bien, il est tellement fainéant qu'il fait saisir les notes de frais de ses vacances à sa secrétaire !

— Oh, c'est pas très futé ça ! Et sa secrétaire ne dit rien ?

— Penses-tu ! Elle a trop peur de se faire virer. Une mère célibataire de quarante ans, elle ne veut pas risquer de perdre sa place.

Dans son armoire, Félix commençait à avoir du mal à respirer. 

— Non, non, vous faites erreur, c'est de la calomnie ! Laissez-moi sortir !

Les portes tremblaient alors qu'il frappait du plat de la main.

— Et tu sais quoi, il y a même des rumeurs qui disent qu'il couche avec elle !

— T'as trompé maman avec ta secrétaire ?

Cette voix étranglée, fragile et pleine de rancœur, c'était celle du stagiaire.

Et ses mots avaient envahi la pièce.

— Romain ?

— C'est ton père ?

Le coin du bureau accueillit André qui s'assit en dégageant quelques papiers.

— Ça devient intéressant. Alors comme ça t'es son rejeton ! Je comprends mieux comment tu savais pour le champagne !

Romain serrait les poings à s'enfoncer les ongles dans la chair. Son teint était devenu livide et une ride plissait son front juvénile.

— Romain, ne crois pas ce qu'ils racontent ! Ce ne sont que des ragots. Je n'ai rien fait de mal. 

Quelques secondes passèrent et la voix de Félix revint, plus ferme.

— Tout ce que j'ai fait, c'est pour le bien de la société. Pour notre famille, pour toi !

Le jeune homme se leva, se dirigea vers l'ordinateur de son père et l'alluma.

— Oh, alors si ce ne sont que des mensonges et que tu n'as rien fait de mal, alors ça ne te dérange pas que je donne accès à ta double comptabilité et à tes mails personnels ! T'as pas de bol, le fantôme des Noëls futurs, c'est ton propre fils. Et je vois pas ton avenir d'un bon œil !

À l'intérieur de l'armoire, on entendit Félix se déplacer. La porte se gondola et un œil apparut entre les deux panneaux puis ce fut la bouche de Félix qui prit le relais.

— Ça suffit Romain, ne fais pas l'enfant s'il te plaît. Tout ça t'appartiendra un jour !

L'imprimante ronronnait tandis que Romain lançait l'impression. Les pages n'étaient pas toutes compréhensibles pour Olivier et André, mais ils voyaient que devant les noms des différents projets, il y avait des différences de bénéfice avec ce qu'ils connaissaient.

— J'en ai rien à faire de ta boîte ! J'en veux pas de ta petite vie pourrie, m'appelle plus, oublie-moi ! J'en veux pas d'un père comme toi.

André se redressa et se planta devant Romain.

— Dis donc toi, c'est pas une façon de parler à son père ! C'est peut-être un con, mais il reste ton père. Grandis un peu ! Avant de porter un jugement, il va te falloir faire tes preuves ! 

Puis, se calmant un peu, il se pencha vers l'ordinateur.

— Et sur cet ordi, tu penses que tu peux trouver des trucs sur mon licenciement ? Des trucs que je pourrais montrer aux prudhommes ?

— L'écoute pas Romain, tu lui dois rien !

Revenant vers l'armoire, André donna une pichenette dans la porte.

— Tututut, je ne parlais pas à toi Félix. Je m'adressais à ton fils chéri. Il est temps de payer pour tes erreurs du passé !

Olivier ne voulait pas être de reste et rejoignit le duo.

— Je crois que je l'ai entendu à travers la porte !

La main en cornet sur son oreille, il fit une pause.

— Oui, c'est bien ça, il vient de dire qu'il offrait une prime de Noël à tout le monde. Il était sur le point d'envoyer un mail à tout le monde d'ailleurs. Quelle générosité !

La porte de l'armoire trembla sous les coups.

— Eh, oh ! Faites pas les imbéciles ! 

Les trois ensemble répondirent.

— La ferme Porcinet !

Un « TING » se fit entendre quand Romain pressa sur le bouton envoyer.

— Et voilà ! C'est envoyé ! On ne fêterait pas ça avec une coupette de champagne ?

Vidant la bouteille, André se resservit. Un plop plus tard, une deuxième bouteille était ouverte et le champagne servi dans trois autres mugs. 

— Patron, tu vas pouvoir trinquer avec nous, on t'a mis une paille !

 

Plusieurs verres de champagne plus tard, Félix ronflait dans son armoire et son fils avachi dans son fauteuil ne valait pas mieux. Seuls restaient Olivier et André, assis sur deux chaises roulantes. André feuilletait les documents imprimés par le stagiaire. 

— Bon, et maintenant ? demanda Olivier.

— On va les laisser ronfler.

— Et ces papiers, on en fait quoi ?

— Bah ! C'est Noël, tout le monde a le droit à un cadeau !

Olivier hoqueta et toussa.

— Tu veux le laisser filer ?

— Non ! Je veux faire un cadeau au fisc. On va mettre tout ça dans une enveloppe et le déposer au courrier. Je suis sûr que ça fera un joyeux cadeau de Noël à un inspecteur des impôts.

André remonta la veste qui avait glissé des épaules de Romain, récupéra sa cravate qui fermait toujours l'armoire et aida Olivier à sortir de sa chaise. Dans l'écho sonore des ronflements, il referma doucement la porte en murmurant.

— Joyeux Noël Félix. Et merci pour les cadeaux !

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Joyeux noël Félix

Joyeux noël Félix

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