La nouvelle arcadie

Par Juanjo Rodriguez J.

Éditions Grand Angle Édition

152 pages

Sortie le : 28/01/2026

star star star star star 4/5

En résumé

Prométhée Foiemangé, anti-héros maladroit, tente de transformer un coin de paradis en paradis immobilier. Entre comédie tatiesque et tragédie grecque, ce récit dynamique dénonce le surtourisme. Un plaidoyer enjoué pour la nature, servi par un dessin chaud et vif.

Et si Chagrin-sur-Mer devenait la nouvelle destination à la mode pour partir en vacances ? C’est la mission qui a été confiée à Prométhée Foiemangé : convaincre les habitants de ce petit coin de paradis de vendre leurs terres pour y bâtir un complexe hôtelier. S’enrichir par le tourisme. Le seul point noir : la famille Nomdedieu détient toutes les terres intéressantes et ne veut rien céder !

la\_nouvelle\_arcadie-bambou © Juanjo Rodriguez J. / Bamboo éditions

Dès les premières planches, on est confronté à cet anti-héros au nom de tragédie grecque. Prométhée, qui vola aux dieux de l’Olympe le feu (symbole de modernisation) pour l’offrir aux mortels, et fut pour cela condamné à avoir le foie mangé par un aigle jour après jour. Terrible destin qui attend le malheureux représentant de Titan International Enterprises s’il suit celui de son homonyme !

D’autant plus que le parallèle avec les tragédies grecques ne s’arrête pas là. La comparaison se retrouve aussi dans cette mer azuréenne et dans cette famille fière qui ne veut rien céder.

La famille Nomdedieu, parlons-en. Une galerie de personnages hauts en couleur. Tous émouvants dans leur représentation caricaturale. Chacun avec ses doutes, ses forces. Et des faiblesses, sur lesquelles tentera de s’appuyer Prométhée pour les faire changer d'avis.

Ce Prométhée moderne a quelque chose d’un personnage de Jacques Tati dans sa candeur... Il y a du Monsieur Hulot dans cette silhouette dégingandée qu’il trimballe dans les rues de Chagrin-sur-Mer. Dans le fond, une même critique : celle du tout-béton des années 60, à qui nous devons les kilomètres de gris uniforme sur la Côte d’Azur (ou de l'Espagne, pour l'auteur). Cette volonté de monsieur tout-le-monde d’avoir son morceau de plage, prémices du surtourisme, allait signer le glas des plages naturelles, des haies et bosquets, et accélérer la perte du paradis pour un succédané de carte postale. Mais là où le personnage de Tati bouleverse malgré lui les résidents de l’hôtel dans une involontaire résistance au progrès, Foiemangé, en Machiavel de l’immobilier, va chercher à convaincre les membres de la famille de céder face à l’inéluctable arrivée du progrès. Toutes les techniques d'école y passeront pour essayer de les convaincre qu'un avenir radieux les attend. Il ne se fera qu'au prix de la perte de leurs terres mais remplira leurs poches de millions.

Foiemangé finit par comprendre que l’avenir se construira avec ou sans eux, tandis que les engins de chantier poussent derrière lui avant même qu'il ait accompli sa mission.

C’est là qu’une bascule du récit va inverser le cours de l’histoire de Prométhée. Il va peu à peu prendre conscience de la vie qui l’entoure, du plaisir simple qu’offre la nature. Juanjo Rodriguez J. nous incite ainsi à réfléchir sur notre rapport à l’autre, notre capacité d’empathie qui nous permet de comprendre ses idées. Cette prise de conscience pour Prométhée le poussera à embrasser une lutte commune contre l’absurde et la marche des bulldozers.

la-nouvelle-arcadie-2 © Juanjo Rodriguez J. / Bamboo éditions

Pour porter son histoire, Juanjo Rodriguez J. nous entraîne dans un mouvement perpétuel, malgré la chaleur écrasante de la Méditerranée. Un découpage dynamique aux couleurs chaudes, servi par un trait semi-réaliste qui lui permet, avec talent, de mêler la comédie à la critique sociale. Aucun temps mort pour notre héros face à l'immobilisme de la famille Nomdedieu.

Dans un final où les voiles tombent, dans un deus ex machina magistral, tous les doutes seront balayés. Le béton n’a pas sa place au paradis : respectons la nature et laissons-nous vivre sans chercher à la domestiquer. Il faut profiter du jour présent, et je ne saurais trop vous conseiller de vous installer à l’ombre d’un arbre pour ouvrir les pages de La Nouvelle Arcadie et découvrir les habitants de Chagrin-sur-Mer.

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Critique publiée le :

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