En résumé
Un trajet familial bascule dans le cauchemar, entre Duel et Mad Max, où la route se rétrécit et les sucreries deviennent ultime réconfort. Sanlaville mêle tension cinématographique, dessin dynamique et métaphore de l’adolescence. Une fin ouverte, poétique, sur l’incompréhension et l’amour inconditionnel. Thriller fantastique haletant.
L'histoire commence à l'arrêt, par une halte sur une aire de repos. Il y a le soleil, l'aire de jeu, le trajet à venir. Mais dès les premières pages on ressent le début d'un malaise sous l'éclat des couleurs édulcorées. Un poing serré, des petites remarques, le stress du trajet. Et puis il y a ce bolide qui les dépasse comme si l'enfer était à leurs trousses, et la route qui se rétrécit, devient sinueuse. Ce qui n'était qu'un trajet vers un ailleurs espéré, se transforme en route vers nulle part. En une lutte pour la survie de la famille.
C'est indéniable qu'il y a du Mad Max dans cet album, dans ces silhouettes casquées au volant de voitures trafiquées. Le premier Mad Max, celui qui met plus l'accent sur la violence routière que sur un monde post-apocalyptique, presque post-humain. Mais c'est d'abord àDuel, de Spielberg, que j'ai pensé. Par cette tension qui monte peu à peu et que l'on sent s'installer, irrémédiable.
© Michaël Sanlaville / Glénat
Outre Duel et Mad Max, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à l'excellente série OVNIs tant le père ressemble à Melvil Poupaud dans le rôle principal de la série. Un père dépassé par ce qui l'entoure, qui ne comprend plus sa famille, un père ancré dans le réel qui peu à peu accepte l'étrange, l'inexplicable.
Il y a comme un air de ressemblance, hein ?
© Canal+ © Michaël Sanlaville / Glénat
Pour moi, toute cette histoire tourne autour de l'enfance, le passage à l'âge adulte. La cruelle séparation qui se crée dès que l'ado conquiert une part de liberté en passant son permis de conduire. Cette enfance qu'ils laissent derrière eux, on la retrouve dans la place importante des sucreries dans l'histoire. Comme un carburant pour les âmes. Sur cette route, les stations services ne servent plus qu'un carburant pour les voitures. Rien à manger pour les humains. Alors les réserves de sucrerie sont l'ultime source de réconfort, le seul moyen de reprendre des forces pour continuer la route. Elles deviennent alors un enjeu, détiennent un pouvoir sur l'esprit. Une addiction ? Un dernier lien vers l'enfance ? A moins que ce ne soit comme les barres d'énergie dans un jeu vidéo. Car il y a aussi ce jeu vidéo comme un fil conducteur qui relie en pointillés le début de l'histoire à son dénouement. Il y a ce dialogue de sourd entre ados et adultes qu'on retrouve dans l'incapacité de la famille à comprendre le langage des conducteurs. Et la route continue jusqu'au drame.
© Michaël Sanlaville / Glénat
Le découpage est efficace avec une mise en scène quasi-cinématographique. L'histoire est servie par un dessin très dynamique, des lignes fuite entrecoupées de nuages de fumée et de hurlements incompréhensibles. On retient son souffle, on se recroqueville avec ces héros malheureux, l'esprit prisonnier de l'ambiance de ce thriller fantastique comme un véritable page turner. On entre peu à peu nous aussi dans ces tunnels sans fin, jusqu'à la révélation, à moins que l'histoire continue... Il suffit pour ça d'embarquer à nouveau dans le break familial pour un nouveau tour de route. C'est une fin qui n'explique pas tout, n'explique pas l'inexplicable. Si ce n'est qu'elle renforce le sentiment d'incompréhension lorsque l'adolescent désormais adulte fait ses propres choix. On n'est pas obligés de les comprendre, mais on peut leur faire confiance. Ils choisissent eux-mêmes leur destinée. Et quelles que soient ces routes qu'ils empruntent, quelle que soit la destination, même si elle fait peur, les parents, la fratrie, seront là pour eux quand ils reviendront. Car parfois il faut savoir accepter sans comprendre en preuve de véritable amour familial.
Verdict : Un album à conseiller à ceux qui aiment les thrillers fantastiques, les fins qui n'expliquent pas tout.
Les hordes du vent | La nouvelle arcadie