Episode 5 - Chair de poulpe
Le cuistot pour l'attendrir, faut taper dessus. Mais attention au retour de bâton.
Ce fut d'abord un flash de lumière. Un néon qui grésillait. Une douleur au crâne comme il ne se rappelait pas en avoir connu. Il avait un goût de fer dans la bouche et avait du mal à respirer. Le nez bouché, peut-être cassé.
Il se souvint du choc, la sortie de route, l'airbag.
On l'avait traîné hors de Rossinante. Jeté dans un SUV. Les mains liées. Précaution inutile car il avait fait le trajet dans les vapes.
Hottie ! Charlotte, qui lui était-il arrivé ? Était-elle toujours vivante ? Il était nu, lié à une chaise de métal boulonnée à un sol de béton. Il sentit la rugosité sous ses pieds, le métal tiède sur ses cuisses. Il cria à s'en écorcher la voix, mais personne ne vint. Il s'arc-bouta sur la chaise, mais ses chaînes étaient solides, et la chaise ne bougea pas d'un millimètre.
Son crâne le faisait toujours souffrir, et malgré le néon, s'endormit.
VLAOUCH !
Un seau d'eau glacée l'avait sorti de son cauchemar. Il était toujours attaché. Un néon grésillait toujours au-dessus de sa tête. Ce n'était pas un cauchemar. Mais il n'était plus seul.
— Ça y est, t'es réveillé ?
La gueule de l'homme ne lui disait rien. Par contre, la licorne tatouée sur sa nuque, il l'avait déjà vue. Sur une vidéo. L'ordure qui avait volé Rossinante.
— Qu'est-ce que vous m'voulez ? Si vous voulez une rançon, vous avez pas enlevé le bon fils.
L'homme lui flanqua une baffe. Pas une baffe de pro. Elle a dû faire autant de mal à celui qui l'a donnée qu'à celui qui l'a reçue. Mais il se marre en se massant la main.
— On veut pas ton fric. Je voulais juste te réveiller. Tu crois pas qu'on va te laisser dormir tranquille ? On va s'amuser un peu ! Histoire de t'attendrir un peu.
Cornetto laissa tomber sa tête contre sa poitrine et murmura quelques mots.
L'homme se rapprocha.
— T'as dit quoi ?
Cornetto murmura encore quelques mots.
Le tatoué avança, s'assurant de rester à distance d'un éventuel coup de tête de Cornetto. Mais pas assez pour éviter le crachat de sang sur le bas de son pantalon et ses pompes.
— Bordel, t'es dégueulasse !
— C'est l'arme des poulpes. Si tu me tapes dessus pour m'attendrir, alors attends-toi à ce que je te crache à la gueule.
En réponse, Tatoué sortit un poing américain et frappa.
Rideau.
Lorsqu'il se réveilla à nouveau, il avait encore plus de visiteurs. Deux hommes étaient en train de se quereller, un troisième un peu plus loin bougeait une sorte de malle montée sur roues. C'est ce grincement qui l'avait réveillé.
— Si j'avais su que j'avais autant de succès, j'aurais fait payer les entrées.
Il a essayé de mettre de la provocation dans le ton de la phrase, mais il n'est pas très sûr du résultat avec son nez en vrac et sa mâchoire qui gémit à chaque mot prononcé. Même pas certain d'avoir été compris. Où même entendu.
Un des hommes se rapprocha. Sa silhouette était floue, mais Cornetto ne reconnut pas Tatoué. Par contre, il reconnut l'ordure devant lui.
— Tibère. Je me doutais que tu trafiquais un truc de louche ! Je pensais pas que tu serais assez con pour…
— Assez ! Si ton associée débile n'avait pas provoqué ce désastre, j'aurais pas eu besoin d'en arriver là ! C'est elle qui a tout gâché avec son stupide téléphone !
— Tu m'en diras tant. Alors c'est toi qui es responsable de ces zombies ? Ton père a validé ça ?
Tibère sourit et s'éloigna vers la malle.
Ce n'en était pas une maintenant que sa vision s'était accordée. C'était plus une grande cage recouverte d'un drap. Son frère tira sur le drap, et dévoila le contenu. Sûr que c'était pas un oiseau.
— T'as qu'à lui poser la question, peut-être qu'il te répondra. Moi il refuse de me parler. Cadeau de ta copine.
Dans la cage, encore dans sa tenue de gala, mais privé de sa canne, son père se tenait debout, accroché aux barreaux.
Il leva des yeux vitreux devant lui, enfiévrés. Un mot sortit de ses lèvres.
— GLAAAAAACE.
Tibère claqua des doigts et les deux malfrats sortirent.
— Je vous laisse en tête à tête, je suis certain que vous avez des tas de choses à vous raconter.
Et la porte se referma derrière lui.
***
Cornetto avait en face de lui ce père qui n'avait pas su l'aimer. Ou montrer ses sentiments. Désormais un légume privé de volonté. Un accident.
Sa chair ankylosée commençait à lui donner des fourmis dans les bras, les jambes. Les chaînes trop serrées empêchaient son sang de circuler.
— Te voilà bien avancé avec tes voitures de luxe, ton manoir, ton chauffeur. Et ton fils imparfait. Celui qui devait prendre ta relève.
Cornetto renifla, manqua s'étouffer et recracha un filet de sang.
— Le pauvre ne faisait jamais assez bien à ton goût. Il fallait toujours que tu le critiques. Il n'était pas à la hauteur pour reprendre les rênes de l'empire familial.
Il se tourne vers son père, le fixant droit dans les yeux avant de cracher son accusation.
— Regarde où ton incapacité à aimer l'a mené ! Certains pères aiment sans savoir le dire, toi, tu n'aimes pas.
Le père demeurait apathique dans sa cage, accroché aux barreaux.
— Je me suis un moment posé la question. Qui pouvait nous en vouloir ? Pourquoi tous ces zombies sur mon passage. Quelle dose de haine et d'inconscience fallait-il pour déclencher cette folie ?
Il fit une pause.
— La haine d'un frère. D'un fils.
Cornetto se tut.
— Tu ne réponds pas, père ? De toute façon, tu ne m'as jamais répondu, pourquoi tu commencerais maintenant ? Bon sang c'qu'il fait soif ici ! Je tuerai père et frère pour avoir un verre d'eau !
Il émit un rire qui se transforma en toux.
— Ouais, je sais, c'est pas ma meilleure blague. Je crois que ma préférée, c'est quand à huit ans, j'ai jeté les somnifères de ma mère dans la soupe de champagne. Quelle trempe j'ai reçue ce jour-là !
— Glaaaace.
— Le pire, c'est que c'est même pas toi qui m'as donné la correction. T'as demandé à ton chauffeur de le faire.
Corn toussa encore un jet de sang. Il lui devenait de plus en plus difficile de rester éveillé.
Il pencha la tête en arrière, fixant le néon à s'en tirer des larmes. Tout pour ne pas dormir. Même parler à son père.
— Rien ne vaut les rapports père-fils. T'es pas d'accord ?
Un silence.
— Tibère a mérité sa place ou tu lui as cédé à contrecœur ? Tu réponds pas ?
Nouvelle toux.
— Moi j'ai monté mon affaire, avec une associée, Hottie. Tu l'as vue ce soir, tu te souviens ?
Le père s'était mis à baver.
— Elle est plus futée que moi ! Elle est en train de chercher un moyen de me libérer, sûr. Si elle est toujours vivante ! C'est elle qui a trouvé le truc des sprinklers pour arrêter les zombies. Je sais pas comment elle a compris. Et je sais pas pourquoi ça n'a pas marché avec toi.
— Glaaace.
— Ouais. Peut-être que c'est ça qui l'a mise sur la piste. Et puis j'me dis aussi que Tibère doit bien avoir un antidote ! Il est pas suffisamment con pour répandre un truc pareil sans se protéger !
Un bruit se fit entendre dans la serrure.
— Ah, m'est avis qu'il revient pour le deuxième service !
***
— Quels vilains garçons, vous avez papoté toute la nuit ! J'espère que tu l'as laissé dormir ! À son âge, il ne faudrait pas qu'il nous fasse un malaise, je lui trouve mauvaise mine.
— Il a fait sa nuit comme un gentil petit zombie ! On se demandait juste à quel point tu étais stupide. Non, parce que le coup de la zombification, tu m'excuseras, mais ça ressemble un peu à une expérience foirée. Même toi, tu chercherais pas à le faire exprès !
Tibère fixa son demi-frère sans prononcer une parole. Le pouce de sa main gauche faisait rouler sa chevalière autour de son doigt jusqu'au moment où il manqua la faire tomber. Il inspira un grand coup.
— Toute avancée scientifique a ses échecs. Tu le saurais si tu avais écouté à l'école. Tu sais combien d'essais il a fallu à Thomas Edison pour créer l'ampoule ?
— Aucune idée. Mais il n'a pas changé son entourage en monstres non plus.
— Qu'est-ce que tu en sais ? Les erreurs ont été balayées sous le tapis de l'histoire. Il ne reste aujourd'hui plus que l'armoire à trophées.
Tibère faisait les cent pas dans la pièce, s'enflammait en faisant son discours. Et à chaque fois que ses yeux tombaient sur la cage du père, ses doigts venaient chercher le réconfort dans la gravure de sa chevalière.
Il n'avait pas démenti pour les zombies. À quoi bon ? Pour le reste des réponses, il lui faudrait aller les chercher. La partie était loin d'être jouée.
— Alors les zombies ne seront qu'un détail de l'histoire ? Un dommage collatéral ? Comme moi ? Comme ton père ?
— Oh arrête ! Tu vas pas me faire croire que t'inquiètes pour lui !
— Mais pourquoi ?
— Parce que je te hais.
Tibère avait parlé entre ses dents serrées. Il se pencha pour murmurer à l'oreille de Cornetto.
— J'ai toujours entendu père dire le plus grand mal de toi, et en même temps, il disait que je ne t'arrivais pas à la cheville.
Puis, se redressant :
— Alors qui suis-je si je suis moins que le mal aimé ?
Tibère s'arrêta face à la cage, plongea son regard dans les yeux vides de son père.
— Quand j'ai découvert ce qu'on pouvait faire avec cette bactérie… J'ai su que le jeu avait changé. J'avais enfin les bonnes cartes en main !
Tibère applaudit.
— Ça me met d'humeur joyeuse ! J'ai envie d'être… généreux.
Pour la première fois, Cornetto découvrit un véritable sourire sur le visage de son geôlier. Le sourire d'un psychopate qui venait d'avoir une idée bien tordue.
Il ne répondit rien, tentant de digérer ces informations.
Tibère fit un signe à l'un des sbires, le tatoué.
— Jédédiah, libère-le de ses chaînes quand je serai sorti. Donne-lui de l'eau. Je ne voudrais pas qu'il meure de déshydratation.
Puis il se dirigea de nouveau vers la porte.
— Attends ! Et père ? Tu ne vas pas le laisser comme ça ! Tu dois bien avoir un antidote !
— Au revoir Maxence. Je reviendrai demain pour reprendre notre discussion. J'ai tout de même des entreprises à diriger, une inauguration à préparer. J’ai des responsabilités maintenant que Père est… souffrant.
Cornetto était trop faible pour tenter quoi que ce soit lorsque Jédédiah ôta ses chaînes. Il s'effondra, les membres engourdis.
Jédédiah en profita pour se baisser et lui cracher au visage. Il secoua une bouteille d'eau devant son nez. La rangea.
— Tiens, ce sera la seule eau que tu auras. C'est pour les pompes que tu m'as bousillées hier.
Il était hors de question pour Cornetto de lui laisser cette victoire. Le sol était rugueux sous ses mains engourdies. Il se redressa, appuyé sur la chaise. Il tremblait. Les jambes flageolantes, il se força à faire quelques pas.
Tatoué le fit tomber d'un croche patte, éclata de rire et sortit de la pièce, laissant Cornetto à moitié inconscient.
— Je te souhaite un bon tête à tête ! eut-il le temps de lancer avant que la porte ne se referme.
Par la lucarne découpée dans la porte, il narguait le prisonnier en vidant une bouteille d'eau au sol. Puis il s'approcha d'un panneau de contrôle, et tourna un bouton. Son sourire dévoilait canines et incisives en une menace silencieuse.
***
Il y eut un ronronnement électrique, suivi d'un TAK. HIIIIIN.
Un bruit faible, mais qui avait résonné dans la pièce vide, suivi d'un grincement sinistre.
Tournant la tête lentement pour ne pas perdre l'équilibre, il amorça un demi-tour, chancela.
La porte de la cage était ouverte.
Le père n'avait pas bougé. Il restait accroché à ses barreaux, comme inconscient de ce qui se passait autour de lui.
Cornetto tenta de calmer les battements de son cœur. Une grande inspiration et il compta mentalement dans sa tête jusqu'à cinq. Reprit une inspiration, se sentit mieux.
— On dirait que les conseils de Hottie ne sont pas tous à jeter.
Puis s'adressant à un spectateur invisible :
— T'attendais quoi ? Tu pensais qu'il allait se jeter sur moi et m'étrangler ? Tu pensais que le père et le fils rejeté allaient s'affronter en un combat cathartique ? Bein ouais, je connais ce mot… Je suis pas allé à l'école, mais j'ai eu le temps de lire plein de bouquins.
Le silence seul lui répondit.
— Il y a un truc que je ne comprends pas. C'est le but de tout ça. Tu m'entends ?
Cornetto s'étouffa à crier pour qu'on l'entende. Il avait la langue pâteuse et la gorge sèche.
Un pas après l'autre, il se traîna vers l'un des murs opposés à la cage, s'y adossa et resta assis un moment à contempler son père. Il finit par s'endormir sans plus se soucier du zombie.
Il se réveilla affaibli, quelques minutes ou heures plus tard. La tête lui tournait. Il avait de plus en plus soif. Son père était debout au milieu de la pièce, les yeux hagards. Il lui faisait presque peine. Il tendit un bras vers lui qui retomba. Paupières lourdes. Il avait beau résister, son corps était à bout.
Un bip. Qui se répétait. Comme un écho. Son oeil s'entrouvrit.
— Il est réveillé Monsieur. Ses constantes sont stables.
Corn grogna, sa vision tardant à s'adapter.
— Ça te tue hein de rien comprendre ?
La voix était celle de Tibère. Cornetto n'était plus dans la cave. Il était sur un lit, attaché par des sangles. Une aiguille plantée dans son bras, reliée à une potence. Il se débattit, donna des coups de pied, s'arc-bouta.
— Du calme, tu ne risques rien, ce sont juste des sels minéraux. Tu étais déshydraté et tu t'es évanoui.
Tibère tourna la tête vers Tatoué, Jédédiah, qui détourna le regard. À leur côté, un homme en blouse blanche muni d'une tablette tactile et d'un stylet.
— Tu as échappé de peu au mode zombie. J'aurais bien aimé te voir sauter à la gorge de Père.
Il fit un tour sur lui-même, bras écartés.
— Que penses-tu de mon complexe de recherche ? Nous sommes au-dessus des caves où tu as séjourné jusqu'à ce matin. Tu peux remercier le docteur Imov sans qui tu y serais resté.
Cornetto retomba sur son lit. Muet.
— Et dire que tout ça a commencé avec une eau de source contaminée par une bactérie. Un minuscule microbe rescapé d'un glacier désormais disparu.
Les mains agrippant le pied du lit, Tibère regardait dans le vide.
— Un organisme qui ne cherche qu'à survivre. Se nourrir, se reproduire, se défendre. Le docteur Imov a décrit tout ça si tu aimes la lecture.
Cornetto secoua ses poignets, tira sur les sangles à ses chevilles, essayant de trouver une prise.
— Au diable tes bouquins ! Libère-moi ! Dis-moi ce qu'est devenue Hotcola !
Tibère le regarda, jouant avec sa chevalière.
— Non.
Il reprit sa marche dans la pièce.
— Où en étais-je ? Ah oui ! Les besoins primaires de notre bactérie. Nous nous sommes rendu compte que nous pouvions les influencer à volonté : devenir agressive ou chercher à se nourrir.
Tibère attrapa une seringue, éjecta quelques gouttes.
— Tu es cinglé ! Vous avez testé ça sur des cobayes ?
— Non ! c'était un accident. Comment avez-vous appelé ça docteur ?
— La sérendipité, souffla Imov.
— Exactement ! Nous nous sommes rendu compte qu'une fois dans l'organisme humain, nous influencions le porteur à travers les bactéries ! Imagine ce que nous pouvions faire !
— Vous pouviez transformer des innocents en zombies pour qu'ils aient faim ou soient agressifs.
— Pas qu'ils aient faim ! Qu'ils aient envie de consommer !
— Tu as joué aux apprentis sorciers ! Et vous avez fait un test grandeur nature au village du lac ainsi qu'au refuge de la combe au Dahu.
Tibère regarda son demi-frère.
— Le refuge était un heureux hasard. L'eau de la source est contaminée, mais nous n'avions pas prévu d'activer quoi que ce soit. Tu dois ce coup du sort à ta chère associée.
— Et quel est le rapport avec Hotcola ?
— Tss, tss, tu ne crois pas que je vais tout te révéler !
— Libère-moi ! Lâche ! Viens ici que je te file la dérouillée que ton père aurait dû te donner !
Tibère approcha la seringue de la potence.
— Tibère, si tu me files ta saloperie, je vais te le faire payer !
Son cœur battait à tout rompre, ses yeux cherchaient une échappatoire, il devait bien y avoir quelque chose à tenter ! S'il pouvait trouver un trombone pour crocheter ses menottes… Mais il ne s'illusionnait pas. Il n'y avait que dans les films que ça marchait !
Le téléphone portable de Tibère sonna, l'interrompant avant qu'il n'injecte le contenu de la seringue.
***
— Allo ? J'avais demandé à ne pas être dérangé… Quels dégâts ? Et vous ne savez pas gérer un poivrot ? Vous êtes des incapables, j'arrive !
— Tibère, attends ! Qu'as-tu fait de père ?
— Il est en sécurité. J'ai envoyé aux médias un communiqué disant que son état de santé était préoccupant et qu'il préférait se retirer momentanément des affaires.
Il rangea son téléphone dans sa poche, écarta les bras.
— Tu as devant toi le nouveau PDG d'Alpha-Teaux. Pas trop jaloux ?
— Je préfère m'en tenir aux sorbets !
Tibère eut un reniflement sarcastique.
— Maintenant, je dois te laisser, un problème d'intendance requiert mon attention. Nous reprendrons plus tard.
Tibère posa la seringue sur un plateau que lui tendait le docteur Imov, et s'en fut à grandes enjambées.
Le docteur rangea les instruments, prit sa tablette tactile.
— Je ne sais pas ce que vous avez fait à votre frère, mais il vous en veut plus qu'à n'importe qui.
Cornetto soupira sur son lit.
— J'ai refusé ce qu'on ne lui a jamais proposé et qu'il a vainement tenté de prendre de force.
— La direction d'Alpha-Teaux ?
— Non. L'estime d'un père, docteur.
Imov hocha la tête.
— Le déclencheur pour le comportement de violence. Il a voulu que ce soit votre visage. Votre frère n'est plus que haine envers vous.
— Ce n'est pas mon frère. J'ai renié toute cette famille.
Le docteur Imov se dirigea vers la porte et sans se retourner, lança une dernière pique.
— C'est dommage. Un frère aurait peut-être pu le raisonner avant qu'il ne soit trop tard.
— C'est déjà trop tard pour moi. Mais pour vous, il est encore temps de changer de camp. Pourquoi supportez-vous tout ça ?
Cornetto avait montré du menton la salle, les moniteurs, la seringue.
— Pour la science ! Un tel projet, c'est… inespéré !
La porte entrouverte laissait entendre tout un tas de cris, des coups de klaxon lointains.
— Et pour l'argent, continua Imov. J'aime l'argent et votre frère est généreux.
Puis la porte se referma et ce fut le silence.
« Episode 5 - Chair de poulpe » par Christophe NERIA est sous licence Creative Commons Attribution — Pas d'Utilisation Commerciale — Pas de Modification 4.0 International (CC BY-NC-ND 4.0).
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