Raiders

Par Dan Freedman, Crom

Éditions Les Humanoïdes Associés

112 pages

Sortie le : 01/04/2026

En résumé

Un vieux guerrier veut quitter la vie de donjon, mais le destin en décide autrement. Un comics litRPG fantasy au dessin puissant, signé Freedman et Crom.

Mon avis

Danse avec les loots

Les Raiders, ce sont des explorateurs de donjon, qui à l'image de personnages des jeux vidéo, vont tuer des monstres, récupérer le trésor, le ramener à la famille royale. Mais que se passe-t-il une fois que les héros ressortent du donjon ? Que deviennent les guerriers fatigués par des années de têtes tranchées, de trésors amassés ? Comme tout un chacun, ils aspirent au repos, à une ferme où vivre avec l'être aimé.
Raiders, c'est de la litRPG version comics, avec aux commandes l'excellent duo Freedman / Crom que l'on a déjà pu rencontrer sur l'excellente série Birdking.

"Illustration de Raiders"
© Dan Freedman / Crom / Éditions Les Humanoïdes Associés (2026)

On retrouve le dessin très reconnaissable de Crom, proche de la gravure avec ses traits épais et qui n'est pas sans rappeler les illustrations médiévales. Un dessin qui colle parfaitement au scénario concocté par Daniel Freedman.

Un album déjà édité en 2024 en format souple qui avec sa sortie chez les chez les Humanoïdes Associés bénéficie d'une édition soignée, et même d'une couverture exclusive du Comic Shop Assemblée. Une illustration qui en met plein la vue avec ce vieux guerrier menançant sur un amoncellement de crânes.

Attention, ça va trancher !

La litRPG, c'est la littérature héritée des jeux de rôles, des jeux vidéo. En roman, je trouve ça assez indigeste. Un scénario basique et répétitif, parsemé de pages n'ayant aucune qualité littéraire et n'apportent rien au récit. Ici, le comics évite cet écueil, de par son format plus court d'abord, puis par un scénario qui s'appuie sur le genre pour proposer une histoire autour de l'histoire. Sur ce qui se passe après que le donjon ait été vidé. D'autres joueurs prennent le relais. D'autres guerriers dans d'autres donjons à la recherche d'autres trésors.

"Illustration de Raiders"
© Dan Freedman / Crom / Éditions Les Humanoïdes Associés (2026)

Le repos du guerrier

Dans Raiders, ces deux générations de guerriers sont deux frères, Marken et Maron. Par leur entremise, c'est la fougue de la jeunesse et la sagesse de l'expérience qui s'affrontent.
De son expérience, Marken a retiré une chose : savoir en quoi consiste le bonheur et le reconnaître quand il passe à notre portée. Et ce bonheur n'a rien à voir avec la gloire. Mais le jeune homme a besoin de faire sa propre expérience. Car il y a des choses qui ne s'apprennent qu'en faisant des erreurs. Faire à son tour des rencontres, affronter ses propres donjons.

"Illustration de Raiders"
© Dan Freedman / Crom / Éditions Les Humanoïdes Associés (2026)

Dans la litRPG, on verrait les personnages cumuler les points d'expérience et choisir quelle aptitude augmenter petit à petit.

Spoiler

Mais le destin en décidera autrement et Maron n'aura pas le temps de faire sa propre expérience bien longtemps

Quand les choses dérapent, il faut parfois reprendre du service. Quitte à abandonner ses rêves.

Spoiler

Averti de la mort de son frère et de la dette qu'il hérite, dépouillé de ce qu'il avait mis une vie à bâtir, Marken va chercher la vengeance.

Mais est-ce que le rêve du vieux guerrier était vraiment d'avoir une vie paisible ? Ou était-ce celui d'une vie meilleure pour les générations futures ?

La fin des rêves, le début des légendes.

Raiders est un récit de batailles. C'est celui d'une bataille plus vieille que le monde, celle de ceux qui luttent et des élites qui profitent protégés derrière leur forteresse.
Le vieux guerrier, bête blessée, va alors se dresser contre les tyrans.

Ces scènes de bataille, Crom les maîtrise à la perfection avec un sens du découpage et un storytelling efficace dans les coups d'épée et les scènes dynamiques qui restent grandement lisibles.
On ne s'ennuie pas un instant, on vibre avec les héros et on trouve avec un plaisir coupable un récit de violence et de carnage à l'esthétique brute.

Entre deux scènes d'action et membres tranchés, Crom pose quelques scènes contemplatives, des scènes de la vie courante qui nous ancrent dans le récit.
Les décors sont souvent minimalistes, laissant toujours les personnages au centre de l'action. Quand ils y sont, ils sont souvent imposants, écrasants, avant de disparaître. Ils plantent un décors de théâtre et laissent s'exprimer les acteurs.

"Illustration de Raiders"
© Dan Freedman / Crom / Éditions Les Humanoïdes Associés (2026)

Le duo Crom / Freedman fonctionne encore une fois à merveille. Leurs univers se complètent et on sent une grande complicité dans le récit qu'ils construisent.
Un comics à conseiller à tous les amateurs de fantasy et aux accros de RPG pour un bon moment de lecture.
Là où certains pourraient voir du fatalisme, je vois l'espoir. L'espoir des leçons apprises du passé, celui de transmettre le flambeau aux générations futures.
Et puis dans ce baroud d'honneur, le vieux guerrier va rejoindre les légendes, accepter son destin, devenant le héros shakespearien d'une tragédie maintes fois écrite, toujours cruelle, mais toujours avec une dramaturgie pleine de panache.

Critique publiée le :

Blatta Karl

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