Nocturnos

Par Laura Pérez

Éditions Morgen

192 pages

Sortie le : 01/04/2026

En résumé

De Laura Pérez, Nocturnos explore la nuit et le rêve à travers des récits fragmentés portés par un dessin sans encrage, entre douceur et angoisse.

Mon avis

Morgen retient la nuit

Encore un coup de cœur chez aux éditions Morgen. Après Train de nuit dans la voie lactée et Terre ou Lune, la jeune maison d'édition continue à tutoyer les étoiles avec cet album de Laura Pérez, illustratrice espagnole déjà couronnée dans son pays, mais jusqu'ici inédite en France.
Outre ses nombreux prix, l'autrice a travaillé pour le Washington Post, le National Geographic, Vanity Fair, Taschen et a est l'autrice de récits (Ocultos et Totem) publiés en Espagne, aux États-Unis.
En nous proposant Nocturnos, les éditions Morgen nous emmènent au pays des rêves.
Et le moins que l'on puisse dire, c'est que cette incursion valait le coup d'attendre !

Nuit magique

Avec Nocturnos, le lecteur devient un passager du rêve à l'image d'un little Nemo. Sans aucune prise sur le récit, on se laisse balader d'une époque à une autre, de rêve en rêve, de personnages en personnage.
Un enfant seul face à ses terreurs nocturnes, une femme si seule qu'une IA devient sa confidente. Un couple qui anticipe la fin de l'autre et la solitude qui les attend.

"Illustration de Nocturnos"
© Laura Pérez / Editions Morgen (2026)

Dès les premières pages, Laura Pérez nous invite à autre chose : à accepter de ne plus tout à fait savoir où commence le rêve et où se termine la nuit.
On a une véritable sensation de perte de contrôle à la lecture de cet album, et c'est précisément là que réside son originalité.
L'autrice arrive à nous faire perdre nos repères tout en nous raccrochant aux figures classiques des rêves : décors incongrus, dimensions aléatoires, créatures tapies dans l'ombre, êtres hybrides... Un territoire à la fois familier et intangible qui nous ramène à nos peurs d'enfants, à nos désirs.

"Illustration de Nocturnos"
© Laura Pérez / Editions Morgen (2026)

Pour Laura Pérez, la nuit marque un début et une fin, elle est souvent associée à la mort que l'on sent en filigrane tout au long du roman graphique.
Comme si la mort n'était qu'une nuit dont on ne se réveille pas, un dernier rêve.

Quelques mots perdus, Dans la nuit

Si la narration ne suit pas une trame logique, Laura Pérez parvient à nous mener de case en case dans le silence de la nuit. Le récit est alors d'autant plus efficace lorsqu'il se détache des mots, mettant sur nos rêves des images quand les mots seraient trop restrictifs.

"Illustration de Nocturnos" © Laura Pérez / Editions Morgen (2026)

Les cases muettes s'enchaînent, le dessin prend tout l'espace, et c'est lui qui parle dans une succession d'aplats de couleurs qui évitent l'encrage et nous laissent cette impression de flotter entre deux mondes. Les cases oscillent entre douceur et angoisse, entre réel et imaginaire, menant les personnages à la frontière de l'inconscient.

Le silence inquiétant qui précède les rêves

Nocturnos est une plongée au cœur de la nuit, un récit qui nous relie à qui nous sommes quand notre moi n'est plus aux commandes, à tout un héritage phylogénique de peurs et de croyances.
Chat, chouette, cerf, chauve-souris, renard, insectes et araignées. Que les animaux nous accompagnent à la lisière des songes ou nous y retrouvent, un bestiaire de la nuit parsème les pages et nous servent de guides dans un monde onirique effrayant et magique. Un univers dans lequel l'impossible devient possible.

"Illustration de Nocturnos"
© Laura Pérez / Editions Morgen (2026)

Le rêve s'abolit des frontières du langage, du temps et de l'espace.

Raconter Nocturnos, c'est comme essayer de raconter un rêve. Tout ce qui semble logique dans le rêve devient confus, et il semble alors impossible de retranscrire les émotions qui nous avaient saisies.
Il faut alors accepter de se laisser porter par la nuit, sans forcément chercher à comprendre, juste à ressentir.

Encore un matin

Ce n'est pas un album pour les lectures cartésiennes. C'est un appel au rêve et au lâcher prise. Une invitation à ne pas tout contrôler et simplement ressentir. On ressort de la lecture comme d'un long sommeil, l'esprit plein des brumes du récit. Il y a une symétrie merveilleuse dans le début et la fin de l'album, entre un ciel flamboyant de crépuscule en ouverture et le même paysage aux teintes douces d'une aube qui chasse la nuit en dernière page. Entre un cerf dont la vie s'achève et qui se revit quand un ultime rêve s'achève. Le vieillard redevient l'enfant quand finit la nuit.
Cette aube nous ancre alors au réel.
C'est juste un nouveau matin.
Un nouveau coup de maître de Morgen.

"Illustration de Nocturnos"
© Laura Pérez / Editions Morgen (2026)

Critique publiée le :

Ketsudan Mortépi - Vilain Goret

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