Couverture — Les hordes du vent

Les hordes du vent

Par Marcello Fois

Éditions Seuil

Pages
210
Parution
04/02/2005

Un roman qui souffre de sa principale qualité: La poésie et le style prennent le pas sur l'histoire au risque de perdre le lecteur.

En résumé

Les Hordes du Vent séduit par ses paysages et sa poésie, mais noie le lecteur dans un chaos narratif. L'auteur semble écrire pour lui-même, au détriment de l'intigue. On en sort frustré, malgré quelques fulgurances.

Oui, il y a ce vent qui rend fou les plus saints d'esprit. Oui, il y a ces hommes durs comme la pierre des montagnes qu'ils parcourent. Et ces mamas drapées dans leurs certitudes. Il y a ce paysage éclatant de beauté, malgré l'aridité, décrit avec une poésie indéniable. Mais tout ça ne fait pas une histoire. Dans Les Hordes du Vent, on suit l'avocat Bustianu pris entre deux mondes : celui immuable des traditions familiales dans son combat pour faire accepter sa compagne par sa mère ; celui sans cesse changeant du monde politique et des bandits des montagnes.

De nombreux personnages, des fils d'histoires qui se tissent, des mondes, des langues - le sarde et l'italien en langue originale - qui se frôlent, s'entremêlent dans un chaos littéraire pour perdre le lecteur autant que l'avocat semble perdu dans cette histoire.

Je salue le travail certainement très difficile du traducteur qui mêle dans la version française le provençal et le français pour transcrire cette dualité de langue. Et même si certains mots ne sont pas familiers, ils ne gênent en rien à la lecture du roman, ils ajoutent une touche d'exotisme, une couleur supplémentaire aux paysages.

Mais ce n'est pas la seule corde à l'arc de Marcello Fois pour nous perdre. Il y a d'abord les dialogues qui se fondent parfois dans de longs passages descriptifs, sans signe distinctif, sans guillemet ni tiret quadratin. Ils se cachent, sournois, se répondent sans que rien de plus qu'une virgule ou un point ne les séparent. Parfois on les retrouve avec des signes distinctifs avant qu'ils disparaissent à nouveau dans un flou global. Et dans cette perte de style, j'ai essayé de trouver de la cohérence, un fil conducteur qui renforcerait un propos de l'auteur, mais ils semblent apparaître au hasard, comme un nuage dans un ciel d'été. Ils existent tout simplement. Il y a aussi les non-dits, les fréquents passages où l'avocat ne veut rien révéler, envoie son subordonné sur telle ou telle mission sans qu'on n'en comprenne la finalité et on avance alors à l'aveugle dans l'histoire.

J'ai parlé un peu plus tôt du nombre de personnages. La sensation d'avoir affaire à une multitude, et cette perte de repère du lecteur est accentuée par l'utilisation alternée des surnoms et du nom complet du personnage, là aussi, sans qu'aucune logique ne vienne vraiment expliquer ce changement. Au final, je me suis vite désintéressé de l'histoire, des histoires. J'ai même abandonné la lecture du roman à vingt pages de la fin tellement j'en avais marre d'être baladé par l'auteur. Parce qu'il est difficile de s'attacher à un personnage dont on ne comprend pas les motivations. L'impression que j'ai à la lecture de ce roman, c'est celle d'un auteur qui s'écoute parler, ou se regarde écrire. "Regardez comme ce que j'écris est beau, regardez comme j'arrive à vous perdre dans mes mots, dans mes tournures de phrases."

Des livres labyrinthiques, de forme littéraire indéfinie, j'en ai lu. J'ai lu La maison des feuilles de Mark Z. Danielewski, et c'est autrement plus troublant à lire que les hordes du vent. Mais là, la forme, le style servent l'histoire. Dans La maison des feuilles, le style et la forme font écho au récit, là ou Les Hordes du Vent semble varier les formes pour le seul plaisir de l'auteur qui en oublie son lectorat.

La fin du roman est secondaire. Je me suis remis à l'ouvrage, refusant d'abandonner si près du but, mais je n'ai eu aucune satisfaction à découvrir le destin des personnages, aucun plaisir à savoir qui avait assassiné, ni si Bustianu allait pouvoir vivre avec sa belle. Ma seule satisfaction a été celle de refermer le livre pour passer à un autre, la tête pleine de beaux paysages sardes, mais frustré par l'histoire.

Note Katulu

2.5/5

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