Soli Deo Gloria

Par Jean-Christophe Deveney, Édouard Cour

Éditions Dupuis

280 pages

Sortie le : 03/10/2025

star star star star star 5/5

En résumé

Un conte cruel et envoûtant, où deux jumeaux orphelins découvrent la musique et la dualité d’un XVIIIe siècle sombre et sublime. Dessin charbonneux dans lequel éclatent des gerbes de couleur pour la grâce musicale. Un chef-d’œuvre primé.

Soli deo Gloria. À Dieu seul la gloire. C'est la formule que Jean Sébastien Bach inscrivait au bas de ses partitions, mais c'est aussi le titre d'un album incontournable en ce début d'année, travail de longues années de recherche et de collaboration pour les deux auteurs, Jean-Christophe Deveney au scénario et Edouard Cour au dessin. Le projet est né et a mûri pendant le confinement pour Deveney, et il aura fallu trois ans de labeur avant d'aboutir au splendide objet final. Soli deo gloria nous plonge dans un XVIIIe siècle à la fois si cruel et si porteur de beauté artistique. Sans vraiment ancrer l'histoire dans le réel mais en flirtant avec lui, on est tout de suite intrigué par ce dessin minutieux, tout en encre noire assombri encore par une trame omniprésente jusqu'aux éclats de couleur. On retrouve ici un peu ce qui avait fait la force du Blast de Manu Larcenet dans un tout autre style et contexte. La couleur qui chez Larcenet éclatait lors de trances, s'imposait avec presque de la violence, traduit ici la beauté de la musique. Elle est tout d'abord légère, presque indécelable, pour s'affirmer peu à peu et s'élever dans un aria pour un final musical d'exception. L'histoire suit la trame d'un conte cruel situé chronologiquement et esthétiquement, entre les contes de Perrault et ceux des frères Grimm. D'ailleurs le dessin de Cour est comme ces gravures qui illustraient des histoires comme Barbe bleue pour rester dans le XVIIIe siècle, un trait d'encre noire charbonneux.

L'histoire débute avec des jumeaux, rapidement orphelins, et se poursuit dans un monde ou les êtres avides (ogres) côtoient le merveilleux, la beauté des chants et des musiques divines dans une recherche de l'excellence. Ballotés contre leur gré de leur sombre forêt profonde (qui les verra initiés à la musique) à un monde qu'ils n'imaginaient pas, les deux héros restent longtemps inséparables malgré les écueils d'un monde en guerre. Chacun des deux travaille son point fort : Le chant ou les instruments. La création ou l'interprétation.

Cette dualité va peu à peu leur faire prendre deux routes différentes dans la ville de Laguna Majora (Venise) qui est certainement le pinacle de la dualité de ce monde. Une ville où les destins se font et se défont au fil des alliances et des trahisons, une ville folle portée par un carnaval cruel et aléatoire. Un instant unique et intimement lié à l'histoire de la ville, dans lequel le fou peut devenir roi d'un jour, un jeu de masques et de pouvoirs que l'on dit capable de changer des destins.

Il y a de la grâce dans cet album, beaucoup de passion. On sent que les auteurs se sont attachés à retranscrire dans ce conte leur passion de la musique et la part de beauté que ses compositeurs ont laissé à ce siècle qu'on appellerait plus tard celui des lumières.

Car malgré la noirceur des décors, la cruauté de ce monde, en dépit de l'amertume, tout nous mène vers une scène finale lumineuse avant que son éclat ne ternisse. L'album en quelques pages finit plusieurs années plus tard. Que reste-t-il de la beauté de ce moment ? Comment vivre après une telle gloire ? Chacun des jumeaux a sa réponse que je ne vous divulgâcherai pas. Mais ce sont deux âmes profondément touchées par la musique qui ont divergé pour un final à l'image de ce siècle : empreint de musique, de dualité, de beauté, d'espoir et de violence.

L'album a reçu plusieurs récompenses majeures dès sa sortie : le Prix de la BD Fnac France Inter 2026, le Prix du Meilleur album au festival Quai des Bulles de Saint-Malo et le Prix des Libraires Canal BD 2026.

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Critique publiée le :

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