Couverture — Le Feu Monde

Le Feu Monde

Par Jason S.

Éditions Dargaud

Pages
290
Parution
06/02/2026

Envoyés à la guerre comme des animaux à l'abattoir, Métisse et sa cohorte vont tenter d'anéantir les dieux.

En résumé

Roman graphique de Jason S., Le Feu Monde plonge dans un monde médiéval-fantastique où dieux et mortels s'affrontent dans une guerre millénaire sans fin.

Mon avis

Dans un monde médiéval, des royaumes s'affrontent, soutenus par deux géants, Zéphyr et Atome. Ce sont des sortes de demi-dieux aux immenses pouvoirs, dont celui de pouvoir désigner un champion, ou martyr. Ce dernier hérite alors d'une partie de ses pouvoirs afin de convertir de nouveaux fidèles et gagner plus de pouvoir.
En suivant Métisse, l'héroïne guerrière de ce récit, épéiste confirmée, on s'attache à une troupe de guerriers au service de Zéphyr.

La lutte finale

Une histoire intelligemment mise en scène, qui parle de résilience, de lutte et de sacrifice.
Dès les premières planches, c'est une véritable claque visuelle, avec ces noirs profonds et cette légende qui se raconte sur les murs d'une grotte, sur les pages d'un grimoire.

"Illustration de Le Feu Monde"
© Jason S. / Editions Dargaud (2026)

Puis viennent les premiers combats, tout en fluidité.
Le dessin anguleux avec une forte influence manga n'est pas des plus heureux sur les visages et les expressions, mais il fait la part belle au mouvement. Il vient plus au service du rythme que du détail. Un dessin qui va à l'essentiel, efficace. Mis à part pour les ciels nuageux qui sont certainement parmi les plus réussis que j'ai vu en BD.

"Illustration de Le Feu Monde"
© Jason S. / Editions Dargaud (2026)

"Illustration de Le Feu Monde"
© Jason S. / Editions Dargaud (2026)

Une histoire vieille comme le monde

Le récit utilise des éléments classiques du fantastique avec ses dieux, ses héros, la guerre millénaire entre royaumes, et se les réapproprie. Métisse est une héroïne à la fois classique et moderne. En Jeanne d'Arc moderne, elle va mener malgré elle des armées dans une guerre infinie. Elle va vite apprendre à ses dépens que la guerre n'est pas le glorieux champ de bataille qu'elle imaginait, mais un cloaque où tous les coups sont permis. Bien décidée à mettre un terme à ces combats, elle ne va que se précipiter vers son destin. Un destin messianique qui lui est promis tandis qu'elle va souffrir pour sauver son peuple. Et si elle accepte cette souffrance, elle n'ira pas jusqu'à tendre l'autre joue, et tracera sa route au fil de l'épée. Les autres personnages sont tout aussi importants : Tancrède, le guerrier, penseur, conteur. Il incarne les valeurs d'honneur de la guerre, même s'il a perdu ses illusions. Tikhomir, le frère du roi, est un guerrier usé, que l'on envoie en guerre comme on enverrait un animal à l'abattoir. Il incarne le mentor, la figure de proue de la cohorte.

"Illustration de Le Feu Monde"
© Jason S. / Editions Dargaud (2026)

Là où l'histoire surprend par rapport aux fantasy habituelle, c'est dans la présence physique des géants au milieu de leurs peuples. Deux quasi-divinités qui s'affrontent pour engranger toujours plus de fidèles, synonymes de pouvoirs.

Au-delà de ces personnages, j'ai trouvé très originaux les artefacts magiques. Je pense surtout à ces portails de transport mystérieux. Des héritages d'un passé depuis longtemps révolu et dont plus personne ne sait rien. C'est cette incertitude qui fait tout l'intérêt de ces objets. Les seules choses que l'on en connaisse viennent de légendes oubliées. Des légendes qui nous rappellent que cette lutte est millénaire et semble répéter les erreurs du passé. Une fois que Métisse aura fait ce constat, elle n'aura plus qu'un but : détruire les dieux pour qu'enfin cette guerre se termine.

Un tourbillon de folie

Le roman graphique commence par la vision d'un grimoire posé sur un lutrin dans une grotte. Il est ensuite découpé en chapitres qui s'accompagnent de dessins qui font penser à des enluminures, et de récits qui enrichissent l'ouvrage. Tout est fait pour nous donner l'impression de suivre un conte, d'être les lecteurs d'une légende oubliée. Celle de dieux qui s'affrontent et des hommes qui périssent au nom de divinités. Si le thème est classique, le dénouement, lui, est tout à fait original. Sans divulgâcher, l'auteur nous surprend avec une fin surprenante et satisfaisante. Jason S. signe une oeuvre singulière avec un monde riche et bien construit. Son trait vif, la mise en couleur, l'auteur nous entraîne dans un tourbillon au coeur des combats sans qu'on puisse quitter le bouquin. Le Feu Monde brille par ses personnages forts, charismatiques et son rythme trépidant entrecoupé de moments de respiration. Des pages qui incitent plus à la réflexion, à l'interrogation, d'autres enfin qui en une image nous projettent dans un rêve éveillé, avec une mention spéciale pour la disparition au milieu d'un nuage de papillons.

"Illustration de Le Feu Monde"
© Jason S. / Editions Dargaud (2026)

C'est une vraie réussite : de la fantasy qui donne un coup de fraîcheur sur le genre avec son héroïne guerrière au destin messianique qui tente de mettre fin à une guerre absurde. 300 pages qui passent en un clin d'oeil et l'envie de replonger dans l'histoire pour repérer les détails qui nous auraient échappé. Ma note: 4/5

Note Katulu

4/5

Critique publiée le

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