Un album qui s'accroche à la vie, entre documentaire botanique et ode au vivant.
En résumé
Jeanne, journaliste en burn-out, suit des botanistes dans les Écrins. Un roman graphique écologique au dessin lumineux qui atteind des sommets.
Aimons-nous vivant
JEANNE, journaliste, n'en peut plus des histoires de drames en montagne. Proche du burn out, elle décide de rejoindre sa soeur et de se changer les idées en suivant un groupe de botanistes. Ce sera le départ d'une aventure humaine au coeur des montagnes, l'occasion de plonger dans un nouvel univers, là où la vie se fait rare, à la frontière du vivant.
Ce roman graphique est construit comme un voyage au coeur du Massif des Écrins. Mais aussi, comme un voyage intérieur vers la guérison d'un trauma qu'on ne fait qu'entrevoir au début du récit. La randonnée et l'escalade comme thérapie, les montagnes, les plantes d'altitude et les insectes en molécules d'une reconnexion au soi.

© Dentant / Guillard / Editions Futuropolis (2026)
En mettant leurs pas dans ceux des scientifiques, des passionnés qui recensent le vivant dans des conditions extrêmes, les auteurs nous invitent à découvrir ou redécouvrir la nature qui nous entoure. Ils nous rappellent combien elle est précieuse, fragile et combien nos actions affectent notre environnement.
Le paysage, la flore, changent comme ils l'ont fait de tout temps. Mais l'action de l'homme semble accélérer le temps et la nature ne peut plus suivre le rythme.

© Dentant / Guillard / Editions Futuropolis (2026)
Nous sensibiliser à toute cette diversité que l'on croise sans la voir, à l'importance que peuvent avoir quelques centimètres carré de plantes, c'est la lourde tâche à laquelle semble s'être attelé Cédric Dentant et Cécile Guillard.
En pleine lumière
Le dessin de Cécile Guillard est magnifique. Il donne aux Écrins toute une gamme de couleurs qui illuminent le massif et dévoile entre les roches des plantes dans leur rusticité et leur délicatesse. Les mouvements des corps sont fluides aussi bien dans l'escalade que dans les pauses. Le découpage parvient à se faire oublier pour ne laisser parler que les images et nous immerge dans ces montagnes majestueuses. On se laisse tellement prendre dans ces jeux d'ombres et de lumière qu'on ressentirait (presque) l'effet bénéfique d'une vrai promenade en montagne, sans les courbatures. Les couleurs ne font pas que sublimer les paysages, elles racontent aussi le passé, l'altitude, la douleur. Toute une palette de nuances qui viennent enrichir le récit de manière subtile.

© Dentant / Guillard / Editions Futuropolis (2026)
L'histoire de la journaliste s'il est un prétexte au départ, place la fragilité de l'héroïne au coeur de ce monde de roches, de glace et de neige. À un tel point que son histoire semble dilué dans le paysage.

© Dentant / Guillard / Editions Futuropolis (2026)
Malgré tout, cet album est profondément humain. Par l'intermédaire d'une Jeanne brisée, mais aussi par les rencontres qui ponctuent son périple. Dans les refuges, les bénévoles, tous les amoureux de la montagne, les promeneurs occasionnels... Le reste est raconté par les silences.
L'histoire de Jeanne se découvre au rythme lent d'une marche en montagne. Les indices se dévoilent petit à petit, c'est un récit qu'il faut gagner, comme s'il était arraché par fragments jusqu'à dévoiler sa triste destinée.
Mais au fil de ces rencontres, à découvrir les sommets et leurs trésors cachés, au milieu de ces plantes qui s'accrochent à la vie, Jeanne va petit à petit se réparer.
Rosa, rosa, rosam
Ces rencontres, permettent à l'album de ne pas plonger dans l'overdose de montagne et de noms de plantes. Car si ce roman graphique réussit parfaitement à nous sensibiliser, on n'est parfois pas très loin de l'excès de noms de plantes pour qui n'est pas botaniste (oui, j'ai remplacé mon module de physiologie végétale par du tir à l'arc à la fac, mais j'ai quand-même des restes !)
Chassez le naturel, il revient au galop. Avant d'être scénariste, Cédric Dentant est un botaniste. Et son récit va s'enrichir de la précision scientifique, donner des détails sur ces plantes extrémophiles, leurs noms, leurs histoires.

© Dentant / Guillard / Editions Futuropolis (2026)
Les plantes se suivent et se ressemblent pour le néophyte. Mais, comme le rappelle Daniel Pennac, le lecteur a le droit de sauter des passages. Et rien ne nous interdit de sauter quelques bulles pour éviter le côté catalogue, et simplement nous laisser l'émotion naître de la contemplation des paysages.
Plus qu'une belle histoire, plus qu'un documentaire, À la frontière du vivant s'impose comme un roman graphique écologique incontournable qui met l'humain au coeur du récit.

© Dentant / Guillard / Editions Futuropolis (2026)
Note Katulu
4.5/5