Couverture — Le Livre d'Ailleurs

Le Livre d'Ailleurs

Par China Miéville, Keanu Reeves

Éditions Au Diable Vauvert

Pages
432
Parution
26/02/2026

Une jungle de frustrations qui s'attachent les unes après les autres à nos pieds et finissent par nous empêcher d'apprécier le récit.

En résumé

Un guerrier immortel négocie ses services contre la promesse de redevenir mortel. Adaptation romanesque de l'univers BRZRKR cosignée Miéville et Reeves.

Si vous êtes amateurs de comics, vous avez certainement dû apercevoir chez votre libraire préféré un titre plein de poésie et de délicatesse : BRZRKR.
BRZRKR, ou berserker comme ça se prononce, c'est cet état de rage que pouvaient atteindre les guerriers en transe sur le champ de combat. C'est surtout un comics imaginé par Mr. Keanu Reeves plus connu pour ses rôles dans Matrix ou John Wick.
Le pitch : Un guerrier millénaire renaît sans cesse de ses cendres et toujours il revient au combat.
De nos jours, il a passé un pacte avec l'armée : il joue son rôle d'arme X, leur sert de cobaye, et en contrepartie, ils s'engagent à l'aider à comprendre son origine et à retrouver son humanité perdue.

Un bug dans la matrice

Je n'avais pas été grandement enthousiasmé par le format comics, mais quand j'ai vu que sortait un roman je cite : "dans l'univers de BRZRKR" avec China Miéville en auteur, je me suis dit : Pourquoi pas.

Je ne sais pas à quel point le scénario du roman s'écarte de celui des Comics, car je m'étais arrêté au premier numéro, n'ayant pas réussi à m'accrocher au personnage ni à l'histoire.
Dans le cas du roman, on s'attache à suivre les pas d'une équipe chargée de comprendre le cas BRZRKR, ce qu'il est, qui il est, et bien entendu, comprendre comment il survit, quel est le secret de sa puissance pour l'utiliser à des fins militaires.
Là où le comics, media très visuel par essence, favorise les scènes d'action et de combat, le roman propose une introspection, une réflexion sur cette immortalité subie.

China Miéville est un auteur de fantastique, génial auteur de The City And The City ou encore Perdido Street Station, deux ouvrages que j'avais particulièrement aimés, autant pour leur style que pour leur originalité.
Et après avoir lu plus de la moitié du Livre D'Ailleurs et abandonné la lecture, je vais vous dire pourquoi je n'ai pas aimé.

One punch man

Tout commence par une scène d'ouverture que j'ai bien relu au moins trois ou quatre fois et que je n'ai toujours pas comprise, me contentant de l'oublier pour vite passer à la suite en espérant qu'elle ferait sens plus tard.
Et si j'ai compris le sens, j'ai beau la relire, je la trouve toujours aussi ratée. C'est un incipit qui nous plonge in media rae dans une scène d'action digne d'un film hollywoodien avec des personnages qu'on ne connaît pas encore et décrite donc sans donner de nom (l'homme au scanner, l'homme aux cheveux noirs, ...). On ne sait pas qui fait quoi, on est perdu en pleine explosion de violence avec l'impression qu'un char vient de nous rentrer dedans avant même qu'on soit monté sur le ring.
Les chapitres qui suivent sont plus fluides, heureusement, mais s'attarde cette impression de KO et de flou qui ne permet pas de s'accaparer totalement l'histoire.

Cette sensation de flou, de désorientation continue au fil du livre, avec sans cesse des changements d'époque, de personnage, de narrateur, de point de vue. A peine a-t-on le temps de s'habituer à un personnage, de rentrer dans l'histoire, que l'auteur nous plonge dans une toute autre scène sans aucune relation, ouvrant des portes qu'il ne referme jamais, pour repasser cinquante pages plus loin.

Le héros lui-même, le BRZRKR est de temps en temps appelé par une initiale, B. puis Unute, ou l'Unute, contribuant à notre désorientation globale.

Puis vient le cochon. Le babiroussa plus exactement, dont le crâne rose fluo orne la superbe couverture. Une sorte de cochon immortel comme notre héros, et comme lui capable de prouesses surhumaines, ou surcochonnes.
Et au bout de quelques chapitres de plus d'introspection et de cochonneries, j'ai abandonné. Lâché l'affaire.

Une secte vouée au Babiroussa et qui considère l'Unute comme un antéchrist qu'il faut détruire aura eu raison de ma patience déjà grandement émoussée par les multiples digressions.
Dans son côté hybride avec des personnages qui cherchent à être profond mais finissent par être des stéréotypes, on s'enferme peu à peu dans une jungle de frustrations qui s'attachent l'une après l'autre à nos pieds et demande trop d'effort pour continuer.
Ce n'est pas un désaveux brutal, mais plus une usure lente qui m'ont fait refermer le livre au bout de presque deux mois en ayant à peine dépassé la moitié du livre.

Au prix du livre, autant vous dire que je me suis accroché pour ne pas gâcher, et pour laisser sa chance à un livre d'un auteur que j'admire par ailleurs.

Y'a-t-il un pilote dans l'avion

Ici, China Miéville se plaît à balader le lecteur dans une histoire volontairement labyrinthique sans à aucun moment faire l'effort de raccrocher le lecteur.
En termes de livre labyrinthique qui balade le lecteur, je compare fréquemment à La Maison Des Feuilles, de Danielewski, un chef d'œuvre dans le genre.
Mais là où le livre de Danielewski parvient à nous embarquer par des trésors d'imagination, et malgré une forme non conventionnelle, Le Livre D'Ailleurs n'arrive à convaincre ni sur le fond, ni sur la forme.
Les chapitres s'apparentent plus à des voies sans issue qu'à de nouvelles intersections, nous font revenir sur nos pas en reprenant un arc narratif abandonné, et nous fait prendre une nouvelle direction inattendue.
Non seulement nous sommes dans un labyrinthe, mais en plus il y a cette impression d'être immobile et que c'est le labyrinthe qui bouge autour de nous.
On s'ennuie ferme dans ses considérations philosophiques, théologiques ou sectaires car elles ne font que se répéter sans construire réellement une histoire. Les scènes de violence qui entrecoupent les longues réflexions n'arrivent pas à donner un second souffle au récit, mais au contraire viennent comme un chien dans un jeu de quille détruire le fragile équilibre qui s'était établi entre le lecteur et le récit.

Adieu l'ami

Je n'en saurais pas plus sur les origines de BRZRKR, B. ou l'Unute, et en fait, ça ne me fait ni chaud ni froid, et c'est même avec une certaine libération que le livre a rejoint une boîte à lire où j'espère qu'il fera le bonheur d'un lecteur.
C'est un livre ambitieux qui semble plein de promesses, qui mériterait certainement une deuxième lecture si seulement j'étais arrivé à la fin de la première. Je vous invite tout de même si vous ne connaissez pas cet auteur, à découvrir The City and The City, une enquête dans une ville labyrinthique ou regarder de l'autre côté de la rue peut vous valoir l'emprisonnement.


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