Mortépi - Vilain Goret

Par Florian Breuil

Éditions Les Humanoïdes Associés

160 pages

Sortie le : 01/04/2026

En résumé

Premier album de Florian Breuil, Mortépi plonge dans le nihilisme d'un artiste raté en quête de gloire posthume. Graphisme soigné, récit décousu.

Mon avis

Mortépi, Vilain Goret Une oeuvre indigeste sur la peur de l'artiste de ne pas être reconnu.
Malgré un dessin soigné et un début fracassant, Florian Breuil dont c'est le premier album nous perd dans des pages de dialogues sans intérêt et un récit décousu qui peut désorienter certains lecteurs.

"Illustration de Mortépi - Vilain Goret"
© Florian Breuil / Editions Les Humanoïdes Associés (2026)

Mortépi me fait penser à ces créations artistiques qui cherchent avant tout à choquer et n'arrivent qu'à disperser le message de l'oeuvre.
La mort de l'artiste comme moyen de faire monter sa côte est un sujet éculé et le traitement qu'en fait Florian Breuil ne relève pas le débat. Les pages s'enchaînent en nous perdant volontairement dans la temporalité du récit.
Tout est fait pour nous désorienter. Trop. On abandonne rapidement, la faute à des dialogues interminables et insipides au possible.

"Illustration de Mortépi - Vilain Goret"
© Florian Breuil / Editions Les Humanoïdes Associés (2026)

J'ai quand-même tenu à finir de le lire, parce qu'au prix du livre, je ne voulais pas le mettre au pilon avant de lui donner sa chance.
Après tout, la création d'un album est un travail de longue haleine, l'auteur passe des mois à travailler sur son projet, le moins qu'on puisse faire en tant que lecteur est de faire nous aussi notre part du marché et essayer d'intégrer l'univers que l'artiste a créé.
Malheureusement cet univers m'a semblé élitiste et je n'avais pas la bonne grille de lecture.

En enchaînant les pages, heureusement, certaines fulgurances parviennent à le sortir du lisier où il s'embourbe.
Les pages sans dialogues parviennent à donner un souffle, une respiration. Puis on retrouve une apnée oppressante dès que s'enchaînent les phylactères et les conversations décousues.

"Illustration de Mortépi - Vilain Goret"
© Florian Breuil / Editions Les Humanoïdes Associés (2026)

Ce déséquilibre, l'auteur n'arrête pas de tourner autour. Entre planches sombres et éclats de couleurs, entre pages lourdes de dialogues sans queue ni tête et planches muettes, on a l'impression de marcher sur un fil avec un balancier qui nous fait pencher d'un côté puis d'un autre et la désagréable sensation que si on s'arrête, on ne reprendra pas le fil de la lecture.

La désillusion du personnage principal et l'ambiance nihiliste participent beaucoup à la lourdeur de la lecture. Mis à part les couleurs qui éclatent et une narration non verbale efficace, on n'éprouve à aucun moment de l'empathie pour un personnage, ou un quelconque sentiment un peu fort qui nous attache au récit. On ne le déteste pas, on n'a pas pitié de lui.
En fait, on se fiche de ce qui peut lui arriver, et c'est certainement là le pire écueil d'une oeuvre qui cherche à nous interpeler.

Un dialogue aux deux tiers de l'album résume un peu cette sensation :

"Illustration de Mortépi - Vilain Goret"
© Florian Breuil / Editions Les Humanoïdes Associés (2026)

"— Putain... J'y avais passé un temps fou !
Je voulais retranscrire précisément mes idées...
Et j'y étais arrivé ! C'était bien ça : aucun filtre, l'expression la plus fidèle de ma pensée !
Et c'était de la merde...
— Ça arrive"

A ce moment du récit, j'y vois comme un avis désabusé que l'auteur exprimerait sur son travail en donnant ses mots au personnage principal.
C'est toujours le risque avec les mises en abîme. Lorsque dans une fiction, le personnage central parle d'un auteur critiquant son oeuvre, on ne peut pas s'empêcher de se demander si l'auteur s'est projeté dans son personnage.
Florian Breuil a une grande qualité graphique et un univers riche, mais l'album n'arrive jamais ni a surprendre, ni à nous emballer. C'est juste un grand dommage.

Critique publiée le :

Ketsudan

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