Dans un monde en proie à une crise sociale et environnementale, c'est le premier pas qui compte
En résumé
Fred Duval plonge son détective dans un Berlin dystopique pour une enquête SF aux résonances sociales fortes, magnifiée par le dessin d'Ingo Römling.
Mon avis
Duval, ton univers impitoyable
Un détective est embauché sur un chantier pour enquêter sur l'attentat qui a en partie détruit une excavatrice monstrueuse surnommée "la bête".
Après un excellent premier tome qui avait la lourde tâche d'installer un univers et de nous proposer une enquête qui tienne la route, Metropolia confirme avec un tome 2 encore plus abouti.
Le talent de scénariste de Fred Duval n'est plus à prouver depuis ses débuts il y a plus de trente ans avec Carmen McCallum ou Travis. C'est un véritable créateur d'univers riches et cohérents et il nous le démontre encore une fois avec ce monde post-apocalyptique dans lequel les trajets sont devenus un luxe et les miles à pied, un moyen de paiement.
Dans un Berlin en pleine mutation, à la recherche des responsables de l'attentat, Sasha Jäger va faire remonter une part sombre de la métropole.
Le détective, dans la droite lignée d'un Rick Deckard de Blade Runner, va devoir mobiliser toutes ses ressources pour échapper à une milice sans pitié et résoudre cette affaire.

© Fred Duval, Ingo Römling / Editions Dargaud (2026)
De la science-fiction intelligente avec une forte dimension sociale
Dans une dystopie environnementale, Fred Duval va mener les pas de notre héros vers les bas-fonds de Berlin, à la rencontre des nécessiteux, des parias, des clandestins, des junkies.

© Fred Duval, Ingo Römling / Editions Dargaud (2026)
Les premiers suspects ? Une organisation écolo qui milite contre l'urbanisation à outrance et met l'accent sur l'aveuglement et l'inaction face aux menaces de la crise environnementale.
Sans évoquer notre passé colonisateur ni établir de relation évidente avec la situation à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, le parallèle est vite établi.
Une frontière n'est jamais infranchissable, et plus elle l'est, plus les moyens de la franchir sont ingénieux.

© Fred Duval, Ingo Römling / Editions Dargaud (2026)
Il ne faut pas se voiler la face, l'immigration profite à quelqu'un. D'abord aux passeurs sans scrupules, puis aux entreprises qui profitent d'une main d'œuvre à bas prix et qui n'osera pas trop se rebeller.
Au milieu de tout ce bazar, il y a des hommes et des femmes qui souffrent, des associations qui essaient de leur venir en aide, et il y a une grande majorité, qui ne les voit même pas.
Sasha Jäger les voit, lui l'ancien clandestin. L'immigré qui n'a plus qu'une envie, fuir cette ville et traverser l'océan.
Un rêve d'évasion et une volonté atavique d'aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs.
Voilà le moteur qui fait marcher le monde de Metropolia.
Fred Duval nous met face aux défauts de notre société sans jamais appuyer le message, se contente de pointer du doigt nos contradictions et notre incapacité à réagir, que ce soit face à une crise humanitaire ou écologique.
On ne peut que louer cette justesse dans l'utilisation de la SF pour souligner un propos sans donner de leçon. Comme une mise en garde de ce qui nous attend si nous ne réagissons pas.
Un esthétisme au néon qui met en lumière la misère
Pour porter ce scénario solide, le dessin d'Ingo Römling se révèle aussi évocateur sous les néons de la ville que dans les méandres des bas-fonds.
Il faut dire que l'homme s'y connait en univers fantastique puisqu'il travaille notamment sur les séries Star Wars dont il est un dessinateur officiel.
C'est un dessin qui regorge de lumière même dans les endroits les plus sombre et révèle en contraste ce que le monde veut cacher grâce également à un magnifique travail du coloriste Christophe Bouchard.

© Fred Duval, Ingo Römling / Editions Dargaud (2026)

© Fred Duval, Ingo Römling / Editions Dargaud (2026)
Les scènes d'action sont très lisibles et les expressions des personnages toujours justes. On n'a aucun mal à se projeter dans cette ville d'ombre et de lumière.
Les pages fourmillent de détail, les angles de vue sont parfois audacieux mais toujours maîtrisés, amenant une dimension quasi cinématographique au récit.
Des personnages complexes qui ont encore des secrets à nous révéler.
Dans la grande tradition des séries, l'album propose une histoire complète et dévoile un peu plus les personnages principaux, leur donnant un peu plus de profondeur qu'au premier regard.
Ainsi, outre le passé de Sasha, on en apprend également un peu plus sur son amie, l'étrange coursière Frau Müller, à moins que ce ne soit Kendrick ?

© Fred Duval, Ingo Römling / Editions Dargaud (2026)
Un album très abouti, à la mesure de nos attentes, et une série qui, espérons-le, nous fera marcher encore un petit moment sur les pas de Sasha Jäger.
Note Katulu
4.5/5